En prélude à l’ouverture du chantier du Metro Express, le gouvernement a eu recours à la manière forte, pour ne pas dire brutale, pour faire évacuer les dernières familles, dont les maisons sont sur le tracé du corridor urbain entre Curepipe et Port-Louis. Que ce soit à Cité Barkly ou à La Butte, l’opération exécutée par la police sous les ordres du commissaire Karl Mario Nobin et des officiers du ministère de l’Infrastructure publique était sans coeur et sans concession envers des habitants, qui tentent encore de sauver les meubles avant que les rails du Metro Express n’écrasent tout sur leur terrain. Rien ne devait arrêter les forces de l’ordre dans leurs oeuvres de démolition, même pas des Judge’s Orders émis par la juge Rita Teeluck, avec des ordres intérimaires d’injonction que ce soit à Cité Barkly et à La Butte. Pendant toute la journée, les policiers ont fait fi de ces ordres de la Cour suprême avec pour prétexte que ces Interim Orders –  sommant le Premier ministre, Pravind Jugnauth, et les ministres de l’Infrastructure publique, Nando Bodha, et celui des Terres, Showkutally Soodhun, de venir s’expliquer en Cour suprême, lundi à 13 heures 30 – n’ont pas été servis formellement par des huissiers.
À 16 heures 30, quand enfin la police devait prendre connaissance de l’ordre de la juge Rita Teeluck, les travaux de démolition des biens immobiliers et des clôtures à Cité Barkly étaient déjà complétés par contre à La Butte; les familles concernées, dont les membres de la faille Rujubali, ont livré une opposition plus qu’héroïque en bloquant les “JCB” de la Special Mobile Force même si depuis la mi-journée le Stop Order des travaux de démolition avait été signé par la juge Teeluck. Devant cette journée des plus traumatisantes et le constat du non-respect des procédures judiciaires, les 32 occupants des 24 maisons de Cité Barkly devaient consigner des dépositions formelles contre la police pour transgression des ordres de la Cour suprême. Outre la mobilisation des députés et conseillers municipaux de l’endroit, surtout ceux de l’opposition, des prêtres catholiques et des travailleurs sociaux très connus de la région étaient présents sur le terrain ce matin. « La communication a fait défaut », constate le père Eddy Coosnapen, curé de la paroisse du Sacré-Coeur. « Depuis quelque temps déjà, un groupe de citoyens discute des implications de ce projet Metro Express dans la région et rencontre les familles. Elles nous disent qu’elles ont l’impression d’être complètement ignorées et que c’est la raison de leur colère. Que le ministre du Transport et celui du Logement aient le courage de venir sur place pour dialoguer avec les habitants et leur expliquer ce qui va se passer concrètement », lance le père Coosnapen en direction des autorités.