Deux événements : Grand Prix de la Solo Piano Competition 2013 et Prix du Public, le tout premier à Montreux, le pianiste mauricien Jerry Léonide est revenu au festival en juillet dernier (4 au 19) pour présenter live son premier disque jazz fusion “The Key” (un album de 11 titres) sous le prestigieux label Act Music basé en Allemagne et avec le soutien de la Montreux Jazz Foundation. “The Key” nous invite à revenir sur ces deux années particulièrement fertiles pour Jerry Léonide, soliste subtil doté d’un toucher précis, un swing épuré et dansant à l’écoute de son premier opus. Rappelons-le, la clé figure sur les armoiries de l’île Maurice, connue à une époque comme «l’Étoile et la Clef de l’océan Indien ». Faisant le récit de son parcours créatif, Jerry déclare dans un entretien : “… ça fait partie des prix de se produire au jazz club, mon père était guitariste, je me suis vite orienté vers la musique improvisée ; au final c’est un rêve qui se réalise, c’est vraiment une chose inimaginable : commencer la musique à l’île Maurice et finir sur une scène principale à Montreux, c’est vraiment très motivant pour la suite de ma carrière… concours piano solo l’année dernière… il y a un travail énorme en amont, le fait de présenter ses morceaux tout ça… et à voir le résultat positif, c’est-à-dire le prix du public et le premier prix du jury ça a été vraiment beaucoup d’émotion, quelque chose que je n’oublierai jamais… ça a changé ma carrière, ma vie tout simplement…” Déjà une identité, une signature avec “The Key” et des titres comme Independance day, Black River Road, Mauritius, Paul et Virginie, Dodo Baba, entre autres. C’est un album pleins de créativités, parfaite incarnation de ce qui est l’esprit du jazz pour Jerry. Il a cherché des combinaisons novatrices par rapport à notre tradition rythmique, une interaction entre percussions et piano. Le tempo apparaît libre. Le pianiste jazz a mêlé ses talents d’improvisateur à celui de compositeur pour faire un disque né d’une lecture de son univers propre. Jerry Léonide explique un point d’histoire. Le lien essentiel passe par l’Afrique à travers la thématique de la clé comme ouverture mais la façon dont il s’approprie la mélodie et se laisse emporter par elle, est fascinante. “… la mélodie et les rythmes de chez moi mélangés au jazz, c’est la musique improvisée que je joue… j’ai la chance de m’entourer de pas mal de Mauriciens, de Français (Gino Chantoiseau, double bass, J’honny Joseph, drums & percussions, Sylvain Gontard, flugelhorn et Vincent Lequang, soprano saxophone) pour faire ce projet, et tout ça c’est grâce au concours… il y a une forte résonance africaine dans la musique mauricienne… il y a cette ouverture dans l’harmonie et puis de belles mélodies, c’est le pays de la mélodie, tout le monde chante tout le temps ; ces mélodies-là je n’ai qu’à les cueillir et mettre des accords jazz dessus, des couleurs jazz, habiller tout ça pour rendre la chose intéressante. C’est vraiment le début d’une aventure…” Jerry a confirmé tous les espoirs placés en lui et jouera sur les plus grandes scènes avec le soutien direct aux jeunes talents de la Montreux Jazz Artists Foundation et UBS. Les perspectives professionnelles offertes par l’Academy fait rêver le pianiste mauricien : le contact musical avec des mentors prestigieux et des représentants du music business va lui permettre d’affirmer son art et maîtriser son image, des heures de travail personnalisé et de création, et la possibilité de partir en tournée, se produire dans des clubs de jazz de référence, en commençant par le Blue Note New York, le New Morning à Paris ou le Blue Note Tokyo. Pour Jerry, cette aventure sera la prolongation du grand prix obtenu en 2013. “La musique vient de la musique… on rencontre d’autres musiciens, on écoute ce qu’ils font, on s’en inspire, on collabore, on crée”, dit-il.
Jerry Léonide est né en 1984 à Pointe-aux-Sables. Son père, Lindsay, musicien lui-même, et sa mère Mirella, bercent son enfance. “La musique, ça a commencé jeune parce que je suis issu d’une famille de musiciens. Mon père était guitariste, pop jazz, donc j’suis tombé dans la marmite étant tout petit… j’ai commencé par la guitare pour finir avec le piano vers l’âge de 7-8 ans… Le fait de gagner un concours, ça apporte plus d’ouverture, c’est-à-dire que je suis parti de rien et là j’ai accès à un réseau, le réseau du festival de la Fondation Montreux Jazz, on m’a programmé pour jouer dans le Montreux Jazz club, je vais jouer sur une scène vraiment mythique au niveau international, tout ça, c’est grâce à la compétition, sans la compétition je serai encore en train de ramer, voir sortir ce disque, rencontrer les bonnes personnes, au bon moment et la tout se fait d’un coup grâce à la compétition, c’est vraiment une occasion en or. Le prix du public UBS (For the talent of tomorrow), c’est la meilleure chose qui puisse arriver à un jeune artiste…”, confie le Mauricien en entretien à Montreux (Suisse). Si l’on veut savoir comment il est venu à la musique, il faut parler du jour où Linley Marthe, bassiste, l’invite à boeuffer chez une amie à lui, Rajni Lalah, pianiste classique. Une expérience inoubliable pour Jerry qui pose alors ses mains pour la toute première fois sur un Grand Piano, un Kawai. Ensuite, à 15 ans, il a fait du Piano Bar, engagé le plus souvent par l’Hôtel Ambre, dirigé par Cyril Michel qu’on connaît à présent pour son Ernest Wiehé Jazz Festival annuel à Tamarin. En 2003, Jerry met cap sur la France et entre au prestigieux Conservatoire de Région de Paris. A 30 ans, il a partagé la scène avec Roy Hargrove ou Manu Katché, et fait des tournées avec Touré Kunda. Tout ça, dit-il, grâce à la compétition et les échanges culturels que favorise la Montreux Jazz Artists Foundation. “Quant t’es jeune, y a pas l’information et là, d’être encadré, de jouer et d’apprendre de ces mentors et puis d’avoir l’exposition, de faire carrément le tour du monde avec les différents prix, jouer dans tous les blue note, etc, c’est vraiment quelque chose d’extraordinaire…”, déclare Jerry Léonide. Il sera à Maurice pour une manifestation de piano le 29 août 2014 à 20 h au Conservatoire National de Musique François Mitterrand, Quatre-Bornes. Les billets sont en vente sur le Rézo Otayo et à l’entrée de la salle à 19 h le jour du concert. L’occasion rêvée de voir le Mauricien devenu une figure singulière du piano jazz.
Entretiens : TV 5 Monde, Montreux Jazz TV, 16 juillet 2014.
Photos : Jerry in Milan, in Montreux : blog parmigiani.ch, montreuxjazz.com, Damien Richard, Daniel Balmat.