Dans quelques jours, les Mauriciens catholiques et les marathis vivront des moments importants de leur foi. Pour les premiers, ce sera le pèlerinage au tombeau du père Jacques Désiré Laval à Ste Croix, dans la nuit du 8 au 9 septembre. Le 10 septembre, les marathis iront au bord des rivières ou à la mer pour immerger le dieu Ganesh à l’occasion de la fête Ganesh Chaturthi.
Depuis plusieurs semaines déjà, les marathis observent le jeûne pour se préparer à célébrer dignement Ganesh Chaturthi, fête importante de leur calendrier. Ils consomment des plats végétariens et s’accordent tous les jours des temps de prières plus réguliers. Beaucoup de familles catholiques vont également longuement prier et se préparer pour le pèlerinage vers le tombeau du père Laval. Chez la famille de Thierry Benoît à Trèfles, Rose-Hill, la neuvaine de prières dédiée à celui qui est considéré comme l’apôtre de l’île a débuté, il y a quelques jours. De son côté, Roopsen Puddoo parle d’un grand moment d’enthousiasme au sein de sa famille à Souillac, depuis le début du carême, ponctué par les prières qui sont dites en famille, matin et soir.
Grâces
Depuis la deuxième semaine du mois d’août, une atmosphère particulière règne chez les Puddoo. Hormis la prière (aarti) du matin pour les trois enfants avant qu’ils se rendent à l’école, et précédant le départ au travail pour Roopsen Puddoo, d’autres sessions de prières ont lieu en soirée, entre 20h et 21h. Elles comprennent également des danses traditionnelles (jhakri). Ces prières se font en famille et avec la participation de quelques voisins, dans un coin spécialement aménagé pour l’occasion. Parmi les grâces demandées : l’harmonie dans la famille, la santé, la prospérité et la paix dans le pays.
Depuis le début de cette semaine, des proches habitant la même cour et des voisins participent à des séances de prières chez Thierry Benoît. Pour eux, c’est une façon de se préparer spirituellement afin de vivre pleinement le pèlerinage et la longue marche au tombeau du père Laval à Ste Croix, qui se fera dans la nuit du 8 au 9 septembre. Un pèlerinage qui verra aussi la participation d’autres fidèles de leur paroisse, St Patrick.
Les intentions de prières pour ces deux familles, séparées de plusieurs kilomètres et qui ne se connaissant pas, se rejoignent. À l’approche des deux fêtes, c’est un peu l’effervescence chez l’une comme chez l’autre.
Offrandes
À Souillac comme à Trèfles, le désir de se nourrir spirituellement est important. Les membres de la famille Benoît parlent du père Laval comme d’un modèle à suivre, d’un prêtre qui a été au service des autres, avec le regard centré sur le Christ. En vénérant Ganesh, fils de Shiva et de Pârvatî, qui est considéré comme le dieu de la sagesse et de l’intelligence, Roopsen Puddoo et sa famille espèrent obtenir ses grâces. Leur foi leur donne l’assurance qu’il va leur enlever tous les obstacles qui peuvent se présenter sur leur chemin. Les trois enfants du couple, Reshma et Roopsen Puddoo, âgés de 10 ans (des jumeaux) et de 14 ans, sont ravis d’emboîter le pas à leurs parents. Pour ceux qui ont fait des promesses, ce sera aussi l’occasion de remercier Ganesh pour les grâces obtenues. Il en est de même pour tous ceux qui vont converger vers le tombeau du père Laval.
Célébré chaque année pendant le mois Bhadrapada, le jour de Ganesh Chaturthi correspond au quatrième jour de la nouvelle lune. À cette occasion, les dévots fabriquent une idole ou statuette (murti) en argile ornée de fleurs, représentant le dieu Ganesh. Elle est portée en procession au shivala pour une cérémonie (Praan Pratistha Puja) afin de lui redonner vie la veille de la fête. Des offrandes, constituées de gâteaux sucrés (modak) sont aussi distribuées.
Tradition
Pour la procession précédant l’immersion, la statue sortira du lieu de culte. Pendant le trajet, des prières et des chants pieux seront entonnés. Ce temps est vécu comme un grand moment chez les Puddoo. Lors de l’immersion de la statue, les fidèles scanderont plusieurs fois : “Ganpati Bappa Morya ! Mangal Murti Morya !” (“On te met dans l’eau ! Toi qui portes chance, reviens-nous !”). Avant la fête, il faudra procéder au grand nettoyage de la maison, après la purification du corps et de l’esprit à travers le jeûne et la prière.
Le pèlerinage au tombeau du père Laval est une tradition locale bien implantée à Maurice. Cette année, c’est le 149e pèlerinage et autant d’années depuis la mort du père Jacques Désiré Laval. D’abord médecin, ce dernier s’est fait prêtre pour répondre à l’appel à la vocation religieuse, après y avoir longtemps résisté. Arrivé à Maurice en septembre 1841, il est chargé de la mission des Noirs, les anciens esclaves. Son sens de la justice lui a attiré la foudre des Blancs de l’époque et la faveur des Noirs, auprès de qui il a fait la catéchèse. Depuis sa mort en 1864, des Mauriciens de toutes les couches sociales vont lui rendre hommage.
Sérénité
Les Benoît se sont beaucoup inspirés de la vie du père Laval. Ils sont presque tous engagés au sein d’un groupe ou d’un mouvement de leur paroisse à St Patrick. Des réflexions sont faites sur ce que le père Laval a vécu, son enseignement et le message qu’il a transmis aux chrétiens, en les invitant à tourner tout le temps leur regard vers Jésus Christ.
Aller en pèlerinage en famille au tombeau du père Laval est une démarche de foi pour les Benoît. Cela s’est transmis de génération en génération. Les enfants du couple, Annick et Thierry Benoît, âgés entre 5 et 20 ans, ne se font pas prier pour suivre leurs parents, et le font avec joie et dévotion. Aller à pied à Ste Croix est synonyme de sacrifice pour eux. C’est un temps pour se ressourcer et prendre des forces pour continuer à affronter les aléas de la vie. Cette année encore, c’est en prière et par des chants religieux qu’ils vont vivre le pèlerinage. Des arrêts à divers lieux de cultes sont prévus.
Chez les Puddoo ou chez les Benoît, vivre pleinement sa foi dans le quotidien est important afin de vivre en paix avec soi et avec les autres. Cette ambiance spirituelle apporte aussi la sérénité au sein des deux familles.