Après la lettre commune des trois évêques de l’Église catholique et anglicane aux députés au sujet du Criminal Code (Amendment) Bill, le Diocèse Anglican rend public aujourd’hui un document-réflexion intitulé « La sainteté de la vie » et qui sera envoyé au Gouvernement et aux leaders des partis politiques. « Ce document se veut une contribution de l’Église anglicane aux débats actuels et je souhaite qu’il enrichisse notre réflexion. Je dis dans ce document qu’il nous faut approcher le débat autour de l’avortement sans passion, avec un sens d’objectivité et de responsabilité », souligne Mgr Ian Ernest, évêque de Maurice, au Mauricien. Ce document est le résultat d’une « réflexion globale et en profondeur » sur la vie humaine qui a duré deux ans au sein du diocèse anglican.
L’évêque de Maurice souligne que la vie est ce qu’il y a de plus précieux « de toutes les possessions » d’une personne et de ce fait, dit-il, cette question de l’avortement ne doit être traitée d’une manière banale mais faire l’objet d’une « réflexion profonde, recherchée et intelligente ». Les responsables de l’Église anglicane ne sont pas d’accord avec la manière de procéder des autorités par rapport au projet de loi qui est débattu en ce moment au parlement. Ils constatent et déplorent le manque de « débats élargis » et l’on perçoit une certaine déception dans la communauté anglicane.
« Il est triste et frustrant de constater que cette question autour de la liberté de décision par rapport à la vie frise la banalité et un manque de considération […] La volonté de faire passer une légalisation sans avoir recours à un débat élargi, réfléchi et responsable suscite en nous un sentiment de révolte », dit Mgr Ernest dans son message au début du document. Il se pose aussi la question si le projet de loi est « suffisamment étoffé pour éviter des abus ».
En se référant aux textes bibliques, l’évêque de Maurice soutient que « la vie est don de Dieu ». « Il serait difficile de cautionner une telle législation qui ouvre la voie à quiconque pour prendre une décision par rapport à la vie d’un autre être humain potentiel dont le souffle de vie est un don de Dieu », poursuit Mgr Ernest. De l’avis de ce dernier, la dimension religieuse et morale ne peut être oblitérée en abordant la question de l’avortement car « notre vie et celle de toute personne ne surgissent pas du néant ».
Le chef de l’Église anglicane souligne que l’avortement n’est pas un fait social nouveau à Maurice et que cela fait trente ans qu’on en entend parler dans le pays. Mgr Ernest souhaite que cette question « soit traitée dans son intégralité » pour que le respect de la vie « soit clairement compris et accueilli ». Ce document « vise à appuyer et renforcer ce respect pour la vie et donne la possibilité à construire une réflexion responsable ».
Les responsables de l’Église Anglicane rappellent dans ce document-réflexion la contribution de cette communauté religieuse dans la vie sociale du pays depuis sa fondation en 1854 en citant par exemple l’engagement du diocèse anglican dans l’éducation et la formation des jeunes de même que leurs actions auprès, notamment des personnes âgées, handicapés, familles des prisonniers, pêcheurs, victimes des fléaux sociaux et squatters.
« C’est pour cela qu’aujourd’hui que le Diocèse anglican fait entendre sa voix sur l’avortement. Nous avons toujours été présents dans la société mauricienne et c’est de notre devoir d’éclairer nos concitoyens et de travailler à trouver une décision responsable sur ce sujet », soulignent les rédacteurs de ce document.
S’il y a des femmes qui ont eu recours à l’avortement, soutiennent les responsables du Diocèse anglican, c’est qu’il y a bien des raisons. Dans ce document, ils citent les différents cas de figures (d’ordre économique, social et médical) en incluant des témoignages de celles qui ont subi une interruption de grossesse. « Toutes ces histoires vécues ont une chose en commun : toutes ces femmes, au moment décisif, ont senti qu’elles n’avaient d’autre choix que d’avoir recours à l’avortement », disent-ils en demandant si elles avaient « réellement un choix » avant de prendre leur décision. « Avaient-elles le choix ? Qu’auraient-elles fait si elles l’avaient ? Auraient-elles choisi cette expérience douloureuse qu’est l’avortement ? Connaissaient-elles toutes les implications de l’avortement ? Savaient-elles comment l’avortement allait être pratiqué sur elles ? Savaient-elles que l’avortement est un acte indélébile et qu’elles seraient toujours hantées par cette expérience ? »
L’Église anglicane ne croit pas que la légalisation de l’avortement mettra un terme aux cas de décès dûs aux complications découlant des interruptions de grossesse pratiquées dans des officines. Les rédacteurs du document soulignent qu’il y a eu des cas de décès même pour des interruptions de grossesse qui ont été pratiquées légalement et dans des conditions dites médicalisées. Ils soulignent de sérieuses complications médicales dont des dommages à la vessie et aux intestins, ou encore un risque accru de cancer de sein. « Peut-on justifier et légaliser l’acte de tuer un enfant en devenir juste pour permettre que cette opération soit moins risquée ? Est-ce que l’avortement est moins douloureux parce qu’il est déclaré légal ? Est-ce que tout ce qui est légal est moral ou éthique ? Les femmes se sentiraient-elles mieux simplement parce que l’avortement est légalisé ? »
Le diocèse anglican abonde dans le même sens que l’Église catholique en soutenant que la légalisation de l’avortement n’est pas la réponse au problème. Le Diocèse anglican désire que chaque personne arrive à prendre une décision qui soit juste, sage, respectueuse et épanouissante et fait dans ce document une série de propositions aux autorités. Les responsables de ce diocèse insistent sur l’importance de l’éducation sexuelle qui, selon eux, est un moyen d’apprendre aux jeunes à se montrer responsables et à respecter leur corps « qui est un cadeau reçu de Dieu ».
L’éducation sexuelle leur permettra aussi, estime-t-il, de comprendre et de mieux appréhender la question de l’avortement et ses séquelles physiques, psychologiques, émotionnelles et spirituelles. Par rapport aux adultes et couples, le diocèse se dit en faveur du programme de formation des couples pour les aider à gérer leur sexualité, évitant par la même occasion des grossesses non désirées. Selon le Diocèse anglican, il y a beaucoup de couples qui souhaiteraient adopter des enfants mais qui n’ont pas les informations nécessaires ou qui sont confrontés à des longues procédures faisant échec à leur projet