Depuis hier matin, les opérations de renflouage du MV Benita, cargo battant pavillon libérien, qui s’est échoué sur les récifs au large de Mahébourg, ont pris une nouvelle dimension. En effet, au lever du jour, des traces d’huiles, principalement une grosse quantité de cambouis (Sludge) en provenance de la salle des machines du cargo avait envahi le lagon et une partie de la côte du Sud-Est. Dans un premier temps, un vent de panique s’est mis à souffler quant aux risques de pollution marine. Toutefois, très vite après une première inspection des lieux et un rapport des commandos de la National Coast Guard placés sur le cargo pour des raisons de sécurité, les responsables de la National Coast Guard Oil Spill Team et des spécialistes du ministère de l’Environnement ont voulu être rassurants au sujet des fuites des réservoirs du cargo, contenant environ 125 tonnes métriques de carburant. A la mi-journée, hier, le ministre de l’Environnement, Alain Wong, qui suit les différentes étapes de ce naufrage depuis vendredi matin, s’est rendu sur les lieux pour un constat de visu du problème et en vue de rassurer la population quant à ces risques. Ainsi, pour éviter tout malentendu et pour garantir contre toute éventuelle pollution, il a été décidé que la priorité de l’heure sera le pompage du carburant se trouvant à bord, quitte à reléguer au second plan tout Refloating Plan pour désenclaver le MV Benita des récifs. En fin de journée, les membres d’équipage de nationalité philippine, à l’exception du capitaine et de quatre officiers, ont été évacués du bateau alors que l’auteur présumé de la quasi-mutinerie ayant débouché sur le naufrage, Taton Omar Palmes, âgé de 38 ans, était déjà placé en garde à vue depuis vendredi après-midi. De son côté, le chef ingénieur du cargo, qui a été blessé à la tête, au bras et au cou, a été transféré à la Clinique du Nord après avoir reçu les premiers soins à l’hôpital de Rose-Belle suite à son hélitreuillage d’urgence vendredi matin.
Les informations glanées par Week-End après la réunion de la cellule de crise, hier après-midi, confirment que pour les prochaines 24 heures, les responsables de l’opération de renflouage du MV Benita ont reçu pour consignes d’élaborer un Contingency Plan pour le pompage de toute la cargaison de carburant des réservoirs et de la placer en un lieu sûr, éliminant toute possibilité de fuite de carburant et de pollution. « Le constat dressé par les Salvors étrangers, soit une dizaine de nationalité grecque, arrivés hier, confirment qu’il n’y a aucune fuite de carburant du bateau dans la mer. C’est affirmatif », souligne un des participants à la réunion d’hier dissipant les conjectures sur la présence de traces d’huile lourde dans le lagon au large de Le-Bouchon.
“Nou per ki pwasson ek bann crustacé mor »
Toutefois, dans la journée d’hier, les opérations en vue d’entamer le pompage des 125 tonnes métriques de carburant ont été rendues impossibles en raison des conditions prévalant en haute mer. Dans un premier temps, l’hélicoptère de la police avait été sollicité pour transporter des équipements, dont des pompes, des compresseurs et des raccords du pont du MV Benita pour démarrer le pompage. « Cette démarche s’est avérée impossible en raison des rafales au large. Aucun équipement n’a pu être déposé sur le pont. Nous allons devoir trouver des solutions alternatives, dont l’usage de la tyrolienne, ou bien encore des zodiacs, pour ce transfert d’équipements dans la journée d’aujourd’hui. Nous n’avons pas le choix. C’est une urgence dans la conjoncture », faisait-on comprendre en début de soirée. L’objectif est de commencer le pompage du carburant aujourd’hui en vue de terminer cet exercice dans les meilleurs délais. Mais tout dépendra de la possibilité de faire chauffer cette substance pour la pomper ensuite.
Depuis la matinée d’hier, une importante mobilisation d’officiers du ministère de l’Environnement, de la National Coast Guard et de la Special Mobile Force, a été déployée sur le terrain pour débarrasser le lagon et la côte des cambouis émanant du MV Benita. Au moins un kilomètre de Lagoon Booms ont été déployés pour contenir la progression des Oil Patches en mer. Des patrouilles de membres de la NCG en dinghies avaient eu pour mission de s’assurer que les régions de La-Cambuse, Blue-Bay et Le-Bouchon ne soient pas affectées par ces mouvements de Sludge. Inévitablement, la plage de Le-Bouchon, qui s’est transformée en Viewpoint privilégié des curieux et des badauds, a été affectée.
Le ministre de l’Environnement a effectué une descente des lieux à la mi-journée et s’est même rendu en bateau jusqu’à la hauteur du MV Benita, qui se trouve coincé entre deux énormes récifs et également ballotté par les houles d’au moins cinq mètres. Commentant ce qu’il a constaté, Alain Wong a soutenu : « Erezma, ine déploy ban mwayen tre tôt. Nou trouvé delo ankor kler devant nou. Dimoune pa ti habitue truv sa alarman kan trouve deluile fane. Mo pas kwar pou ena ban gro katastrof.  Bann eksper deja a bor. Seki diminue bizin konpran ki li pa transporte de lhuile l lourde mais c enn melanz de luile ek diesel ki li servi kom kabiran. Dimoun kinn coupe moter inn coupe partu. »
Du jamais-vu
En dépit des assurances du ministre et de la présence d’experts de l’Environnement, effectuant des prélèvements dans la mer à des fins d’analyses, des habitants et des pêcheurs du coin faisaient part de leurs inquiétudes devant ce phénomène de détérioration de l’environnement. Ranjit Foolchand, président de la coopérative des pêcheurs arrive difficilement à comprendre ce qui s’est passé. « Monn telefon mo bann kamarad pesers ler mo truv de luile lor resif ek lor la plaz. SMF ek Coast Guard inn kumans netwaye apre ek pioche ek la pelle. Zot inn tir bal diab pou ale zeter dan camion District Council. Mai la osi ena ena traces de luile », raconte-t-il à Week-End. « Nou per ki pwasson ek bann crustacé mor. Nou p deman nou si pwasso,  enkor mangeable. Ski nou pou kav lapess ek consommer? », ajoute ce pêcheur chevronné.
De son côté,  Assenjee Gurib, le père de la présidente de la République, qui habite la région, maintient que c’est du jamais-vu. « Mo pas ti pou panse ki enn zur enn bato ti pou echoue dan le sud. Se bien premie foi dan mo lavi », lâche-t-il. Mahen Jhugroo, député de sa circonscripion, y est également allé de son couplet. « Je suis atrristé. Monn constater ki la polis inn restrict le site pou evite public koste. Monn konpran  ki diesel 150 tonnes kinn fane se pou consommation bato la ek ki a ce stade tou sou control. Monn osi apran ke c a cause enn dimoun irresponsab ki la cause sa insidan la. Donc mo esperer ek mo souhaiter ki li pas vinn pli grave », dit-il.
Le début du pompage du carburant du réservoir du MV Benita en des lieux sûrs et la mise en place de Mitigating Measures devraient atténuer les craintes des habitants du Sud-Est. De nouveaux développements sont également à prévoir aujourd’hui avec l’arrivée à Maurice du Managing Director de Five Ocean Salvage, compagnie engagée dans les opérations renflouage au large de Mahébourg. Ce spécialiste en sauvetage de bateau se rendra directement sur le cargo pour un survol de la situation et un tour d’horizon avec les membres de son équipe, arrivés à Maurice depuis hier matin et également sur le pied de guerre.
Les Salvors étrangers, qui sont montés à bord du cargo depuis hier 11 h 30, y ont déjà entrepris une inspection générale et ont soumis un premier rapport. Ils se sont appesantis sur le fait que le réservoir de carburant est intact même si dans trois des cinq cales, des voies d’eau ont été constatées et que l’eau continue à monter jusqu’à la hauteur des cylindres dans la salle des machines. Sur la base de ces informations sur l’état du bateau, les premiers éléments d’un Floating Plan devront être proposés lors de la réunion de la cellule de crise du jour.
Ce plan de renflouage ne sera mis à exécution qu’après le délestage du navire de sa cargaison de carburant, alors que pour l’instant, le MV Benita, qui a perdu ses deux ancres dans la nuit de jeudi à vendredi, est maintenu à flot sur les récifs avec une TowLine rattachée au remorqueur Sea Flos, dépêché sur les lieux du naufrage depuis vendredi matin.
Avec le départ de la majorité des membres d’équipage du bateau, hier après-midi, l’enquête policière au sujet des circonstances de la mutinerie avec le chef ingénieur grièvement blessé et le capitaine perdant le contrôle de son navire devra progresser. A hier, seule la version du présumé auteur de l’agression, Tatin Omar Palmes, a été consignée. Les autres membres d’équipage, qui ont passé la nuit dans un hôtel de la capitale, devront être entendus probablement à partir d’aujourd’hui.
Le dénommé Taton Omar Palmmes a expliqué à la police qu’il s’était enfermé dans une cabine lors des incidents parce que ses camarades voulaient le jeter à la mer. Mais finalement, le MV Benita, dont les moteurs avaient été coupés de manière intentionnelle, s’était échoué sur les récifs vendredi matin..