La Bhojpuri Speaking Union (BSU), en collaboration avec le conseil de district de Rivière-du-Rempart, organise une soirée hommage à Sona Noyan le 31 mai dans son village, à Petit-Raffray. Le chanteur, surnommé « le roi du gamat », est décédé le 8 février dernier à l’âge de 67 ans. Le ministre des Arts et de la Culture, Mookhesswur Choonee, a animé une conférence de presse en ce sens à son bureau hier.
Le 31 mai prochain, tout le village de Petit-Raffray devrait vivre au rythme musical de Sona Noyan à partir de 19 heures. « Une tente sera érigée à la croisée du village et une vingtaine d’artistes chanteront ses chansons dans un ambiance de gamat. Est aussi prévu un repas traditionnel avec tipuri, cari, thé… », fait ressortir la présidente de la BSU, Sarita Boodhoo, au Mauricien.
Selon Mookhesswur Choonee, une vingtaine de chanteurs interpréteront les succès de Sona Noyan. Auparavant, une rue portant son nom sera inaugurée et le ministre des Arts et de la Culture procédera au lancement du dernier enregistrement « Sunté raho » du roi du gamat, réalisé en décembre 2012, souligne Mme Boodhoo. Elle est d’avis que Sona Noyan a apporté une contribution conséquente à la préservation de la langue et la culture bhojpuries. « Nous avons souhaité organiser une soirée le 29 mai, date de son anniversaire, pour lui rendre hommage », dit-elle.
Sona Noyan, né à Petit-Raffray, est issu d’une fratrie de huit enfants (ndlr : il a trois frères et quatre soeurs). Ses frères chantaient des chansons religieuses dans les baitka. C’est à leurs côtés, à l’âge de 14 ans, que le jeune Noyan se produit sur scène pour la première fois. « Un jour, à la surprise de ses frères, il leur demande l’autorisation de pouvoir chanter », indique notre interlocutrice. Parallèlement, Sona Noyan qui avait arrêté l’école après le primaire, faute de moyens, apprenait l’hindi dans le baitka de la localité. À 18 ans, son père lui offre un harmonium. Il apprend à jouer de l’instrument et participe dans de nombreux concours et rafle des prix. Petit à petit, il développe son propre style de gamat.
« Le fort de Sona Noyan était sa capacité à faire des accroches — soit d’interpeller l’audience ou un autre chanteur et à leur réponse pouvait trouver la réplique rapidement — lors des soirées. Il faisait aussi le doha (ndlr : énonciation d’une phrase philosophique avant de commencer une chanson) », soutient Mme Boodhoo. Selon elle, le 31 mai, ceux qui ont eu l’occasion de chanter et de répondre à ses accroches se produiront sur scène. Notre interlocutrice souligne qu’il parlait toujours de la vie, la nature et les valeurs universelles.
Durant cinq décennies, Sona Noyan a animé des soirées. « Lorsqu’il était sur scène, il enflammait l’audience », dit encore Mme Boodhoo, qui se souvient de ses gestes, dont la manière qu’il avait de repousser ses longs cheveux qui lui tombaient sur le front. Sarita Boodhoo note le succès de la chanson Kalé pilé et rappelle qu’il a été révélé lors du concours « Bhojpuri Bahar » en septembre 1996.
Cependant, il ne pouvait vivre de son art et devait travailler ailleurs. Il enchaînait ainsi les petits boulots. « Linn travay 4 zour a Pari, labourer dan karo legim, lapes pwason, pandan 12 an, linn travay Mauritius Telecom… », se souvient Mme Boodhoo. « Par la suite, poursuit-elle, avec la réputation qu’il s’est faite en tant que chanteur, il a arrêté de travailler pour se consacrer seulement à la composition. » Le chanteur s’est produit sur des scènes internationales notamment en France et en Angleterre.