Suite à la récente inculpation du Dr Zouberr Joomaye et de Showkutally Soodhun sous une accusation provisoire de « complot pour fabriquer des faussetés contre le Premier ministre » par le Central CID, dans le sillage de la plainte de Navin Ramgoolam à la police pour « propagation de fausses nouvelles » en marge du scandale du rachat de la clinique MedPoint, le président d’Amnesty (Maurice) a exprimé dans un communiqué émis hier son inquiétude quant à un « dérèglement institutionnel ». Michel Ahnee indique aussi avoir alerté le secrétariat international d’Amnesty.
Michel Ahnee explique d’emblée que, considérant le sérieux des menaces pesant sur la liberté de la presse, la section mauricienne d’Amnesty (Amnesty International Mauritius Section – AIMS) a déjà officiellement avisé le secrétariat international d’Amnesty. « Nous avons requis son intervention sur des questions spécifiques relevant de la liberté d’expression à Maurice », écrit-il.
Le président d’AIMS ajoute que la récente arrestation du Dr Zouberr Joomaye et de Showkutally Soodhun est une source supplémentaire d’inquiétude pour son organisation, à cause de la façon dont le pouvoir d’arrestation de la police a été utilisé. « Les arrestations de deux politiciens de l’opposition, Messieurs Joomaye et Soodhun, en raison de propos qu’ils auraient tenus en privé, sont des causes nouvelles d’inquiétude quant à l’utilisation des pouvoirs d’arrestation de la police dans une démocratie », précise-t-il.
L’objection de la police à la remise en liberté conditionnelle de Showkutally Soodhun indigne davantage cette organisation de défense des droits humains. « Nous franchissons ici une étape supplémentaire. Car ce n’est plus le pouvoir d’arrestation uniquement qui est utilisé par la police pour des délits d’expression allégués mais d’emprisonnement », avance Michel Ahnee.
AIMS estime ce développement d’autant « préoccupant » qu’elle y voit un « dérèglement institutionnel ». « La police aurait objecté à la libération conditionnelle de M. Soodhun alors même que le bureau du Directeur des Poursuites publiques n’avait, semble-t-il, pas émis une telle objection », affirme Michel Ahnee.
L’organisation de défense des droits humains dit ne pas pouvoir ignorer le fait que ces arrestations policières d’opposants politiques coïncident avec une crise gouvernementale provoquée par une affaire de corruption alléguée : l’affaire MedPoint.
« Tous ces nouveaux éléments seront ajoutés au dossier qui a déjà été soumis par la section mauricienne au secrétariat international d’Amnesty », annonce le directeur de la branche mauricienne.
Rappelons que pas plus tard que jeudi, dans une déclaration au Mauricien, le directeur d’AIMS, Lindley Couronne a mis en garde contre une possible « dérive de la police ». « Le Commissaire de police, Dhun Iswur Rampersad, devrait s’assurer que sa police ne dérive pas. Il devrait également savoir que nous ne sommes plus en 1950 et que les citoyens mauriciens s’attendent à avoir affaire à une police absolument impartiale », a-t-il lancé.
Revenant d’une récente mission d’enquête à Madagascar pour le compte d’Amnesty International sur la situation des droits humains dans la Grande île quant aux violations des droits humains commises pendant la crise politique de décembre 2008 à janvier 2010, Lindley Couronne dit y avoir vu un pays où les institutions ont été cyniquement instrumentalisées par tous les pouvoirs en place. Il affirme y avoir pu ainsi constater de visu, en visitant les prisons malgaches, combien de personnes avaient été condamnées sous la charge « d’atteinte à la sûreté de l’État ». « Lorsque tel est le cas, la démocratie devient une farce ! », prévient-il.