Une intense pluie de promesses se déverse en ce moment sur le territoire de la République. Tous les partis politiques participant aux prochaines élections générales se sont fait un devoir de publier une liste de mesures dans le cadre de la publication de leur manifeste électoral. Le Premier ministre avait ouvert le bal lors de la célébration de la Journée mondiale des personnes âgées avec la promesse d’accorder une pension de vieillesse de Rs 13 500 d’ici la fin de son nouveau mandat éventuel.

À l’occasion des élections générales, l’Alliance Morisien a publié cette semaine une liste de quinze mesures comprenant une hausse de la pension de vieillesse qui passera à Rs 9 000 à partir de janvier ainsi que d’autres mesures populaires. Le MMM a publié, pour sa part, une liste de quinze mesures prioritaires dont l’indexation de la pension de vieillesse sur le minimum vital dès la fin de l’année ainsi que d’autres mesures touchant différentes couches de la population. L’Alliance Nationale, pour ne pas être en reste, a déjà révélé une série de mesures faisant partie de son manifeste électoral qui sera rendu public ce matin.

Alors que le compte à rebours en vue des élections générales le 7 novembre a déjà commencé, il est difficile à ce stade de dire comment cette guerre de promesses influencera les élections. Dans le passé, certaines promesses avaient été décisives. Nous avons en tête l’introduction de l’éducation gratuite, annoncée dans sa dernière intervention télévisée par sir Seewoosagur Ramgoolam avant les élections générales de 1976. Dans un passé récent, la hausse de la pension de vieillesse à Rs 5 000 n’a pas été sans effet sur la décision finale de l’électorat, en particulier parmi le nombre croissant de personnes âgées.

Dans l’île Maurice de 2019 qui ambitionne de devenir un pays à revenu élevé, est-ce les promesses qui décideront du choix de l’électorat ? Disons le franchement, il serait dommage que les électeurs exercent leur droit de vote obtenu grâce à la lutte menée par les grands tribuns de ce pays en se rendant aux urnes avec le même état d’esprit que ceux qui se rendent à la foire de la maison ou à d’autres foires populaires dans le but de faire de bonnes affaires et d’obtenir des avantages à court terme. Ce serait dommage que ce soit le marketing politique dans lequel les partis politiques investissent des moyens financiers colossaux qui emmèneraient les électeurs à choisir tel candidat ou tel parti politique.

Interrogé cette semaine sur l’évolution de la mentalité des électeurs mauriciens en ce qui concerne le choix du gouvernement et des candidats, Satish Faugoo – qui a une bonne expérience politique pour avoir servi dans plusieurs gouvernements et pour avoir participé à l’élaboration de diverses réformes électorales, du financement des partis politiques et de l’organisation des élections – constate avec regret dans une interview accordée au Mauricien cette semaine que la mentalité des électeurs n’a pas beaucoup évolué au fil des années malgré le fait que l’idée de mauricianisme a gagné du terrain. Il déplore que la politique fasse réveiller de vieux démons tous les cinq ans à l’occasion des élections. Il faudra un travail ininterrompu de réflexion pour changer graduellement les mentalités. D’autres considèrent que la formation des électeurs devrait commencer dès l’école primaire à travers l’éducation civique et l’encouragement des jeunes à la réflexion à travers l’introduction de la philosophie comme c’est le cas dans les institutions françaises et européennes.

Faute de cette conscience politique et philosophique, la tentation que les différences forces religieuses, socioculturelles, des idéologues de gauche ou de droite essaient de prendre le contrôle de notre liberté de conscience, garantie par la Constitution de la République laïque, est grande. Nous sommes témoins ces jours-ci d’une agression de cette liberté de conscience de chaque citoyen par toutes sortes de courants qui se croient autorisés à donner des consignes pour voter ou ne pas voter. Pour voter bloc ou pour ne pas voter bloc, pour choisir tel ou tel candidat. Certaines de ces consignes sont malheureusement données par des hommes religieux. Cela constitue une attaque à la liberté individuelle de chaque citoyen. Laissons le soin aux électeurs de faire en leur âme et conscience le choix de leurs candidats, et surtout du gouvernement qu’il souhaite voir diriger le pays. Aux religieux, disons simplement : laisser à César ce qui est à César…

Jean Marc Poché