Voilà des années que le projet de création d’un musée intercontinental de l’esclavage est promis. Les annonces au sujet de sa création se sont succédé, soit lors des discours prononcés à l’occasion de la célébration de l’anniversaire de l’abolition de l’esclavage le 1er février de chaque année, soit dans le discours du budget présenté par le ministre des Finances. Cependant, jusqu’à maintenant, personne n’a encore vu un début de commencement du fameux musée. C’est un exemple classique de « paying lip service » concernant ce projet. On comprend donc que l’impatience est à son comble concernant la concrétisation de ce projet.

On ne peut s’étonner d’entendre qu’un groupe de personnes se proposerait d’organiser une marche de protestation pour faire entendre leur voix concernant ce projet et pour exprimer leur colère et leur exaspération. D’aucuns ont l’impression qu’il y a comme une hésitation ou comme une gêne de la part des autorités compétentes par rapport à ce projet. C’est pourquoi le projet d’étude, qui devait être confié à un consultant italien, a été rejeté et critiqué par la classe politique. Comme l’avait expliqué il y a peu Jimmy Harmon, chercheur et membre du Comité 1er février, la Commission Vérité et Justice, présidée par le Prof Alex Boraine, décédé récemment à l’âge de 87 ans, avait recommandé deux projets : un Open Museum au pied de la montagne du Morne et un musée intercontinental de l’esclavage à Port-Louis.

Dès le départ, l’édifice abritant l’hôpital militaire avait été choisi, sauf pendant une brève période durant laquelle Xavier-Luc Duval, chargé alors du suivi du rapport de la Commission Justice et Vérité, avait envisagé de l’installer dans un bâtiment non loin de l’Aapravasi Ghat. A son arrivée à la tête du gouvernement, Pravind Jugnauth avait, en sa capacité de ministre des Finances, annoncé dans son budget que des fonds avaient été prévus pour la construction de ce musée à l’hôpital militaire, reconnu par tous les spécialistes comme le lieu idéal pour un tel projet. « L’hôpital militaire, construit par Mahé de Labourdonnais, et le plus ancien bâtiment de l’île, est le lieu le plus approprié pour un tel projet », estime Vijaya Teeluck, pour qui la création du musée dans un lieu central de la capitale constitue une reconnaissance de l’histoire de l’esclavage.

Paul Bérenger, qui a évoqué le projet de musée dans sa dernière conférence de presse, estime que la création du musée à l’hôpital militaire à côté de l’Aapravasi Ghat est porteuse d’un symbolisme puissant car l’histoire de Maurice a été façonnée par celles de l’esclavage et des travailleurs engagés. Pravind Jugnauth, dans son discours prononcé à l’ouverture de la PBD, à Varanasi, cette semaine, a souligné le rôle des esclaves et des travailleurs engagés dans la construction de l’île Maurice. Ce musée, selon Jimmy Harmon, permet aux visiteurs de vivre une expérience de manière à ce qu’ils puissent, à leur sortie, se réconcilier avec le passé. « Ce n’est pas un musée qui vise à victimiser ou à pointer du doigt X, Y ou Z. Ce n’est pas un musée revanchard, mais un lieu de réconciliation et de mémoire d’héritages. Il doit montrer comment ceux qui ont été victimes de l’esclavage ont réussi à le surmonter. Il y a eu le marronnage, et aussi des “success story” qui doivent être célébrées », souligne-t-il.

Alors que tout le monde reconnaît l’importance de ce musée, qui serait un pendant important au très beau musée qui rend un vibrant hommage aux travailleurs engagés à l’Aapravasi Ghat, personne ne comprend pourquoi ce projet reste bloqué. Espérons que lors de son intervention à la cérémonie officielle prévue au Morne vendredi prochain, le Premier ministre donnera des indications précises concernant la concrétisation de ce projet.

Jean Marc Poché