L’opération Lamborghini, déclenchée depuis juillet de l’année dernière par le Central CID avec la saisie d’une série de voitures de luxe, dont des Porche Cayenne et des Mercedes “papillon” et l’arrestation de plusieurs suspects, devrait connaître des rebondissements dans les jours à venir. En effet, depuis la mi-janvier, des limiers du Central CID sous la supervision de l’assistant commissaire de police Pregassen Vuddamalay procèdent à l’interrogatoire d’une pièce maîtresse du puzzle SS Motors mis en place par Dhaneshwar Toolsee pour l’importation frauduleuse de voitures de luxe avec un manque à gagner portant sur des dizaines de millions de roupies à la douane. David Mirbel-Nelson, directeur de la compagnie de fret Beltin Express Co Ltd, basée à Londres, qui a retenu les services de Me Anil Gayan, Senior Counsel, s’est mis à dévoiler les secrets derrière ce rouage, qui devait être à toute épreuve.
Le déplacement de David Mirbel-Nelson s’inscrit dans le cadre d’un approfondissement de l’enquête policière avec la saisie de plus d’une dizaine de voitures des marques Porsche, Mercedes, BMW ou encore Range Rover, valant des dizaines de millions chacune. Dans les milieux proches des enquêteurs du Central CID, l’on n’hésite pas à indiquer que les révélations et la Documentary Evidence, susceptibles d’être versées dans le dossier à charge par cet homme d’affaires britannique, seront d’une importance capitale pour mettre hors état de nuire le réseau de fraude de SS Motors et pour les besoins des prochaines étapes de l’enquête.
Le rôle du Britannique Mirbel-Nelson est très simple. À la tête d’une compagnie transitaire, spécialisée dans le fret aérien et maritime entre la Grande-Bretagne et Maurice, il dispose d’un carnet d’adresses de Returning Residents mauriciens au départ de Londres. La compagnie Beltin Express Co Ltd est connue des Mauriciens, intéressés à rentrer au pays après un long séjour à l’étranger. Le recrutement des Mauriciens, bénéficiant des facilités de Duty Free pour l’importation de voitures, se fait au niveau de Beltin Express Co Ltd, dont les services sont sollicités pour le fret des biens personnels et immobiliers par conteneurs à destination de Maurice.
« Le tarif proposé aux Mauriciens, ayant doit à ces bénéfices hors taxes, est de Rs 100 000 par voiture contre le renoncement de ces privilèges au bénéfice d’une tierce partie à Maurice », aurait déclaré en substance l’Anglais Mirbel-Nelson au Central CID, en confirmant que son partenaire d’affaires à Maurice n’est autre que SS Motors de Dhaneshwar Toolsee opérant dans le nord de l’île. Le Britannique s’est empressé d’ajouter qu’une fois qu’il avait recruté les Returning Residents complaisants à Londres et procédé aux procédures d’acquisition des voitures commandées par des tierces parties, principalement d’importantes personnalités à Maurice, son rôle était terminé.
« Tous les paiements sont effectués à Maurice. Je ne sais rien concernant cet aspect de la transaction », s’est appesanti le directeur de Beltin Express Co Ltd, une compagnie brassant un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de cinq millions de dollars et employant une vingtaine de personnes. Néanmoins, cette compagnie a bénéficié des paiements dans le cadre des contrats passés.
À un stade ultérieur de l’enquête, le Central CID compilera un relevé de toutes les transactions effectuées par Beltin Express Co Ltd au nom de SS Motors de Dhaneshwar Toolsee. Cette liste pourrait donner lieu à de nouvelles saisies de voitures et arrestations des importateurs et des Returning Residents impliqués et également la relance des enquêtes qui sont actuellement « in abeyance » au Central CID.
L’interrogatoire de Mirbel-Nelson comprend un véritable casse-tête pour les enquêteurs du Central CID, à savoir quel traitement accorder au directeur de Beltin Express Co Ltd dans cette affaire. Techniquement, des preuves d’un Conspiracy to defraud the Exchequer peuvent être établies formellement, fait-on comprendre. Toutefois, le problème est que le délit de complot a été commis en Grande-Bretagne, soit hors de la juridiction de Maurice.
En tout cas l’enquête se poursuit avec ces nouvelles révélations. L’Office of the Director of Public Prosecutions sera appelé à trancher la question au moment opportun.