La pétition contre la nouvelle carte d’identité à puce, proposée par Lalit et la Confédération des travailleurs du secteur privé, a reçu un accueil favorable, notamment auprès des organisations sociales, syndicales et estudiantines. À ce jour, elles sont une vingtaine à soutenir cette initiative. À son tour, le public a jusqu’au 15 septembre pour signer le document, lequel est disponible chez Lalit, à Grande-Rivière-Nord-Ouest, ainsi qu’à la CTSP, à Rose-Hill.
Les signataires d’une pétition demandent au gouvernement d’abandonner l’introduction de la nouvelle carte d’identité et d’amender la Data Protection Act afin de décréter illégal le système de centralisation des données privées de tout individu. Les raisons principales évoquées sont l’accès à des informations privées et les possibles dérives pouvant en découler, ainsi que les risques de manipulations.
Selon Lindsey Collen, avec ce système, « l’État, le secteur privé et même les puissances étrangères auront accès aux données privées ». Sans oublier les risques de manipulations des informations. « Une fois qu’un fichier a été créé, ceux y ayant accès peuvent ajouter ou modifier ce qu’ils veulent. »
Et d’ajouter qu’il ne faut pas non plus oublier les risques de piratage. « Si les hackers ont pu avoir accès aux informations de la Nasa, ne pourront-ils pas pirater une simple base de données ? » Plus que cela, précise notre intervenante, la nouvelle carte représente une entrave à la liberté individuelle, notamment en ce qui concerne la liberté de mouvements. « La loi fait provision de l’obligation de produire la carte à certaines autorités, notamment la police. Nous dirigeons-nous vers un État policier ? » se demande-t-elle.
Qui plus est, ajoute Lindsey Collen, le flou persiste encore sur certains aspects. « On n’a pas encore précisé, par exemple, combien coûtera la carte, qui payera et combien il faudra débourser en cas de perte. » De même, elle est d’avis qu’il est « mensonger » de venir dire que la carte ne comportera que deux à trois empreintes digitales puisque « dans les données centrales, il y en aura dix ».
Sur ce même sujet, Reaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), fait remarquer que beaucoup d’entreprises utilisent déjà le système d’empreintes digitales pour enregistrer la présence d’un employé sur son lieu de travail. « Les Mauriciens acceptent tout. Tellement qu’ils n’ont pas réalisé qu’en remplaçant la vieille clock card par une autre, où ils posent la main, ils donnent en même temps leurs empreintes digitales. »
Quant à savoir s’il n’est pas trop tard pour faire circuler une pétition réclamant l’abandon de la nouvelle carte, les principaux concernés répondent par la négative. « En Grande-Bretagne, la carte a été retirée après son introduction. Au cours de sa campagne électorale, David Cameron avait même donné l’assurance qu’il ferait annuler la carte en 100 jours. Idem en Australie, où le gouvernement avait déjà dépensé beaucoup d’argent pour une telle carte quand elle a finalement été forcée de faire marche arrière. »
Pour en arriver là, ajoutent-ils, le peuple doit être informé et les gens doivent en réaliser les dangers. D’où la décision de d’abord se diriger vers les organisations. Reaz Chuttoo dit ainsi constater que des voix s’élèvent de plus en plus à différents niveaux contre l’introduction de la nouvelle carte d’identité. « Ce qui est un signe que les gens ont peur. » Et d’ajouter qu’il faut conjuguer les efforts pour « faire pression sur le gouvernement ».
Les organisations ayant signé la pétition à ce jour sont : l’Acim, la Base intersyndicale, l’Union des étudiants de l’Université de Maurice, le Muvman Liberasyon Fam, le Private Secondary Employees Fund, Ledikasyon Pu Travayer, Justice, la Federation of Pre-School Playgroup, Les Abeilles Playgroup, le centre Idrice Goomany, l’Association des travailleurs sociaux de Maurice, First Aiders, le regroupement des travailleurs sociaux, la Nursing Association, la CITU, le CTSP et Lalit.
Ces organisations touchent plus de 50 000 personnes. À elle seule, la CTSP comprend quelque 40 000 membres.