« Je suis un amoureux de la Chine mais un amoureux lucide » Paul Bérenger avait d’emblée annoncé la couleur à l’ouverture de son exposé sur La Chine et la démocratie. C’est donc pendant une bonne heure devant une salle remplie du conseil municipal de Port-Louis qu’il a relaté les grandes dates de l’histoire de la république populaire de Chine, des premières et dernières élections démocratiques dans ce pays en décembre 1911, de l’assassinat le 20 mars 1913 de celui qui devait devenir le Premier ministre du pays, Song Yao Ren, de la création du Koa Min Tang et du Parti communiste chinois (PCC), des récents changements à la tête du pays et l’arrivée de Xi Ying Ping qui annoncent des réformes économiques mais aussi politiques. D’où ses raisons d’espérer que la Chine peut réussir sa démocratisation dans l’unité comme l’a fait l’Inde et sans connaître l’éclatement qui avait accompagné le processus en ex-URSS.
Où va la Chine ? Où va ce pays qui sera dans quelques années la première puissance économique du monde ? À cette question, le leader du MMM répond qu’il faut attendre les délibérations et les conclusions de la réunion spéciale du comité central du PCC prévu pour octobre prochain pour avoir une idée de la direction dans laquelle s’engagera ce pays et des réformes qu’il compte entreprendre. Si ce sont les réformes économiques qui sont à l’agenda et le système bancaire qui risque de polariser les débats à cette rencontre, il n’est pas exclu que les réformes politiques soient également à l’agenda, même si tout cela reste encore un peu flou. D’autant, a-t-il indiqué, qu’avec la nouvelle équipe et le nouveau président Xi Ying Ping, s’ouvre une page « bien excitante » et qu’il y en a même qui souhaitent « une renaissance de la Chine et du rêve chinois » et une campagne contre la corruption a été enclenchée qui n’épargne pas les caciques du PCC.
Un Gorbatchev et une Prestroika en Chine, le parallèle est dressé avec le spectre d’un démembrement comme l’a connu l’ex-URSS, a déclaré le conférencier, d’autant qu’en Chine, on compte également des forces séparatistes comme au Tibet où le Dalai Lama réclame l’autonomie et au Xi Chuan où c’est la communauté musulmane qui est en friction avec le pouvoir de Beijing. La hantise de certains du PCC est qu’une Chine sur la voie de la démocratie ne connaisse l’éclatement. Paul Bérenger en a profité pour rappeler qu’il y a déjà ce qu’on appelle les « constitutionnalistes » qui réclament que la constitution existante qui prévoit la démocratie, la liberté de la presse et l’indépendance du judiciaire soit appliquée. Face à eux, il y a ceux qui craignent une répétition des événements de l’ex-URSS. Il sera intéressant de voir, a dit Paul Bérenger, quel  courant qui évolue.
Évoquant les raisons d’être optimistes, le leader du MMM a cité l’exemple du voisin indien qui a réussi sa démocratisation dans l’unité et qui fait que ce pays est reconnu, y compris par les États-Unis, comme « la plus grande démocratie du monde. » L’Inde, a-t-il ajouté, est un « miracle permanent » qui tient bon en dépit de ses énormes problèmes et des forces séparatistes qui la composent. De quoi espérer que la Chine s’y inspire, a-t-il dit. Un mot inévitable aussi sur Hong-Kong, qui doit adopter une nouvelle constitution et tenir des élections au suffrage universel d’ici à 2017. Il a déclaré que ce serait intéressant de voir comment cet événement va impacter sur la Chine.
Avant d’en venir à l’histoire contemporaine de la Chine, Paul Bérenger avait fait un survol très instructif des grandes périodes qui ont marqué ce pays important, a-t-il insisté, parce qu’il est un de peuplement de Maurice, que c’est une chose sacrée et que l’on est obligé d’entretenir avec lui des relations spéciales comme avec tous les pays dont est issue notre population.
Le leader du MMM a évoqué la période impériale qui s’étend de 1644 à 1912, du rôle de la régente Xisi, des grands soulèvements de 1900 avec qui elle avait sympathisé, de la loi d’occupation des terres imposée par les puissances impérialistes, du règne des sociétés secrètes politiques mais pratiquant aussi les arts martiaux, du cheminement du général Yuan Chi Kai et celui du plus grand révolutionnaire et fondateur du Kow Min Tang, encore très respecté jusqu’aujourd’hui, de Sun Yat Sen dont un buste a été dévoilé récemment en présence du lord-maire Aslan Hossenally et du leader de l’opposition Alan Ganoo.
Et si Song n’avait pas été assassiné ?
C’est ensuite sur la vie de Song Yao Ren, le numéro trois de Kow Min Tang, que le leader du MMM s’est quelque peu attardé et ce, dans le sillage des élections de décembre 1911. Celui qui était un constitutionaliste et l’organisateur du scrutin s’était signalé par ses critiques contre les militaires et le général Yuan Chi Kai en particulier. Celui qui est considéré comme brillant et le futur Premier ministre avec la bénédiction de Sun Yat Sen, qui s’habillait à l’occidentale, était un homme de principes qui avait refusé un énorme bribe pour changer de camp, souligne Paul Bérenger.
Or, le 20 mars 1913, il était à Shanghai avec ses camarades en route pour la première réunion du Parlement à Beijing. Et alors qu’ils attendaient le train, un tueur s’est présenté et l’a assassiné, ce qui a changé le cours de l’histoire. « Une page incroyable de l’histoire écrite et tournée dans le sang. Cela fait 100 ans que ce phare s’est éteint », a souligné le leader du MMM. Il n’y a aucun signe qu’il y aura une commémoration et un devoir de mémoire exercé vis-à-vis de ce tribun qui, rappelle-t-il, est enterré dans un parc de Shanghai. C’est avec tout cela pour toile de fond que Paul Bérenger a confié avoir songé donner comme thème de sa conférence Et si Song n’avait pas été assassiné ? mais qu’il a finalement préféré celui de La Chine et la démocratie.
La suite, c’est un Parlement avec des transfuges, c’est le règne de Yuan Chi Kai qui agit comme un véritable dictateur et qui va même jusqu’à s’autoproclamer empereur de Chine. Sun Yat Sen qui craint pour sa vie s’installe au Japon et revient en 1923 tandis qu’en Chine, c’est désormais la warlords era avec des généraux se battant pour défendre leur bout de territoire, explique Paul Bérenger. Place après à Chang Kai Chek, à la création du PCC le 1er octobre 1949 et à la Chine contemporaine.
En terme de devoir de mémoire, après avoir souhaité que celle de Song soit honorée, le leader du MMM a évoqué deux anniversaires prévus en 2014, les 25 ans du soulèvement de Tian an Men et les 95 ans de la naissance de Zhang Zi Yang qui avait préconisé le dialogue avec les étudiants protestataires et qui avait fini en résidence surveillée. Le MMM, a-t-il avancé, devrait trouver un moyen de marquer ces deux événements. C’est le devoir de tout socialiste qui veut d’un monde meilleur d’y revenir et de les analyser.
La conférence a été suivie des questions du public sur la Chine elle-même, sur la trêve qui serait observée avec Taïwan, sur son implantation en Afrique et Maurice même où, a dit Paul Bérenger, il faut savoir « naviguer » pour que les intérêts bilatéraux soient sauvegardés, sur le projet Jin Fei qui serait revisité de concert avec la Chine dans la perspective d’une alternance pour que ce ne soit pas des flats qui y soient construits sur ces terres qui étaient d’abord agricoles et qui ont pris de la valeur commerciale.
Après avoir annoncé la publication d’une plaquette sur sa dernière conférence sur le socialisme aujourd’hui, le leader du MMM compte consacrer sa prochaine causerie publique au Chagos et aux Chagossiens dans quelques semaines. Il promet d’évoquer des aspects intéressants de ce dossier.