Ce samedi 26 janvier à 13h j’ai été faire un dépôt de gerbes au Western Cemetery sur le tombeau de Rémy Ollier avec quelques amis qui viennent de relancer Le Cercle de Rémy Ollier. Rémy Ollier est décédé le 26 janvier 1845 à 28 ans.
Je voudrai me joindre à tous ceux et celles qui ont salué le courage de Paul Bérenger. Merci pour l’espérance qu’il donne aux cancéreux et leurs proches. Mon billet se veut surtout une salutation au nom de mon père et tous ceux de sa génération qui ont connu Paul Bérenger dans le port. Au moment où on hissait le drapeau national au Champ de Mars, mon père, jeune père de famille, se réjouissait en son for intérieur, fier du combat des Curé, Pandit Sahadeo, Rozemont, Anquetil et Bissoondoyal. Il avait voté pour l’indépendance au grand dam de ses cousins et cousines qui étaient des lecteurs assidus du Cernéen alors que lui lisait en cachette Advance. Le rendez-vous avec l’histoire était sans ambiguïté. Il fallait participer dans le « wind of change » qui soufflait sur les colonies. Mais après l’indépendance, l’arrivée de Paul Bérenger, Dev Virahsawmy, Jooneed Jeeroburkhan, Hervé Masson et d’autres militants de la première heure sur la scène politique redonna une lueur d’espoir. C’était aussi vivre l’idéal de la lutte des classes et non la lutte des « races ».
Cette lutte, mon père l’a vécue dans l’anonymat comme ces milliers de travailleurs à travers le pays quand Paul Bérenger était le négociateur de différents syndicats. Mon père cotisait comme membre du PLHDWU (Port Louis Harbour & Docks Workers’ Union). Paul était le « moustache », « l’homme », le héros qui défiait le Grand Capital dans le port. A ce propos, il faudrait bien un jour entreprendre une étude comparative sur la grande bourgeoisie maritime et celle de la plantocratie.
Quand Paul Bérenger épouse le combat de ce lumpenprolétariat créole, on peut comprendre ce que cela crée comme fusion entre lui et ce monde rejeté, trahi à chaque fois par des messies autoproclamés. Je me souviens et je comprends maintenant pourquoi à l’acquisition du premier réfrigérateur à la maison, mon père disait alors qu’il le doit à son syndicat et à Paul Bérenger. De même pour le Scholarship – scheme institué pour aider les enfants des travailleurs à persévérer – que mon frère cadet a obtenu après ces brillants résultats au CPE ; il dit qu’il le doit aussi à « Popol ». Sans compter bien sûr la compensation que les travailleurs auront avec la fermeture du vrac.
Paul Bérenger, c’est aussi celui qu’on écoute aux grands rassemblements. On s’approche et la foule se masse devant l’estrade juste au moment où il prend la parole. Voilà que Paul Bérenger nous apprend qu’il est atteint d’un cancer à la gorge.