« Noé est le symbole de celui qui veut commencer à construire une autre manière de vivre plus respectueuse et solidaire. » C’est ainsi que l’évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat, a interprété le récit de la tempête l’Arche de Noé extrait de la Genèse. C’était hier en l’église de Sainte-Croix, où se célébrait la Messe du Tourisme. Le thème était : « La foi en Dieu, source d’énergie durable. » Face aux nombreux représentants de groupes hôteliers ainsi que diverses autorités du secteur du tourisme, l’évêque devait interroger : « Qui est Noé aujourd’hui ? » Et d’interpeller les hôteliers : « Ce qui dure, ce n’est pas le succès d’un groupe ou d’une personne mais celui d’un peuple », les incitant par là même à collaborer avec la société pour la préservation de « ce que nous avons reçu gratuitement ».
Dans son homélie hier, l’évêque de Port-Louis a fait des allusions constantes entre la crise dans le secteur du tourisme et les récits de Noé et de la tempête apaisée, tous deux extraits de la Bible. « Nous sommes conscients de passer par une tempête et pas seulement dans le tourisme ». Dans l’histoire de la tempête apaisée, il est question du manque de foi de ceux se trouvant dans la même barque que Jésus. Ils sont envahis par la peur lorsqu’ils voient arriver la tempête. Mais, Jésus menace le vent, qui se calme aussitôt. Et, leur dit : « Pourquoi avez-vous tellement peur ? Comment n’avez-vous pas la foi ? »
Par ailleurs, selon Mgr Maurice Piat, l’histoire de l’Arche de Noé est très éclairante quant à comment la foi en Dieu peut être une source d’énergie durable. « Ce n’est pas quelque chose qui s’est passée mais un fable qui raconte quelque chose pour nous faire réfléchir dans un contexte voulu. Dans l’histoire de Noé, le monde était corrompu et cette corruption a perverti la terre. » Ce qui devait l’induire à observer que « l’origine de toutes les crises, aujourd’hui, si on regarde bien, puise sa source dans une baisse de la moralité ».
Consommation illimitée dans un monde limité
Mgr Piat devait par ailleurs partager sa lecture d’un ouvrage intitulé : Vers une démocratie écologique. « Beaucoup de Prix Nobel montrent le chemin qu’il faut prendre pour une démocratie écologique. Mais, sommet après sommet, cela bloque ». La cause ? « Notre manière de vivre. On veut habituer l’autre à vivre dans une société d’ultra-consommation et nous ne voulons pas changer cela. Pourquoi je prendrai le transport public au lieu de prendre ma limousine… » Outre cela, il y a aussi, estime-t-il, un blocage économique. Selon l’ouvrage précité, tout est fondé sur la consommation. « Plus il y a de consommation, mieux c’est parce que l’économie marche. Donc, notre économie encourage une consommation illimitée dans un monde limité. » En sus de cela, il y a un blocage politique. « Il nous faut des mesures sur le long terme qui soient transfrontalières. Or, ceux qui sont élus pour cinq/ sept ans agissent souvent selon leur électorat du jour ».
Dans l’histoire de Noé, y revient-il encore, « la grande corruption amenait les gens vers un mur. Et, voilà que Dieu s’intéresse à cette situation et veut sauver l’Homme. Il en appelle un : Noé, et lui demande de construire une arche en plein désert. Noé construit au prix de la risée de tous. Mais, grâce à son arche, le monde est sauvé du déluge ». Pour l’évêque, Noé est le symbole de « celui qui veut commencer à construire une autre manière de vivre, plus respectueuse et solidaire ». Aujourd’hui, devait-il ainsi interpeller, « Qui est Noé ? ». Avant d’ajouter : « Dieu nous appelle à faire un pas de plus, à réfléchir. On peut être la risée des autres, paraître impertinent et cependant… ».
Selon Mgr Piat, « la foi est une source d’énergie humaine sans laquelle la crise écologique perdurera ». Il s’agit, selon lui, « de voir la terre, l’eau, le sable de manière différente ». Est-ce qu’on pourra transmettre un volume suffisant d’eau purifiée aux générations futures ? Est-ce que celles-ci pourront jouir de nos lagons en bon état ?, devait-il encore interroger. « Des sages hindous ont observé que la nature appartient à la génération future. Elles nous la prêtent pour la gérer. »
Hospitalité touristique
Préférant parler d’hospitalité touristique plutôt que d’industrie touristique, il en a donné la signification tout en s’inspirant de l’encyclique du pape Benoît XVI. « Il faut une dose de gratuité dans toute entreprise économique. » Dans le tourisme, il y a d’abord l’accueil. « Un petit sel, une épice et cela devient spécial. C’est pourquoi plusieurs groupes ont fidélisé une clientèle car celle-ci a senti ce plus. » Par ailleurs, il y a la collaboration pour préserver les plages. « Quand je me promène sur les plages devant les hôtels et celles publiques, il y a un contraste terrible. » Mgr Piat a suggéré que ces établissements hôteliers s’associent avec d’autres pour que les plages soient préservées. « Ce qui dure, ce n’est pas le succès d’un groupe, d’une personne. Mais, le succès d’un peuple ».
Il a d’autre part suggéré qu’on préserve les recettes de nos grands-mères qui tendent à disparaître avec la génération fast-food. Le captage d’eau de pluie pour l’arrosage des jardins est une autre idée suggérée par l’évêque. Il devait ensuite attirer l’attention sur le « grand manque de promotion des arts à Maurice », ce qui l’a induit à suggérer une collaboration entre les hôtels et les artistes, un alliage qui pourrait, estime-t-il, aider par exemple à retrouver un Plaza ou un Théâtre de Port-Louis en bon état. Ce qui pourrait être profitable pour les touristes comme pour les Mauriciens.
Une quarantaine de groupes hôteliers et autres autorités touristiques étaient représentés hier à la messe.