Exit annoncé du CPE-abattoir et extension de l’examen  national au niveau de la Form III
Véritable casse-tête pour caser dans des collèges régionaux quelque 18 000 élèves terminant la sixième à la fin de chaque année
Suspense de rigueur pour les quelque 10 000 élèves et les 738 enseignants engagés dans le circuit du Prevocationnel
Le ministre Vasant Bunwaree s’en remet au High Powered Committee pour élaborer la “formule magique de 2015”
Deux semaines après l’annonce en fanfare du vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, au sujet de l’introduction du Nine-Year Schooling, le flou total persiste encore au ministère des Finances quant aux modalités d’application de cette mesure phare du budget 2014. Une Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Paul Bérenger, et un point de presse n’ont pas suffi au ministre de l’Éducation, Vasant Bunwaree, pour éclairer la lanterne de ces quelque 18 000 parents dont les enfants terminent chaque année le premier cycle scolaire de six ans.
Face aux questions de plus en plus pressantes venant de tous les côtés, soit de l’homme de la rue aux pédagogues avertis, Vasant Bunwaree ne dispose que d’une unique fall-back position, en l’occurrence le High-Powered Committee pour proposer la “formule magique de 2015”. En tout cas, 2014, précédant l’échéance des prochaines élections législatives, s’annonce déjà chaude car l’opération de dégoupillage pour l’élimination du Certificate of Primary Éducation (CPE) s’avère  un exercice à risques sur tous les plans, d’autant  que le camp des sceptiques quant à la réalité du 9-Year Schooling à partir de 2015 ne cesse de se renforcer de jour en jour.
Dans la conjoncture, l’incertitude reste le point commun entre ces milliers de parents d’élèves et d’élèves en fin de cycle primaire, d’une part, et les instituteurs et responsables de collèges, d’autre part. Que se passera-t-il à partir de 2015 pour la transition du cycle primaire traditionnel vers le secondaire avec le 9-Year Schooling ? Le décideur politique le plus averti en la matière, en l’occurrence le ministre de l’Éducation, cherche encore ses repères pour naviguer dans ces eaux troubles.
Attendre les recommandations du High-Powered Committee
Dans une tentative de complémenter l’absence de réponses à la PNQ du précédent samedi, Vasant Bunwaree a animé en début de semaine un point de presse, avec pour leitmotiv qu’il faudra attendre les recommandations du High-Powered Committee institué pour enclencher le mécanisme d’exécution du 9-Year Schooling. Toutefois, la seule certitude demeure qu’à partir de 2015, le Certificate of Primary Éducation (CPE), examens de fin de cycle primaire, sera aboli dans sa forme actuelle pour être remplacé par un simple examen de fin d’année comme c’est le cas pour les autres classes du cycle primaire.
Avec le 9-Year Schooling, le système éducatif est réparti en trois tranches d’âge, les enfants de 3 et 4 ans pour le Early Childhood Care and Education (ECCE), ceux de 5 à 14 ans pour le Basic Schooling et de 14 à 18 ans pour le Past-Nine Year Schooling. Avec l’abolition des examens du CPE, le nouveau système prévoit son remplacement par un examen national au niveau de la Form III à la fin de la scolarité sur neuf ans, dont les six premières années dans des écoles primaires et les trois autres dans des collèges régionaux.
La priorité de l’heure concerne la question d’infrastructure physique scolaire. À la fin des six premières années du Basic Schooling, les autorités devront disposer de la place pour accommoder en moyenne 18 000 élèves par an dans des collèges dits régionaux. Il est un fait aujourd’hui que quelque 25 000 élèves prennent part aux examens du CPE chaque année mais avec la formule de Nine-Year Schooling et la promotion automatique de la sixième à la septième année les recalés du CPE disparaîtront du paysage scolaire.
La première équation qu’aura à résoudre le ministère de l’Éducation concerne la conversion des 176 collèges existants en Middle et High Schools, pour reprendre une expression de la directrice du Bureau de l’Éducation Catholique (BEC), Gilberte Chung. De ces collèges, 68 sont des State Secondary Schools (SSS), avec une bonne majorité d’entre elles susceptibles d’être classées dans la catégorie des High Schools pour accueillir les élèves ayant réussi avec succès l’examen national de Form III pour poursuivre des études dans la filière académique.
La répartition des collèges entre ceux accueillant des élèves entre la septième année et la neuvième et ceux pour le Past-Nine Year Schooling pose un véritable casse-tête. Outre les State Secondary Schools, 108 collèges privés sont en opération. Quel sort sera réservé à des collèges privés qui ont déployé des efforts avec des résultats académiques tangibles au niveau du Higher School Certificate (HSC) ? Seront-ils sacrifiés à l’autel du Nine-Year Schooling au profit des Star Schools ?
Devant ces interrogations, le ministre Bunwaree reste évasif. “Ce sont les modalités du nouveau système. Il nous fait encore du temps. Il faut laisser le High Powered Committee travailler”, répond-il presque sans conviction à une question de la presse. Un autre problème à résoudre s’inscrit dans le sillage de l’admission dans des Middle Schools de ces 18 000 élèves terminant la sixième sur la base de la régionalisation.
Ainsi, le High Powered Committee devra se prononcer sur la répartition géographique des collèges en tenant en ligne de compte la population estudiantine de fin de cycle primaire et également soumettre des recommandations en vue de combler des déficits de places dans une zone géographique par rapport à une autre. À ce chapitre, les dernières statistiques officielles pour 2013 donnent le tableau suivant :

Ces mêmes Educational Statistics indiquent la répartition des admissions en Form I, soit quelque 16 000 sur une population estudiantine de quelque 110 000 sur une base régionale toujours en 2013 comme suit :

Une analyse sommaire de ces officiels entre les admissions en Form I et la population d’élèves en VIe en 2013 confirme que le ministère de l’Éducation aura à allouer des places additionnelles dans ces Middle Schools-in-Waiting pour assurer une smooth transition du 9-Year Schooling. Sujet à confirmation des recommandations du High Powered Committee de l’Éducation, Port-Louis devra pouvoir accueillir quelque 1 500 élèves additionnels pour la septimème année d’éducation alors que pour les trois autres zones, le nombre pourrait varier de 900 pour Quatre-Bornes/Vacoas et l’Ouest à 500 pour Curepie et le Sud.
Entre-temps, le 9-Year Schooling sonnera le glas de la Pre-Vocational Education, qui sera appelée à disparaître de manière automatique. Actuellement, les données officielles révèlent qu’un peu plus de 10 000 élèves fréquentent des écoles offrant une Pre-Vocational Education pour environ 700 enseignants directement concernés. En 2013, le plus grand nombre d’étudiants du Prévoc est enregistré dans les régions suivantes :
— Plaines-Wilhems : 2 422, dont 1 654 dans des collèges privés
— Port-Louis : 1 755, dont 1 431 dans des institutions privées
— Flacq : 1 178, dont 819 dans le privé
— Pamplemousses : 1 013 dont 709 dans le privé.

Introduction de nouvelles matières
Le nombre d’étudiants dans le Prévoc dans les autres régions est de moins d’un millier par district, dont 515 à Rivière-Noire. En général, la population masculine dans le Prévoc est le double du sexe opposé.
En terme de cursus scolaire, le projet de 9-Year Schooling – surtout dès la septième année – verra l’introduction de nouvelles matières, comme l’Entrepreneurship Programme, l’histoire de Maurice, la musique et la peinture avec l’anglais, le français et les mathématiques devenant compulsory, sans l’oublier l’étude des sciences. La neuvième année d’études scolaires sera sanctionnée par un examen national, connu aujourd’hui comme la Form III National Examination.
Ces examens détermineront les filières à suivre par les élèves et surtout les High Schools qui accueilleront ces élèves en prélude à l’épreuve du School Certificate et subséquemment du Higher School Certificate traditionnel, du HSC Professional ou encore le HSC Polytechnic.
Néanmoins, l’abolition du CPE et l’introduction du 9-Year Schooling en même temps que l’annonce du ministre de l’Éducation au sujet de la fermeture éventuelle de collèges privés suscitent de vives inquiétudes dans les rangs des managers de collèges privés. La fédération des managers des collèges privés, qui dénonce une absence totale de communication de la part du ministère de l’Éducation sur cet important projet, affûte déjà ses armes pour une première confrontation avec les autorités car il en va du gagne-pain de ses membres, alors que d’autres fronts de résistance au projet commencent à s’organiser vu que le calendrier 2015 de Bunwaree fait de plus en plus objet de vives contestations.