M. le Gouvernement, tu es un véritable magicien. Comment as-tu réussi à amadouer les grands cheikhs du Golfe à nous offrir de telles sommes pharaoniques pour construire Ton Heritage City sans contrepartie? Es-tu fin négociateur ou simplement beau parleur ?
Sache que je ne mange pas de ce pain-là. Il n’y a aucune transparence dans ce superbe montage financier proche du milliard de dollars, plus ou moins Rs 35 milliards. Quelles sont les conditions d’un tel tour de force? Entre les Saoudiens, les Émiratis et nos maigres taxes de contribuables, c’est faramineux! Qu’as-tu cédé en échange? D’autres terres, des îles, Agalega? Tout cela ne te rappelle-t-il pas les Chagos? Je ne t’accuse pas, ne t’en fais pas. Mais la question mérite d’être posée, parce que ta décision, tu nous l’imposes. Le citoyen se retrouve devant le fait accompli.
M. le Gouvernement, en voulant vider Port-Louis de ces ministères et pire de son Parlement, la capitale sera exsangue de ces dizaines de milliers de personnes qui y vont quotidiennement, lui donnant son âme et la faisant vivre. La Cité de Port-Louis, c’est elle notre véritable héritage. Labourdonnais l’a préférée à Mahébourg et a créé notre capitale pour des raisons stratégiques, de protection face au climat, de sécurité, de mouillage. Mais toi, M. le Gouvernement, pourquoi choisis-tu ces terres au milieu de l’île? Veux-tu bien nous l’expliquer, je ne comprends pas.
M. le Gouvernement, de quelle Heritage City parles-tu alors que le patrimoine de tous les Mauriciens est plus à Port Louis que dans les tours de béton que tu nous promets ? C’est ce patrimoine qui crève du laisser-aller que tu dois protéger. Mais puisque tu y tiens à ton Heritage City, une consultation publique nationale aurait semblé naturelle dans une vraie démocratie.  
M. le Gouvernement du nettoyage et de la transparence, commence donc par nous demander notre avis, nous les contribuables-électeurs, les actionnaires de Mauritius Inc. que tu administres en notre nom.  Réunis la société civile, les experts, les fonctionnaires, les entrepreneurs, les professionnels et toutes les bonnes têtes pensantes de notre pays, ils te diront la même chose: n’est-il pas plus intéressant de déconcentrer des services en les rendant plus accessibles plutôt que de vider notre capitale au nom d’une soi-disant décentralisation? Le Parlement et les ministères régaliens, le bureau du Premier ministre, les Affaires étrangères, les Finances ne crois-tu pas qu’ils doivent rester à Port-Louis, le coeur et le poumon de l’île ?
M. le Gouvernement, ne nous impose pas des grands plans que nous ne comprenons pas. Ta décision s’apparente plus à celle d’un régime totalitaire qu’à celle d’une démocratie. Or, tu n’es pas propriétaire mais simple administrateur temporaire de notre pays et lepep qui t’a élu plein d’espoir a droit de cité et ne te suivra pas aveuglément. M. le Gouvernement, sache que ton projet de ville nouvelle aux larges routes à quatre voies ressemble à Naypyitaw, la capitale fantôme du Myanmar, aux boulevards immenses, aux immeubles vides et sans âme, où seulement les chiens errent.
Demande-nous ce que nous voulons comme héritage, nous te le dirons parce qu’il s’agit de notre futur. Le progrès n’est pas la création ex-nihilo d’une ville nouvelle. Nous voulons de l’innovation, des transports urbains revisités, des loisirs, du neuf qui ne contrarie pas nos vieilles pierres, de l’ancien restauré, un théâtre qui vit, de la verdure. Tes paroles sur ton Heritage City résonnent comme l’oraison de ma capitale.  
M. le Gouvernement, notre héritage, tu le trouves tous les jours quand tu sors de ton bureau pour manger un Dholl Pouri à la rue Sir William Newton ou te désaltérer d’un alouda au Marché Central. Entre deux meetings, tu auras le temps de passer à la rue Royale acheter des nouveaux robinets puis courir récupérer à la rue La Corderie les rideaux que tu as commandés pour ta nouvelle maison… à Heritage City.
Ah, j’avais oublié, c’est vrai, il n’y a pas de magasin là-bas…mais des danseuses bollywoodiennes!