La tension continue à prévaloir au sein de l’industrie sucrière, qui doit déjà affronter les nouvelles réalités du marché d’exportation en Europe avec l’échéance 2017 du démantèlement du régime de quotas d’exportations. Sur le front des relations industrielles, avec le rejet par la Commission de Conciliation et de Médiation (CCM) du litige déposé par le Joint Negotiating Panel (JNP) au profit de la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA), le véritable enjeu se pose par rapport au droit de grève et à l’exercice de ce droit pendant toute la durée des négociations entre le patronat et les syndicats. Une assemblée des délégués des syndicats de l’industrie sucrière s’est réunie ce matin en vue de passer en revue la situation et de décider de la marche à suivre dans le cadre de ces négociations pour un nouveau “Collective Agreement”.
La décision du Pr Torul, de la CCM, de rejeter le litige déposé par les quatre syndicats de l’industrie sucrière – soit l’Agricultural and General Workers Union (AGWU), la Sugar Industry Labourer Union (SILU), l’Organisation de l’Unité des Artisans et l’Union of Artisans of the Sugar Industry (UASI) – prive ces derniers du recours de droit de grève en cas d’insatisfaction à des étapes cruciales des négociations. Telles sont les dispositions de la loi à l’effet que seule la partie ayant déclaré litige peut légalement exercer soit le droit de grève, soit le droit de “lock-out”.
Dans la conjoncture, la MSPA se trouve en ballottage favorable sur la base de la décision du Pr Torul. Ce matin, les principaux animateurs du JNP ont déjà affûté leurs arguments en vue d’une bataille légale devant l’Employment Relations Tribunal pour contester la décision de la Commission de Conciliation et de Médiation. Entre-temps, le Pr Torul a été informé du désaccord des syndicats avec un ultimatum jusqu’à cet après-midi en vue de revoir la situation et reconnaître la validité de la déclaration du litige par les syndicats.
« Nous comptons saisir l’Employment Relations Tribunal de cette affaire. En droit, la décision de la CCM est totalement erronée. Mais avant, nous avons accordé un délai moral au Pr Torul. Le temps de lui permettre de réaliser le préjudice immense porté aux travailleurs de l’industrie sucrière, qui se battent pour leurs droits. S’il persiste et signe, nous irons dès cet après-midi devant l’ERT. Sans compter que nous avons pris la décision de boycotter les séances de travail au niveau de la CCM », déclare Ashok Subron en marge du déroulement de l’assemblée des délégués.
« Au sein du mouvement syndical, nous sommes arrivés à la conclusion que la MSPA ne s’est pas encore relevée du “knock-out” encaissé depuis 2010 et continue de multiplier ses efforts pour mobiliser du soutien de sa cinquième colonne au sein de l’Etat. En 2012, le patronat avait tenté d’anéantir le droit de grève des travailleurs. Aujourd’hui, nous affrontons des mêmes agissements par rapport au droit de grève. Dans la conjoncture actuelle, nous n’allons pas nous laisser faire », poursuit le syndicaliste Subron, avant d’ajouter : « Ces derniers temps, nous assistons à des tentatives délibérées pour faire en sorte que le patronat décide des litiges industriels. »
Dans un autre ordre d’idées, le JNP dénonce l’exclusion des travailleurs dans le débat sur la nouvelle stratégie de l’industrie cannière avec l’élimination du régime des quotas d’exportations. « Le même scénario est adopté avec, pour objectif, de réduire au silence la voix des travailleurs. Avec les problèmes sur le prix du sucre, au sujet de l’avenir du Syndicat des Sucres ou encore du nouveau plan de réforme, le ministre Boolell a initié des consultations en oubliant de solliciter les points de vue des représentants des travailleurs. Une tentative délibérée d’écarter les travailleurs comme ce fut le cas en 2001 et en 2007. Mais nous n’allons nullement céder. Nous avons appris nos leçons de nos grands-parents en 1936 ou encore dans les années 70 avec l’approche de la prochaine récolte sucrière », a-t-il conclu.