Le coup de semonce des indications sur le front économique du premier semestre de cette année et les risques du maintien de cette dérive pour le reste de 2015 a, semble-t-il, provoqué un sursaut à l’Hôtel du gouvernement. D’autant plus que le très conservateur Joint Economic Council (JEC) en matière de critiques publiques contre les locataires de la Government House n’a pas hésité la semaine dernière à tirer le signal d’alarme pour les prochains six mois. Des indications, recueillies de sources concordantes, que le High-Powered Committee sur l’économie, un quasi-Economic Committee of the Cabinet mais incluant les chefs de Cabinet des ministères-clé, met actuellement au point une stratégie en vue d’élaborer un Prime Minister’s Economic Mission Statement. Des contacts préliminaires entre le gouvernement et le secteur privé ont été initiés en vue de cette présentation de l’économie, probablement au cours du mois d’août, par nulle autre personnalité que le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, devant un parterre select public/privé. L’objectif est de procéder à un Refocussing des dossiers économiques majeurs, susceptibles de convaincre la population que “le second miracle économique promis lors de la campagne électorale serait toujours de mise”. Ce happening politico-économique devrait coïncider avec la fin des consultations sur le Mauritius – Systematic Country Diagnostic de la Banque Mondiale en prélude au Country Partnership Framework pour les cinq à sept prochaines années. Le diagostic de la Banque mondiale porte sur les “sector opportunities to boost economic growth and employment creation”, dont la Mauritian Ocean Economy, la filière de l’Information, Communication and Technology (ICT) sans oublier le poids des secteurs traditionnels.
En attendant cette étape visant à donner un coup de fouet à la relance économique, le High-Powered Committee sur l’économie travaille sur des projets prioritaires générateurs d’emplois et de Feel-Good Factor tout en identifiant les « Impediments and Obstacles » sur la voie de la mise en oeuvre de la “vision économique du nouveau gouvernement”. Ainsi, le mot d’ordre à l’Hôtel du gouvernement que chaque plateforme devra être exploitée pour replacer l’économie dans sa perspective et au centre des préoccupations.
Ce n’est nullement un hasard que lors de son intervention lors de la réception à la State House, jeudi, pour les lauréats de Higher School Certificate (HSC) , sir Anerood a commenté deux sujets délicats, soit l’importance de l’éducation et de la formation et la renégociation du Double Taxation Anti-Avoidance Treaty avec l’Inde. “We want the elite to grow in numbers and at the same time we want to ensure that all our children are adequately empowered in terms of education and training to help the nation attain new heights in socio-economic development. That is the reason why we are focussing on reforms of the education and training sector while at the same time implementing new support programmes for students from low income families”, s’est-il appesanti au sujet de l’éducation, rejoignant du même coup le préambule de la Banque mondiale à l’effet que “the key in making Mauritius a successful inclusive high-income economy lies in improving its education system”.
Au chapitre du traité de non-double imposition avec l’Inde, qui suscite controverses et inquiétudes dans des milieux politico-économiques, le Premier ministre s’est dit convaincu que “time will tell” au sujet de la pertinence de ce développement majeur dans le secteur de l’offshore, sujet à des accusations de plus en plus fréquentes de Money Laundering. Alors que d’autres spécialistes de l’économie s’interrogent si la nécessaire restructuration du secteur financier ne s’inscrit pas dans la logique de la transformation du secteur sucre en industrie cannière avec le démantèlement du Protocole Sucre par l’Union Européenne, ou encore celle de la filière textile avec l’élimination de l’Accord Multi-Fibre avec l’avènement de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).
Toutefois, à court terme, les propositions de la Banque mondiale pour relancer la croissance et la création d’emplois en vue de résorber la résurgence du taux de chômage de plus de 8% en 2015 retiennent l’attention. L’accent est mis sur les secteurs économiques avec un potentiel pour réaliser le double objectif susmentionné, dont entre autres l’Ocean Economy, l’ICT, le tourisme, le textile et l’agriculture.
L’Ocean Economy est présentée dans le document de consultations de la Banque mondiale comme un élément crucial, la Star, de l’île Maurice de demain. “The Ocean Economy can become a major pillar of Mauritius’ future development if the right frameworks for the management of ocean resources are put into place in a sustainable, inclusive and smart way”, souligne les auteurs de ce Country Diagnostic. Le potentiel de croissance de création d’emplois et d’amélioration du niveau de vie est mis en valeur.