Tous les Agaléens rencontrés à Maurice avant le voyage vers les îles jumelles, tous ceux rencontrés sur le bateau sont unanimes : les Agaléens sont les maltraités de la République, dans tous les sens de ce terme. Ils sont encore soumis à une forme de colonisation exercée par les responsables de l’organisme chargé de développer les îles : l’Outer Island Development Corporation (OIDC). A partir des récits des uns et des autres et la consultation des archives de Week-End, voici une série de faits qui incitent à penser que, effectivement, les Agaléens sont les maltraités de notre république.
Pour se rendre compte à quel point les Agaléens sont les maltraités de la République, il suffit de se rendre à l’embarquement d’un des deux bateaux qui, théoriquement, relie les îles au monde trois fois par an. En l’occurrence, il s’agissait du voyage 957/0 effectué par le M/S Mauritius Trocchetia à la fin de l’année dernière. Programmé pour le 28 novembre, le bateau ne prendra la mer que deux jours plus tard. Ce sont les passagers, majoritairement Agaléens, qui doivent téléphoner à l’OIDC pour connaître la date définitive de l’embarquement qui est finalement fixée au 30 novembre, à 8 h 30. Mais à l’heure fixée, les portes de la gare d’embarquement Aurélie Perrine sont closes. Munis de leurs bagages, les passagers auront à attendre au moins une heure sous le soleil avant l’ouverture des portes et le début d’une longue journée. En effet, après avoir attendu pour entrer dans la gare, ils devront encore attendre pour en sortir et embarquer dans un vieil autobus qui assure la navette jusqu’au bateau. Après avoir embarqué et s’être installés, ils passeront une demi-journée à suivre l’embarquement des marchandises sur le bateau qui ne quittera le port qu’après la tombée de la nuit. Pour le MSC et l’OIDC, il semble tout à fait normal de faire subir ce traitement aux Agaléens et après on s’étonne qu’ils se sentent les oubliés ou les maltraités de la République ! Ce sentiment des Agaléens d’être mal traité remonte aux temps du peuplement des îles. Jusqu’en 1835, ils furent les esclaves des propriétaires de l’île, après la période d’affranchissement ils devinrent des travailleurs libres, mais engagés par les mêmes propriétaires. Si leur statut avait changé, le travail et souvent la maltraitance étaient restés les mêmes. Comme dimanche dernier, dans le premier volet de ce reportage, Léon Clarisse racontait le quotidien dans les îles au début de la deuxième partie du siècle dernier.