L’opération « Sougra », étalée en partie par des recoupements d’informations découlant de la Special Investigation sous la section 44 de la Financial Services Act et confiée à Kriti Taukoordass, confirme un détail  incontournable. Sans l’apport du groupe Swan, les intentions déclarées de Rogers & Co Ltd et du groupe ENL Land Ltd des Espitalier-Noël pour repousser une OPA (Hostile Takeover Bid) contre la New Mauritius Hotels Ltd auraient été un échec. Néanmoins, depuis l’éclatement de la New Mauritius Hotels Ltd Saga, le Chief Executive Officer du groupe Swan Louis Rivalland, qui siégeait jusqu’à septembre dernier sur le Board of Directors de Rogers & Co Ltd, multiplie les déclarations en se voulant rassurant quant aux initiatives prises par le groupe avec le rachat des actions de ce groupe hôtelier à la Bourse les 16 et 18 février 2016 (voir plus loin les réactions de la Swan suite à l’article dans la dernière édition de Week-End). Les premières indications demeurent que le Special Investigator de la FSC aurait également épinglé la Swan pour des infractions aux dispositions sous l’Insurance Act et la Private Pension Scheme Act. Toutefois, à ce stade, la seule certitude officielle est que la Financial Services Commission (FSC) a sollicité son Legal Adviser, Me Désiré Basset, Senior Counsel, en vue de décider de la marche à suivre suite à la soumission d’un premier rapport du Special Investigator.
Des recoupements d’informations auprès des sources concordantes indiquent que les Legal Opinions recherchées par le board de la FSC et l’Acting Chief Executive de la Financial Services Commission ne devront être communiquées que vers la fin de la semaine. De ce fait, la prochaine réunion du board de la FSC pourrait être convoquée le lendemain de la présentation du Budget 2017/18 à l’Assemblée nationale. C’est ce que confirme la FSC, qui a remplacé le démissionnaire Dhiren Dabee par Yandraduth Googoolye, First Deputy Governor de la Banque de Maurice, en tant que vice-président.
« The Special Investigator has submitted his report dated 19 May 2017 and made a presentation to the FSC Board on 25 May 2017. The Commission has sought the views of its legal adviser on the findings of the Report. Upon receipt of the legal opinion, the Commission will take appropriate action, if any, as deemed necessary under the law », fait ressortir le communiqué officiel. Dans la conjoncture, le principal enjeu est de déterminer « the course of action » au sujet de l’audition des principaux protagonistes de la NMH Saga, en l’occurrence Louis Rivalland du groupe Swan, Hector Espitalier-Noël, ou encore les directeurs du groupe NMH, ces derniers répondant aux allégations de False and Misleading Conduct in relation to Securities sous la section 116 de la Securities Act.
Mais le détail crucial dans l’éventualité de l’audition des directeurs du groupe Swan, de Rogers & Co Ltd et d’ENL Land Ltd, porte sur une remarque qui a été attribuée à Hector Espitalier-Noël, directeur de NMH, de Rogers, d’ENL Land Ltd, de Swan General et de Swan Life, lors des tractions pour faire échec à l’OPA contre le groupe NMH. Dans un premier temps, le National Pension Fund avait été désigné pour se retrouver aux côtés de Rogers & Co Ltd et d’ENL Ltd en vue du  rachat des 45,5 millions de titres de NMH pour un montant de Rs 1,4 milliard au cours agrée de Rs 29, soit avec une prime sur le cours affiché à la Bourse.
Préserver leurs chances
Face aux objections soulevées par le NPF en marge de la présentation officielle dans les locaux du groupe Rogers du 11 février 2016 à l’effet que toute décision en ce sens relèverait du délit sous la Financial Services Act d’Acting In Concert, Hector Espitalier-Noël aurait rétorqué que « personne ne saura ». Il va de soi que lors de la première audition possible, le Special Investigator ne sera que trop content de confronter Hector Espitalier-Noêl à la version des faits rapportés par le directeur du National Pension Fund, Veenay Rambarassah, qui a résisté aux pressions de placer à fonds perdus entre Rs 500 millions et Rs 800 millions, représentant les  contributions des salariés dans le deal pour sauver le NMH des griffes d’un Raider avec un Hostile Takeover Bid.
Les conséquences du rachat conjoint par Rogers & Co Ltd et ENL Land Ltd avec le concours passif du groupe Swan de ces 4,6 millions d’actions appartenant à PAD, au groupe Taylor et à Kingston sont multiformes, soit préserver leurs chances pour assurer un plus grand contrôle du groupe NMH en prévision de la conversion des actions de préférence de NMH à partir du début de l’année prochaine ;
offrir un prix de Rs 29 par action pour correspondre au cours offert par ceux derrière l’Hostile Take-Over et mettre hors état de nuire tout éventuel Raider et éviter de déclencher les procédures relatives à une Mandatory Offer avec un autre partenaire dans le Game en se maintenant sous la barre des 30% d’actions.
Ainsi, après la transaction controversée des 16 et 18 février 2016, l’actionnariat au sein de NMH donnait 19,26% à Rogers & Co Ltd, 10,61% à ENL Land Ltd, 1,40% aux « Associates » et 10,33% à Swan Life, dont les Managed Funds avec la présomption d’Acting in Concert. Avec la conversion des actions de préférence au début de l’année prochaine, le tableau sera complètement différent avec ces quatre entités assurant le contrôle de 55,46% du capital de NMH, soit Rogers & Co Ltd avec 24,23%, ENL Land Ltd : 18,10%, Associates : 1,65% et Swan Life : 11,49%.
A la décharge du groupe Swan, les données boursières vérifiées et vérifiables indiquent que pour les trois années précédant 2016, cette compagnie d’assurance n’était nullement intéressée à faire l’acquisition des actions de NMH même si la tendance des cours était nettement inférieure aux Rs 29 proposées. A la prochaine occasion d’audition, Louis Rivalland devra convaincre les autorités pourquoi depuis 2014 avec la société Kingtson offrant ses titres à vendre en bloc, la compagnie d’assurance n’avait montré aucun intérêt et pourquoi soudainement l’Investment Committee du groupe devait décider lors d’une réunion d’urgence le 15 février 2016 d’engloutir Rs 502 millions dans des actions de NMH à la Bourse en une minute. Avant 2014, Swan Life avait fait l’acquisition d’un bloc de titres de NMH de Kingston, soit 7,6 millions, à un cours au rabais de 6% et non avec une prime comme c’est le cas le 16 février 2016.
Avec le refus catégorique du NPF de se rendre complice du jeu du tandem Rogers/ENL Land Ltd et en dépit d’une offre d’achat de10 millions de titres de NMH en date du 12 février 2016, le groupe Swan se présentait comme l’allié de charme pour cette opération. Pour cause : cette compagnie d’assurance dispose des ressources financières pour débourser d’un seul coup Rs 500 millions avec un Investment Committee sous l’influence de Louis Rivalland pouvant agir dans l’urgence.
Une autre zone d’ombre
Une autre zone d’ombre, qui attend éclaircissement du Chief Executuve Officer de la Swan est comment justifier la pilule amère de payer une prime de 16% pour ces actions de NMH, avec le groupe Swan encourant une Fair Value Loss de Rs 102 millions en 48 heures et probablement une perte sèche de Rs 139 millions si la Mandatory Offer de Rs 21 de Rogers et d’ENL Land Ltd, valide jusqu’au 27 mars dernier, avait été exécutée. Alors que le groupe Swan a effectué des placements sur des titres de NMH avec une prime de 16% en février 2016, le Pricing du Mandatory Takeover du 21 mars 2017 constituait un Discount dans la fourchette de  38% à 41%.
Sur le plan stratégique, le groupe Swan ne tire aucun avantage de ses Rs 502 millions de placements. Avec cette acquisition additionnelle de 3,57% des actions de NMH, la compagnie d’assurance détient 10,2%, soit quasiment le même pourcentage que le groupe ENL Land Ltd. Mais à la différence qu’elle est toujours représentée par un seul directeur, soit un statut d’actionnaire minoritaire, sans aucune influence au niveau des décisions du Board.
La séquence de cette transaction boursière des 16 et 18 février 2016 pourrait également constituer un sujet de gros embarras pour le groupe Swan. La version des faits des représentants des vendeurs des titres de NMH Ltd est unanime à accréditer la thèse que des négociations étaient menées par des directeurs de Rogers & Co Ltd et ENL Land Ltd depuis le début de 2016 quand la menace du Hostile Takeover Bid de Sunnystars Resort, menée par Me Robin Mardemootoo, s’était précisée. L’engagement pris était que Rogers et le groupe ENL étaient déterminés à mettre le grappin sur les blocs d’actions mis en vente par PAD, Taylor Smith, et Kingston et à aucun moment il n’était officiellement question du groupe Swan.
La nécessité d’adjoindre s’est fait sentir devant l’échec jusqu’à la dernière minute des négociations avec le National Pension Fund, laissant la porte ouverte au risque potentiel de crever la barre des 30% du capital de NMH. Le groupe Swan a été inclus dans le deal pour contourner un autre grave problème, soit une Mandatory Offer à Rs 29.55 par action, susceptible de peser lourd dans les bilans financiers des acquéreurs.
Toutefois, aujourd’hui, le groupe Swan, qui n’a fait que permettre à Rogers et au groupe ENL Land Ltd d’assurer un contrôle effectif de NMH avec 40,20 des actions en attendant de passer à 55% au début de l’année prochaine, avec la conversion des titres de préférence, est sous la menace d’infractions à l’Insurance Act et à la Private Pension Scheme Act. A moins que les arguments mis en avant par la Swan soient des plus convaincants. Techniquement, avec ces placements de Rs 502 millions décidés le 15 février 2016, les intérêts des clients des polices d’assurance auraient été relégués au second plan pour favoriser des actionnaires majoritaires de NMH Ltd, d’autant plus que les termes du deal étaient à première vue « not economically sound ».
A ce chapitre, Rezistans & Akternativ, qui avait soulevé en premier le lièvre de l’utilisation des fonds de pension, se prépare à relancer les débats sur cet aspect éminemment controversé.
Mais le dernier détail, qui mérite d’être mentionné, est que toutes ces transactions à la Bourse les 16 et 18 février 2016 sur les titres de NMH Ltd avaient été traitées par les services de courtage de Swan Securities, qui n’est autre qu’une filiale du groupe Swan et une société soeur de Swan Life sans oublier que le volume de titres alloués à Swan ne représente que ce qui reste après avoir satisfait les desiderata de Rogers & Co Ltd et d’ENL Land Ltd…