Large adhésion sur Facebook au projet de rassemblement aspirant à un autre ordre social. Une initiative de Jameel Peerally et de personnes actives dans la mouvance de gauche. Le but de l’opération : une mobilisation citoyenne d’au moins quinze mille Mauriciens pour démontrer la désapprobation des instabilités au niveau politique et social. Ce projet ambitieux mise sur une jeunesse en quête de méritocratie et d’égalité. Marche prévue le 10 septembre dans Port-Louis.
“Aster ou zame. Mo espere ki zot tou prezan pou montre zot konviksion ek zot patriotism. Sa lamars-la enn fason montre ki bann zenn pa dakor ar kominalis ek koripsion. Nou anvi enn sitiasion kot tou Morisien egal ek kot ziz dimoun par zot konpetans, san get kouler, relizion ni stati sosial. Finn ler pou aret zwe ar nou lavenir ek aret politik tikopin dan Moris.” Ces mots sont ceux de Krishna Jadunundun, président de la Students’ Union de l’Université de Technologie de Maurice (UTM).
La gageure est de réunir 15,000 personnes (étudiants et citoyens), et même plus, pour une marche prévue le samedi 10 septembre à midi. Le rassemblement aura lieu à 11h au Centre Marie Reine de la Paix. L’itinéraire de la marche est le suivant : du Centre Marie Reine de la Paix à la cathédrale Saint-Louis (où les principaux animateurs feront des interventions), en passant par la Place d’Armes et la municipalité de Port-Louis. La foule envisagée par Jameel Peerally et les autres initiateurs a pour but d’envoyer un signal fort à la classe politique.
C’est par le biais du réseau social Facebook que la jeunesse a répondu à l’appel. Wanted : 15,000 youngsters to save our future. Plus d’une dizaine de milliers de jeunes ont répondu favorablement sur le Net. Les discussions tournent autour du ras-le-bol du communalisme, du népotisme et de la corruption. Les instabilités politiques actuelles sont aussi mises à l’index. Ce samedi à Port-Louis, des espoirs sont nourris quant à la matérialisation de ces expressions de trop-plein.
Destin en main.
Aux dires de Jameel Peerally, la jeunesse mauricienne se doit d’être présente pour démontrer qu’elle a une voix et qu’elle compte prendre son destin en main et réagir face aux problèmes sociaux et politiques.“Tous les partis traditionnels ont fait alliance, ont divorcé, et finissent par recoucher ensemble. C’est une situation malsaine. Entre-temps, les problèmes de société gagnent du terrain. Ces alliances sont faites dans l’intérêt de ceux qui accaparent le pouvoir;  non dans celui du peuple. Raison pour laquelle j’invite la jeunesse et la population à la marche de protestation pacifique.”
Convié à expliciter les motivations de Wanted : 15,000 youngsters to save our future, Jameel Peerally s’alarme : “Ena enn fristrasion zordi, kot bann zenn ki sorti liniversite pa pe gagn enn travay konvenab. Anplis, lazenes pena mem plas pou bann distraksion senn. Ek zot pena role models. Bann zenes pe realize ki si zot pa bouze, ni zot ni zot zanfan pa pou ena enn fitir.” Il avance par ailleurs que dans l’intérêt du pays, tous les mouvements de gauche devraient unir leurs forces.
Enjeux.
Dev Ramano est avocat et proche du Mouvement Premier Mai. Il dit accorder un soutien sans retenue à cette mobilisation citoyenne, et observe qu’une première bataille est déjà remportée au vu de la large adhésion sur Internet en faveur du projet de rassemblement aspirant à un autre ordre social. “Un ordre social qui tournerait le dos à la pourriture qui prévaut au niveau social, économique, politique et écologique. Peu importe le nombre de personnes dans les rues de Port-Louis ce samedi 10 septembre. Dans la mesure où une force unitaire et efficace émerge, avec des perspectives claires, ce sera une deuxième bataille de gagné.”
Il importe toutefois de savoir quoi faire par la suite… L’avocat répond qu’un débat en profondeur doit impérativement être initié à l’issue de cette marche. Une réflexion sur comment construire, ensemble et dans la durée, une société meilleure, et parer aux enjeux à venir. Il laisse comprendre que même si tous ceux ayant adhéré au projet sur Facebook ne sont pas dans les rues ce samedi, ce jour sera néanmoins un événement qui servira de tremplin pour un événement plus conséquent.
Aret zwe.
Nilen Vencadasmy fait partie de l’équipe de conseillers légaux qui doit se rendre au Privy Council en octobre relativement à l’affaire du Blok 104, collectif de citoyens ayant répondu à l’appel de Rezistans ek Alternativ en ne déclarant pas son appartenance communautaire en tant que candidat indépendant aux élections générales de 2010. Une issue favorable devrait mettre terme au communalisme dans le système politique mauricien et dans la Constitution.
Me Vencadasmy estime que la mobilisation du 10 septembre représente une occasion en or pour la jeunesse mauricienne et la société civile. “Une occasion en or pour manifester leur révolte et leur indignation face au comportement indécent de la classe politique traditionnelle, qui est en train de prendre les Mauriciens pour des dupes. Nous nous révoltons et nous indignons face au tripatouillage politique qui a pour seul but de permettre aux mêmes personnes et aux mêmes familles de monopoliser le pouvoir politique dans le pays. Nous nous révoltons et nous indignons aussi contre l’absence de combat contre la corruption, le copinage, le “noubanisme” et l’accord tacite entre la classe politique traditionnelle afin de protéger des intérêts occultes. Nous voulons leur dire : aret zwe ar nou lavenir.”
Enjeux.
La jeunesse a-t-elle vraiment conscience de ces enjeux politiques ? Noor Adam Essack observe que la jeunesse d’aujourd’hui n’est pas celle des années 70, et n’a pas de conscience politique aiguë. Le rédacteur du “Manifeste des Indignés Mauriciens” met l’accent sur les valeurs républicaines (voir hors-texte). Il affirme s’être engagé dans le combat mené par Jameel Peerally et les autres afin d’inviter à réfléchir sur un projet de société pour une autre île Maurice. “On s’évertue à dire aux jeunes qui ressentent un malaise de ne pas rouspéter en privé. Il y a toute une éducation à faire, tout un travail de réflexion sérieuse à mener. Ils doivent travailler avec conviction afin de connaître et comprendre les mécanismes qui reproduisent les inégalités sociales. Si les jeunes veulent vraiment contribuer à changer la société, parce qu’ils en ont marre du communalisme, de la classe politique, de la corruption et des fléaux sociaux, ils doivent commencer à réfléchir, à se documenter sur les événements du passé afin de comprendre le présent et baliser les chemins du futur. Les jeunes ont besoin d’aide car ils n’ont pas d’idées.”
Ce sont précisément les idées qui, selon Noor Adam Essack, expliqueraient la grande adhésion via Internet à la mobilisation de samedi. Attendons de voir si les déclarations d’intention se traduiront dans les faits.