Le dernier numéro de MCB Focus – Economic Outlook February 2012, publié vendredi, tire la sonnette d’alarme sur les risques que représente pour Maurice la crise économique dans la zone Euro. Les analystes de la Mauritius Commercial Bank (MCB) n’ont pas hésité à aller jusqu’à s’attarder sur un scénario-catastrophe, avec un taux de croissance inférieur à 3% en 2012, pour Maurice. Même avec un taux révisé à la baisse, en ce début d’année, à 3,6%, la MCB souligne avec force qu’une telle performance pourra difficilement mettre un frein à la détérioration du chômage, qui se fait sentir de manière graduelle depuis 2008 au moins. Une autre mise en garde relève du fait que les effets de la crise européenne se feront sentir à Maurice au-delà de 2012.
Les nouvelles prévisions à la baisse de la croissance, soit 3,6% contre 3,9% initialement, ont été formulées en tenant en ligne de compte les retombées de la crise européenne. D’abord, les principaux opérateurs économiques dans le secteur touristique aussi bien que le textile doivent faire face à des contraintes majeures au niveau des recettes, en raison de la faiblesse de l’euro. Un ralentissement dans la demande est enregistré dans les exportations de textile et des produits du Seafood Hub avec des effets de contagion dans des créneaux comme les TIC, les services financiers et des affaires.
La MCB n’écarte pas l’éventualité que des pressions devront également se faire sentir dans l’industrie du bâtiment, en dépit des engagements financiers du gouvernement dans des projets d’infrastructure. La tendance à la baisse au niveau des investissements privés devrait se maintenir. « Depressed by widespread economic uncertainties and restrained revenue generation notably linked to rupee strength, the evolution of private investment is forecast to be below par in 2012, in spite of coming from a weak base marked by years of contraction and quasi-stagnation », note encore la plus importante banque commerciale du pays.
L’une des conséquences de cette faible croissance économique est que le taux de chômage continuera encore à grimper de manière irréversible pour atteindre les 8,2%, soit un point de plus qu’en 2008. « The outcome can be perceived as largely insufficient in the bid to fully realise our socio-economic aspirations, with the country’s unemployment rate being for instance foreseen to worsen to 8,2% this year, especially in a context of lingering labour market imperfections », concède MCB Focus.
À ce tableau économique déjà précaire, s’ajoutent les risques d’un worst-case scenario avec une croissance de moins de 3%, soit la plus médiocre depuis les 2,7% de 2005. « If the worst-case expectations regarding the future status of the Eurozone are eventually confirmed, the domestic growth outlook could even slide well below the 3% threshold this year on a situation that would be marked by a significant downturn in our export markets », s’appesantit la MCB.
Même si les risques de ce scénario s’avèrent relativement éloignés, la MCB maintient que les répercussions devront se faire sentir au-delà de 2012, hypothéquant toute chance de reprise à 2013 au moins. « Indeed, under such a scenario, our simulations show that the impact on the country could be represented by an important erosion of up to 1,7 percentage points of its economic growth performance for 2013 and probably beyond, relative to our medium term baseline outlook », fait ressortir le MCB Group Chief Strategy Officer, Gilbert Gnany.
L’Optimal Policy Mix formulée par la MCB pour contrer les effets de la crise économique à court terme comprend :
• un calendrier serré pour l’exécution des projets d’infrastructure dans le secteur public, en particulier les composantes du Road Decongestion Programme
• la guerre totale contre le gaspillage des fonds publics
• la mise en opération du National Resilience Fund avec des critères et mécanismes éprouvés dans la conjoncture
• une politique monétaire en adéquation avec la politique fiscale, dont une approche pragmatique dans le taux de change de la roupie en vue de procurer « a temporary breathing space for somewhat shielding the balance sheet of business from untoward external shocks on which Mauritius has nearly no direct control »
• le maintien d’un Business Facilitation Framework efficace en vue de donner un coup de pouce aux initiatives d’investissements du privé.
En conclusion, la MCB recommande que « the export diversification strategy should be backed by proper enablers for durable gains ; notably (i) technology-led declines in production and transportation costs (ii) more accommodating IT connectivity services (iii) the adoption of a far-reaching air access policy and (iv) the boosting of institutional capabilities for enhanced economic diplomacy, especially with respect to garnering strategic market intelligence in target markets ».