La souffrance, la douleur et la tristesse. Autant de sentiments qui animent le quotidien de Joëlle, 23 ans. Il y a trois mois, la jeune femme a accouché de Wayne, un bébé mort-né, à neuf mois de grossesse, dans des circonstances qui soulèvent des questions. Joëlle est persuadée d’avoir été victime d’une grosse négligence médicale. Désespérée, elle est hantée par le visage de celui qui aurait été l’unique fils de la famille.
Le regard vide, le visage abattu par la tristesse et le déchirement. Se laissant envahir par ses pensées les plus douloureuses, Joëlle ne peut cacher la souffrance qui la ronge au quotidien. Le chagrin qu’elle éprouve parce qu’elle ne peut tenir son bébé dans ses bras.
Elle est privée de la présence de son petit à la maison. Ne peut jouer avec lui et le voir grandir. Ni accourir au son de ses pleurs. Joëlle n’est pas la mère qu’elle a toujours rêvé d’être. Chaque jour qui passe, elle est hantée par le visage doux et innocent du petit qu’elle a accouché il y a trois, mais qui n’a pas survécu…
Pensées profondes.
Le 3 novembre, le petit de Joëlle aurait eu trois mois. Dans la chambre à coucher qu’occupe le couple et qui devait également accueillir le bébé, seule la poussette – que Joëlle avait reçue en cadeau peu avant que le drame ne se produise – lui rappelle cette absence douloureuse.
Délicatement installée sur une table de chevet, une feuille de papier sur laquelle sont inscrits les prénoms que les parents avaient choisis pour le petit. “Wayne est un prénom que j’adore. Il se serait également appelé José, qui est celui de mon père.” Un peu plus loin sur une table, se trouve un journal intime, dans lequel la jeune femme note ses pensées les plus profondes, qu’elle adresse à son fils. Pour lui dire combien elle l’aime ou pour lui rappeler qu’elle pense énormément à lui.
Douleur.
Des souvenirs que Joëlle compte à tout prix préserver, en dépit des réprimandes de son compagnon et de ses proches. “Ils trouvent qu’avoir recours à ces souvenirs m’enfonce davantage dans ce grand chagrin.”
Le berceau, la layette, les jouets, les biberons, les petits chaussons et autres accessoires qui auraient appartenu à son petit bout de chou ont été mis de côté. Certains ont été offerts à des proches avant que Joëlle ne rentre de l’hôpital. “J’ai moi-même demandé à ma mère et à mon compagnon de tout enlever de la chambre. La douleur aurait été encore plus grande si j’avais vu toutes ces choses installées dans la chambre et prêtes à accueillir mon premier bébé”, raconte-elle, la voix nouée.
En se rendant à son rendez-vous hebdomadaire à l’hôpital le mardi 31 juillet, la jeune femme ne se doutait pas qu’elle rentrerait seule à la maison quelques jours plus tard. Joëlle souffrait de tension artérielle et avait été admise à l’hôpital ce mardi matin.
Angoisse.
Après lui avoir administré des comprimés pour faire baisser sa tension, on lui avait fait faire un test sanguin. Quand les résultats sont tombés le lendemain, le gynécologue lui a confié qu’elle avait un problème dans le sang. En dépit d’une amélioration de sa tension, elle devait rester à l’hôpital en observation.
Le mercredi soir, se rappelle-t-elle, les infirmières lui avaient administré une piqûre, afin de faire mûrir les poumons du bébé. Le lendemain, le médecin lui a affirmé que son bébé se portait bien et qu’il avait même pu entendre les battements de son coeur. Vendredi, au réveil, à 5h du matin, lors des examens de routine, les infirmières lui ont annoncé qu’il y avait un souci avec son bébé.
Après plusieurs heures d’angoisse et d’incompréhension, Joëlle a accouché d’un petit garçon mort-né dans la soirée et a appris qu’elle était atteinte d’un cancer du foie. “Ce fut un choc terrible pour toute sa famille. Personne ne comprenait ce qui se passait. Tout est allé si vite.” La jeune femme avait du mal à croire ce qui lui était arrivé. Elle ne pouvait enlever de son esprit le visage de son bébé. Le premier fils de la famille.
Souffrance.
“Quand les médecins l’ont posé sur mon torse, je ne pouvais arrêter de le regarder. De contempler son beau visage. Je me disais que c’était mon fils, même s’il était déjà mort. Le fils que j’ai toujours souhaité mettre au monde et qui aurait fait la joie et la fierté de tous. De mon père en particulier, qui n’a pas de fils et qui aurait eu son premier petit-fils.”
Quand elle pense à atroce journée qui la marquera à vie, Joëlle ne peut retenir ses larmes. Sa souffrance est encore plus grande lorsqu’elle rencontre des mères accompagnées de leurs enfants ou encore sa soeur aînée, qui est enceinte de cinq mois. Joëlle se dit alors que son fils aurait eu un nouveau petit cousin.
Le visage de son compagnon lui rappelle le petit qu’elle a perdu. “Wayne ressemblait tellement à son papa. Ils avaient les mêmes yeux. Quand je regarde mon compagnon, c’est son fils que je vois.”
Traumatisme.
Aujourd’hui, la jeune femme n’envisage pas d’avoir un autre enfant car elle a peur. Le traumatisme qu’elle a subi est toujours présent. Livrée à elle-même tous les jours, Joëlle passe ses journées à réfléchir alors que son compagnon est au travail. Elle pense aux instants de gâteries qu’elle aurait pu partager avec son fils. La joie d’être en sa compagnie.
Pour Joëlle, les jours défilent et la douleur s’accentue. Le troisième jour de chaque mois, elle vit un cauchemar. “Il n’y a pas un moment où je ne pleure. Le chagrin continue de me ronger. Même si c’est dur, je sais que je dois reprendre ma vie en main. Je prie tous les jours pour y arriver.”