L’abolition de la filière prévocationnelle dans le cadre de la réforme et l’intégration des élèves à faibles performances académiques dans le programme d’études du “main stream” à compter de l’année prochaine demeurent la principale préoccupation dans les collèges. Le ministère a prévu une année supplémentaire dans le cas de ces élèves pour couvrir le programme d’études du National Certificate in Education (à la fin de la Form III) mais les profs du prévoc sont peu convaincus par le nouveau système d’apprentissage et en ont fait part ouvertement à la ministre de l’Education il y a quelques jours.
Lors d’une rencontre avec la ministre le 27 juin, les profs de la filière prévocationnelle ont exprimé haut et fort leurs réserves sur la nouvelle formule arrêtée par le ministère pour la prise en charge des “low-achievers” au secondaire tout en faisant part de leurs sentiments d’inquiétude s’agissant du parcours scolaire de ces enfants à l’avenir. « Le programme d’études du “main stream” n’est pas à la portée de ces élèves », ont-ils dit sur un ton unanime en évoquant les réalités quotidiennes de leurs classes.
L’ensemble des profs du prévoc des collèges d’Etat et privés avaient été invités à cette rencontre, le 27 juin, avec Leela Devi Dookun. Cette réunion, qui s’est déroulée à l’auditorium du MGI, était d’autant attendue dans les milieux du prévoc que la ministre et ses proches collaborateurs rencontraient pour la première fois le personnel de ce secteur dans le cadre de la réforme. « Pourquoi avoir attendu la dernière minute pour nous rencontrer ? » ont dés lors demandé quelques profs à la ministre ce jour-là. « On nous a mis devant les faits accomplis », ont-ils poursuivi.
Si la presse écrite n’avait pas été invitée à y assister, en revanche, les caméras de la MBC TV n’ont pas raté l’événement. Ce qui aura aussi été le cas lors de deux autres réunions d’explications organisées récemment par le ministère à l’intention des recteurs des collèges d’Etat et privés.
L’objectif de cette réunion avec les profs du prévoc était de leur présenter le projet “Extended Stream” au secondaire en remplacement de la filière “Prevocational Education” (programme d’études de quatre ans à l’intention de ceux échouant aux examens de fin d’études primaires et présentant de grosses difficultés d’apprentissage). La ministre de l’Education les a aussi informés ce jour-là que « personne ne perdra son job » avec l’abolition du prévoc. S’ils étaient évidemment soulagés d’apprendre cette nouvelle, ils ont néanmoins fait part de leurs réserves sur la formule “Extended Stream”, destinée aux “low-achievers”, au plan académique.
Soulignons que tous les élèves quittant l’école primaire cette année, et ce quelles que soient leurs performances aux examens du Primary School Achievement Certificate (PSAC), seront admis l’an prochain dans les classes de Grade 7 au collège pour poursuivre un programme d’études commun. À partir de là, ils se prépareront pendant trois ans à prendre part à un nouvel examen national, soit à la fin du Grade 9. Mais les “low-achievers” – autrement dit les élèves n’ayant pas réussi au PSAC ainsi que ceux ayant obtenu de très faibles résultats – seront, eux, admis dans une classe spéciale, désormais connue comme “Extended Stream”. Les élèves concernés auront alors quatre ans, au lieu de trois, pour couvrir le programme d’études et la première année, d’après les déclarations de la ministre la semaine dernière, sera la « Grade 7 – Foundation Year » . Il s’agira d’une année de remise à niveau afin de leur permettre d’accéder, l’année suivante, au programme d’études du secondaire pour les conduire plus tard aux examens du NCE.
Mais selon les profs du prévoc, de par leur expérience auprès des “low-achievers”, cette « Foundation Year » sera « complètement insuffisante » pour leur permettre d’atteindre le niveau requis d’ordinaire à la fin des études primaires, que ce soit en écriture, en lecture, en calcul et en expression orale. A une question lancée par un prof ce jour-là en direction de l’assistance pour savoir si la durée d’un an pour la remise à niveau était « suffisante », tout le monde a unanimement répondu « non ».
Selon les témoignages de ces profs, la majorité des enfants arrivant au prévoc n’ont toujours pas acquis les notions de base en écriture et en lecture après six ans d’études au primaire. « À l’exception de quelques rares cas, la grande majorité de ces élèves ne savent pas comment écrire les noms de leurs parents ni même leur adresse. Malgré un programme adapté à leurs besoins et la bonne volonté des profs, nous notons peu, voire aucune amélioration sur le plan académique chez ces élèves après trois années passées au prévoc. Aussi, comment voulez-vous qu’ils intègrent un programme d’études commun au secondaire après juste une année de remise à niveau ? » se demandent avec pertinence ces profs. Ces derniers ont fait part de leurs inquiétudes à la ministre à ce sujet. « On a fait comprendre au ministre que la nouvelle mesure ne s’inscrivait pas dans l’intérêt des enfants. Même si on leur accordait cinq années supplémentaires, ils auraient toujours des difficultés à entrer dans ce programme d’études », poursuivent-ils.
Les profs du prévoc veulent aussi savoir si le ministère a prévu un plan de “remedial” dans le cas des élèves qui n’auront pas réussi à atteindre le niveau requis à la fin de la « Foundation Year » ou si ces derniers seront « automatiquement promus » en « Grade 8 – Extended » l’année suivante. « S’ils n’ont pas le niveau requis pendant les quatre années d’Extended Stream, ils échoueront certainement aux examens nationaux à la fin du Grade 10 », craignent-ils. La ministre de l’Education et les techniciens de son ministère ont écouté avec attention les profs du prévoc le jour ce la réunion. Cependant, Leela Devi Dookun a repoussé leurs inquiétudes, croyant dur comme fer que le programme d’études du NCE « sera à la portée des élèves ».
A noter par ailleurs que le contenu des manuels pour les classes de Grade 7 est toujours en préparation au Mauritius Institute of Education tandis que les sessions de formation à l’intention des profs qui seront en charge de ces classes se dérouleront durant les prochaines vacances scolaires, qui débutent ce 17 juillet.