Ils font partie de ces artistes qui apportent un nouveau souffle à la musique locale. En prenant le pari d’adopter un style autre que le séga, le seggae ou le reggae, ils se démarquent et prouvent que la musique mauricienne peut prétendre à un renouveau. Rencontre avec Zulu, Yoan Catherine et Stephan Gua (Etae) pour nous en dire plus.
Dans le passé, nous avons eu Richard Beaugendre ou encore Menwar, qui avait surpris et séduit plus d’un avec son fameux sagaï. Il y a quelques années, c’est le groupe Evolozik qui s’était démarqué avec son sagga.
Une nouvelle vague musicale frappe nos scènes. Des artistes osent prendre le pari d’adopter un style autre que le séga, le seggae ou le reggae. Parmi cette nouvelle génération d’artistes, citons Yoan Catherine avec son atypique Dime Nwa Gete, le chanteur Zulu et son album éponyme, ainsi que le groupe Etae et son Parfin ou loder, entre autres. Le tout dernier né de ce nouveau genre est Hans Nayna, qui laisse entendre une nouvelle couleur musicale en faisant appel à plusieurs registres.
Instinct.
À travers une approche à la fois fraîche et originale, ces artistes prouvent que la musique locale ne s’arrête pas au séga et au seggae. Qu’elle va au-delà de ces rythmes auxquels nous sommes habitués et qu’avec un peu de volonté, elle parvient à se réinventer, se redynamiser.
Plus d’une année après le lancement de l’album de son groupe, Parfin ou loder, Stephan Gua confie qu’en tant que compositeur principal d’Etae, il laisse exprimer ses vibrations par sa sensibilité. Pour lui, ainsi que pour les autres membres du groupe qui participent à la composition des morceaux, il ne s’agit pas d’un choix. “Notre démarche est de faire la musique de manière instinctive et selon notre sensibilité.”
Comme lui, Zulu avoue que la musique qu’il distille vient du plus profond de lui-même. Il la développe et la partage avec les autres. “Se enn zafer ki vinn normalman ek feeling, confie l’interprète de La métisse.
Inspirations.
“Le style que j’ai adopté est né de la manière dont je bouge mon corps lorsque je danse le séga. Dans ma musique, j’enchaîne ce même rythme et cette même cadence.” Yoan Catherine dit avoir procédé de la sorte durant les deux ans qu’il a passés à composer sa musique. Un genre que l’on n’a pas eu l’habitude d’entendre et qui découle des influences musicales de l’interprète de Marye Mwa.
Aucun genre précis; un peu de tout à la fois. C’est ce que prétend faire Zulu. À l’époque où il apprenait à jouer à la guitare, il le faisait à sa façon. “Monn get boukou Afrikin zwe. Ena parmi ki ti zwe lor lagitar enn sel difil. Lor seki mo ti aprann la ti ena zis trwa difil. Pa bizin dir ou kouma ti soufer ek sa. Me inn manz ar li kan mem.” Dans son apprentissage, Zulu s’est aussi inspiré de ceux qui ont bercé sa vie musicale : Joe Cocker, Georges Brassens, John McLaughlin, parmi d’autres. C’est le mélange de toutes ces influences que l’on retrouve dans la musique de Zulu.
Natirelman.
L’artiste va même jusqu’à dire qu’il “déforme” la musique pour parvenir à réaliser ce qu’il fait. Une preuve d’audace de la part du chanteur, qui confirme que si un artiste n’ose pas, il n’aboutit à rien.
Un artiste doit pouvoir apporter sa touche personnelle. Zulu nous a donné plusieurs exemples pour le démontrer. Le meilleur demeure sans aucun doute la magnifique reprise de Chombolila de Fanfan, à la sauce Zulu. “Réadapter une musique dans une couleur autre et assez particulière est une chose qui est en moi. Cela fait partie de mon univers. Je n’ai jamais été capable de faire les choses de manière conventionnelle. Mo enn zwazo ki bizin so liberte. Mo bizin kapav poz lor enn brans e kit li kan mo anvi. Se mo kouler ki koul natirelman.”
 
Rire, dire.
Un métissage musical, agrémenté d’un humour grinçant… Yoan Catherine se sent à l’aise dans ce registre. “Il s’agit d’une musique qui peut être écoutée n’importe où mais pas à n’importe quel moment de la journée. Elle est à la fois gracieuse, affectueuse et rebelle.” Avec humour, Yoan Catherine confie : “Mo rakont feeling kinn akonpagn mo feeling.” Son inspiration : Louis Armstrong, New Orleans Jazz Band… mais aussi Serge Lebrasse et Jean-Claude Gaspard. Autant d’artistes qui, d’une manière ou d’une autre, ont influencé Yoan lorsqu’il a composé les différents titres de Dime Nwa Gete. “C’était vers les années 1996-97, à l’époque où le petit garçon que j’étais était sensible à une musique précise”, souligne Yoan Catherine.
Nwa gete.
Stephan Gua, qui dit énormément apprécier ce que fait Yoan et qu’il prend plaisir à écouter, trouve que la musique de Dime Nwa Gete rappelle le séga d’antan, le séga tambour. Il trouve dommage que les radios ne comprennent pas que toutes les sensibilités musicales devraient pouvoir s’exprimer. “Si tout ce qui est fait se ressemble, la monotonie s’installera vite”, affirme Stephan Gua.
De son côté, Yoan Catherine pense que même si jusqu’à présent son album a été bien accueilli par le public, dans peu de temps, “li poun pi. Li pou koule pli vit ki linn grinpe”. Le jeune chanteur souligne qu’il y aura du changement dans ses prochaines chansons. C’est son envie de goûter à autre chose qui le pousse à se réinventer. “Piblik pou gagn sok !”
Zulu et Yoan apprécient la motivation de certains artistes qui veulent apporter une bouffée d’air frais dans le paysage musical local. “Chacun le fait à sa façon, dans son style. Mais le plus important est que ce qui en ressort est vrai”, conclut Yoan Catherine.