Dix ans de cela, jour pour jour, Nadine Dantier, 21 ans, qualifiée de brillante et intelligente par ses proches, perd la vie dans des circonstances dramatiques. Cette jeune femme a été agressée sexuellement et sauvagement assassinée. Elle était portée disparue le mercredi 25 juin 2003 et son corps a été retrouvé le lendemain lors d’une battue policière dans un terrain en friche. Au cours de ces 10 dernières années, plusieurs personnes ont été interrogées; un principal suspect arrêté après avoir fait des aveux, pour ensuite se rétracter; une vingtaine de personnes soumises à des tests ADN, qui se sont révélés infructueux. L’assassin de la jeune femme court toujours. La famille de Nadine Dantier espère pour sa part que l’on trouve les coupables de ce crime crapuleux qui a suscité l’émoi et l’indignation générale. « Nous gardons toujours espoir qu’avec les progrès de la science et de la technologie que le meurtre pourra être élucidé et que justice soit faite », confie au “Mauricien” la mère, Caroline Dantier. Une messe sera dite à 18 h 30 aujourd’hui en l’église Notre-Dame de la Mer, Albion.
Nadine Dantier était à la fleur de l’âge. Cette étudiante à l’université de Maurice rentrait chez elle ce jour fatidique après son stage qu’elle effectuait à l’administration de la franchise Kentucky Fried Chicken (KFC). Elle avait été aperçue ce jour-là pour la dernière fois à 17 h 50 à l’arrêt d’autobus près de la chapelle Notre-Dame de la Mer à Albion. Sur son chemin de retour vers son domicile à l’avenue des Dauphins, Morcellement de Chazal, Nadine Dantier a été agressée avant d’être étranglée à mort avec la manche de son pull-over. L’enquête policière, menée par la Western Division CID et la MCIT, a révélé que la victime s’était débattue avec force pour résister à son ou ses agresseurs.
Ne la voyant pas rentrer ce jour-là, ses proches sont inquiets. Sa mère, Caroline, essaie de la joindre sur son portable à plusieurs reprises. Des battues sont organisées par les proches et les parents de la victime dans la soirée du mercredi 25, mais celles-ci ne donnent rien.
Le lendemain, jeudi 26 juin 2003, le corps de Nadine Dantier sans vie est retrouvé lors d’une battue policière sur un terrain en friche à quelques mètres de son domicile. L’autopsie pratiquée par le Dr Abdool Khalick Mohungoo a attribué le décès à l’asphyxie par strangulation. L’autopsie révèle aussi que la jeune femme a été abusée sexuellement. À Albion et partout à Maurice, la mort de cette jeune femme et particulièrement les circonstances atroces dans lesquelles elle a perdu la vie, a suscité un véritable élan de sympathie et de révolte ; tous choqués par l’atrocité de ce meurtre. Des veillées et des prières sont organisées. Les funérailles ont lieu en la chapelle de Notre-Dame de la Mer marquées par la douleur, la colère et l’indignation.
Arrestation d’un “prime suspect”
33 jours après le drame, Marcelin Azie, d’origine rodriguaise, âgé alors de 26 ans, est arrêté par les éléments du Central Criminal Investigation Department (CCID) dans le cadre de cette affaire. Cet habitant de Camp-Créole avoue le meurtre de la jeune femme. Il comparait devant le tribunal de Bambous et participe à une reconstitution des faits. L’avocat Me Valayden se propose de défendre Marcelin Azie. Ce dernier se rétracte et déclare avoir été forcé à avouer qu’il est l’auteur de ce crime qu’il n’aurait pas commis et qu’il a été soumis à des brutalités policières. « Lanket napa bon… Mo pas finn fer sa moi (…). Mo finn dir mo mem sa parski mo per », avait-il déclaré lors d’une nouvelle déposition au CCID en présence de son avocat. Marcelin Azie est resté en détention policière pendant près de 14 mois. Le 30 septembre 2004, il est libéré sous caution et après avoir signé une reconnaissance de dettes. L’accusation de viol et d’assassinat est ramené à l’accusation de coups et blessures ayant causé la mort sans intention de tuer. Lors du procès, Me Rama Valayden a établi une série d’incohérences concernant l’enquête policière. Marcelin Azie s’était prêté à un test ADN mais qui s’est révélé négatif. Il est relâché et disculpé, faute de preuves. Ces résultats exonéraient Marcelin Azie de tout blâme dans cette affaire. Il n’est donc plus le suspect N° 1. À la demande du Directeur des poursuites publiques, il est libéré en mars 2009.
Au total, des tests ADN ont été effectués sur une vingtaine de suspects potentiels. Des proches de Nadine Dantier, nommément son beau-père Jean-Yvon Dantier et Bruno Tadebois, son petit ami, ont également été soumis à des tests ADN mais qui se sont révélés négatifs.
Exhumation du corps
La famille de Nadine Dantier espère alors trouver des indices dans une lettre qu’a glissée le petit ami de la jeune fille, Bruno Tadebois dans son cercueil au moment des funérailles. Une première demande d’exhumation du corps enterré au cimetière de St-Pierre est déposée en cour en juillet 2004, mais celle-ci est rejetée. Une deuxième demande est effectuée en janvier 2007 en vue de récupérer la lettre déposée par Bruno Tadebois. Cette lettre de quatre pages intéresse les membres de la famille, persuadés qu’elle contient des indices susceptibles de résoudre le meurtre de leur fille. Le corps de Nadine est exhumé le 24 novembre 2007 et c’est le Dr Satish Boolell qui procède à l’examen du corps. La lettre est quant à elle envoyée au Forensic Science Laboratory mais cette démarche n’a pas eu les résultats escomptés par la famille.
Le meurtre non résolu de Nadine Dantier, au cours des dix dernières années, a fait couler beaucoup d’encre ; plusieurs personnes ont été interrogées et plusieurs pistes, tour à tour, ont été privilégiées. L’affaire a connu des rebondissements et également changé de mains plus d’une fois. En octobre 2008, deux experts français, Philippe Bishop et Nicolas Pajani, tentent de résoudre plusieurs enquêtes non élucidées, dont l’affaire de Nadine Dantier.
Plusieurs lettres anonymes ont été envoyées à la police, mais une en particulier, expédiée en 2012, intéresse la police. Un certain maçon, qui serait l’auteur de cette lettre, y écrit qu’il est un témoin « oculaire » du viol et du meurtre de Nadine Dantier. Les auteurs du crime crapuleux d’Albion seraient ses chefs hiérarchiques, un dénommé Vikash « de teint clair aux yeux gris » et un homme barbu. Même si celle-ci contient certaines « incohérences », elle est prise au sérieux par les enquêteurs de la CID puisqu’elle contient certains détails sur la mort de la jeune femme. Cette lettre anonyme semble redonner de l’espoir à la famille Dantier qui lance un appel à témoins. Un suspect potentiel, dénoncé dans la lettre, est entendu par les enquêteurs et des prélèvements ADN effectués.
Alors que la famille s’apprête à donner aujourd’hui en début de soirée une messe en l’honneur de Nadine, le mystère sur l’identité du meurtrier subsiste toujours. La mère de Nadine, Caroline, parle d’une épreuve toujours aussi douloureuse, même dix ans après. Entretemps, la famille a lancé en 2011 un site web (www.nadinedantier.com) en mémoire de la victime et aussi dans le but de faire appel à la sensibilité de quiconque qui aurait des informations sur le meurtre de la jeune femme dont la vie lui a été sauvagement arrachée le mercredi 25 juin 2003. La famille Dantier garde toujours espoir que la vérité finira par éclater : « Nous gardons toujours espoir que justice soit faite et que le meurtrier soit mis sous les verrous », espère Stéphanie Dantier, contactée ce matin. La famille, dit elle, compte toujours sur l’aide de la police pour élucider ce crime crapuleux. Sa mère Caroline rejoint ses propos : « Nous avons connu des hauts et des bas. Certains jours ont été marqués par l’angoisse, la révolte mais nous n’avons pas le choix que de continuer notre chemin. » Cette dernière lance encore une fois un appel à témoins : « Si quelqu’un a des informations, qu’il contacte la police ou me contacte… »