Déplorant les nombreuses insuffisances dans le secteur de la santé, principalement concernant les conditions d’emploi des infirmiers, la Nursing Association a tenu hier une manifestation devant l’hôpital Jeetoo à Port-Louis, demandant au ministre de tutelle d’assumer ses responsabilités. Selon son président Bagooaduth Kallooa, les nombreuses rencontres avec Lormus Bundhoo sont ont été infructueuses. Il considère également que le High Powered Committee mis en place à ce sujet, et qui se réunit demain, ne serait que du « bluff » …
Les infirmiers regroupés au sein de la Nursing Association (NA) ne croient plus en la bonne volonté du ministre de la Santé Lormus Bundhoo et encore moins aux initiatives du ministère de tutelle pour remédier à leurs problèmes. Lors d’une manifestation hier en début d’après-midi devant l’hôpital Jeetoo à Port-Louis, on pouvait lire sur leurs pancartes toute leur exaspération. « Aret bluffer Lormus ! » ; « Minister la sante protez zis dokter » ; « Minister nek fer sanblan » …
Selon Bagooaduth Kallooa, président de la NA, la situation dans le secteur de la santé connaît une nette dégradation. Lors de son point de presse à 14 h, il a fait une virulente sortie contre le ministre de tutelle. « Cela fait trois ans que nous dénonçons les mêmes lacunes. Depuis que Lormus Bundhoo a été nommé ministre, nous avons attiré, à de nombreuses reprises, son attention sur ce qui nous perturbe au sein du secteur de la santé. Il nous a répondu qu’il résoudra la situation mais nous constatons malheureusement que tout cela n’était qu’un effet d’annonce », a-t-il déclaré.
Ce que reproche entre autres la NA au ministère de la Santé : les conditions de travail inadéquates ; l’espace parking non-accessible aux infirmiers ; lacunes du système sanitaire et absence de toilettes ; restriction d’accès à la salle de repos ; heures de travail exagérées sans compter les nombreuses tâches auxquelles doivent s’adonner les infirmiers alors que « cela ne figure pas sur les Scheme of Service » ; distribution de médicaments dans les hôpitaux ; enregistrement des patients ; réparations de structures dans les hôpitaux.
Par ailleurs, le choix de leur première protestation pacifique devant l’hôpital de Port-Louis serait symbolique, disent les infirmiers. « Du côté du ministère, on nous a tout le temps fait comprendre que les structures hospitalières sont anciennes, ce qui explique le manque de facilités pour le personnel, principalement les infirmiers, mais nous notons qu’ici à l’hôpital Jeetoo, la resting room destinée aux infirmiers a été déplacée et est utilisée à d’autres fins. Du coup, les infirmiers n’ont aucun lieu pour se reposer alors qu’ils sont appelés à travailler énormément vu le manque de personnel », soutient M. Kallooa.
Cependant, interrogé à ce sujet, un des cadres de l’hôpital répond que ces allégations ne sont pas fondées. « Les conditions de travail des infirmiers sont respectées et ils ont un lieu pour se reposer », soutient-il. Selon le cadre, les choses dans le milieu de la santé ne sont pas aussi dramatiques que cela. Un High Powered Committee devrait se réunir demain en vue d’examiner les points faibles de ce secteur. Pour M. Kallooa, la mise en place de cette structure n’est pas nécessaire. « Pou mett enn ta dimounn dan enn lasal pou kone kouma pou aranz enn de robine ek twalet ! », fustige-t-il.
Répondant aux questions de la presse lors de la conférence scientifique East, Central and Southern Africa College of Nursing (ECSACON) du 5 au 7 septembre à l’hôtel La Plantation, Balaclava, le ministre Lormus Bundhoo avait par ailleurs soutenu que « tout est sous contrôle ».
Pour la NA, « l’heure est grave ». « Jusqu’à présent nous avons été responsables et patients. Mais il est temps que le ministère prenne ses responsabilités. » Afin de faire entendre leurs voix, les 3 500 infirmiers de l’association envisagent un go-slow et d’autres manifestations devant les centres hospitaliers de l’île voire même une grève. M. Kallooa estime qu’en cas de discussion entre le ministère de tutelle et le syndicat, la signature d’un agreement doit être de mise afin de garantir le respect des accords.
La prochaine manifestation est prévue devant l’hôpital Victoria.