Le gouvernement retire l’offre qu’il avait proposée aux promoteurs anglais qui souhaitaient développer des terrains autour du Morne, site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, en guise de compensation. C’est ce qu’il a déclaré jeudi lors de son intervention à l’occasion de la double célébration des 25 ans de l’Islamic Cultural Centre (ICC) et de l’Eid-ul-Fitr, à Plaine-Verte. Il a par ailleurs présenté ses excuses car ne pouvant rester pour le dîner du fait que les avocats du gouvernement, venus de l’étranger, l’attendaient pour finaliser ce dossier qui allait être présenté devant le Privy Council.
Le Premier ministre indique que les promoteurs anglais réclamaient des compensations de plus de Rs 2 milliards. C’était en 2010, au sein d’un gouvernement de coalition, et s’il le leur avait octroyé, il n’aurait pas pu présenter un budget, laisse-t-il entendre. Pour Navin Ramgoolam, cette affaire relève d’une « question de justice ». Il affirme que ce n’est pas le développement qui est le plus important, mais le patrimoine. «Pou moi, pa kompansasyon ki importan, me prinsip de se ki dimounn ine passe pendan leskalvaz ki mo rekonet », soutient-il.
Il indique avoir subi beaucoup de pressions pour payer cette compensation, y compris de la part des ministres et de personnes de l’étranger. « Fine komans negocie et monn pran mo avocat Privy Council. Ene avocat vine guet moi dan mo biro pou dimane moi ki faire mo rejette sa lof la. Mo dire li “guessing” : mo senti li injuste. Lakor ti fine fer avan mo vinn Premyer minis et fine mal faire. Zot pe atak nou lors ene lakor bilateral internasyonal. Moi, mo coum sa : mo dir ou tom dakor, mo fer ou enn lof. Ou dire non, mo répran mo lof. Monn dir nou pou resiste, aster mo lof zéro ! » avance-t-il.
Navin Ramgoolam affirme qu’il avait demandé à Abu Kasenally, ministre des Terres et du Logement, de préciser sur l’accord qu’il pourrait y avoir le développement « subject to final approval of Unesco ». Et de dire encore : « Unesco trouve pa kapav fer li (…) Pou moi, Unesco plus important ki ena cinq lotel laba », dit-il.
Le paysage culturel du Morne est le deuxième site mauricien classé au patrimoine mondial de l’humanité en 2008, après celui de l’Aapravasi Ghat, en 2006. Le site du patrimoine comprend deux zones : la “Core Zone”, sur laquelle aucun développement permanent ou commercial n’est permis, et la “Buffer Zone”, ou zone tampon, sur laquelle des développements pourraient être permis mais sont sujets à l’approbation de l’Unesco.
A ce jour, l’accès physique à la montagne n’est pas possible et de nombreux projets énumérés dans le premier plan de gestion du site se font toujours attendre en raison de ce litige autour des terres. Le site du Morne avait été accepté par le World Heritage Committee pour figurer sur la liste des patrimoines mondiaux de l’Unesco en raison de sa valeur universelle exceptionnelle. L’Unesco expliquait : « Le paysage culturel du Morne est un témoignage exceptionnel du marronnage ou de la résistance à l’esclavage en ce sens que la montagne a été utilisée comme une forteresse pour abriter les esclaves en fuite, faits étayés par des traces physiques et orales de cette utilisation. Le Morne est une représentation du marronnage et de son impact, qui exista dans différents lieux du monde mais qui a été démontré si efficacement sur la montagne du Morne. C’est un symbole de la lutte des esclaves pour la liberté, leur souffrance et leur sacrifice, toutes circonstances qui concernent, au-delà de sa localisation géographique, les pays dont étaient originaires les esclaves – en particulier le continent africain, Madagascar, l’Inde et le Sud-Est asiatique – et représenté par le peuple créole de Maurice et le fonds commun de ses souvenirs et traditions orales. »