Cela fait des années que le même phénomène annuel provoque des critiques et des réactions qui sont rapidement oubliées pour ressurgir, avec la même intensité, l’année suivante. Tous les ans, la saison des pluies bat son plein dans les trois premiers mois. Les grosses pluies d’été s’abattent sur le pays et pendant leur durée on voit des rivières se transformer en “fleuves”, des canaux en rivières et des ruisselets en torrents. Durant cette période, on peut voir des milliers de mètres cubes d’eau dévaler les pentes et se perdre dans la mer. Les Mauriciens sont unanimes à dénoncer cette non-utilisation d’abondantes eaux de pluie pour remplir nos réservoirs, de plus en plus insuffisants pour satisfaire la demande grandissante en eau potable. Des articles sont écrits dans le courrier des lecteurs de la presse, des coups de téléphone donnés aux radios et de temps en temps une question parlementaire est posée au ministre responsable des eaux. Et puis la saison des pluies se termine et l’on passe à autre chose sans que rien n’ait été fait. De temps à autre, quand les pluies deviennent torrentielles, font sortir les eaux des rivières de leurs lits, provoquent des inondations et emportent tout sur leur passage, dont des victimes, comme ce fut le cas en 2013, l’émotion est plus forte et les commentaires durent plus longtemps. Et après la période d’émotion, comme les Mauriciens — et surtout ceux qui sont censés régler les problèmes du pays — ont la mémoire courte, on a oublié le drame et l’on est passé à autre chose. Jusqu’à cette semaine où les Mauriciens ont découvert, avec surprise, que les drains sont petits et pas entretenus, que les canaux débordent, que les nids de poule deviennent des petits lacs et que certaines murailles, construites en dépit de toute logique, se transforment en barrages qui ne demandent qu’à céder sous la force des eaux. Cette semaine, avec la multiplication de fortes pluies, on a encore vu des milliers de mètres cubes d’eaux se perdre dans la mer.

Si la saison des pluies bat son plein au début de l’année, par contre les endroits où elles tombent ne sont plus les mêmes. Autrefois, le district le plus sec de l’île était celui de Rivière-Noire où la végétation était plus souvent jaune, brûlée par un soleil ardent, que verte. Allez faire un tour à la Rivière-Noire. Si la température est toujours élevée, la végétation est d’un vert tendre, avec des plantes régulièrement arrosées. C’est la même chose pour le Nord dont les plaines avaient autrefois besoin de systèmes d’irrigation particuliers. Ce manque d’eau a poussé plusieurs ministres de l’Agriculture d’en faire une de leurs priorités et le réservoir de La Nicolière a été agrandi pour satisfaire les besoins des planteurs du Nord. C’est également dans cette optique qu’a été construit le barrage de Bagatelle, dont une partie des eaux était destinée à l’irrigation des champs du Nord. Mais depuis quelques années, il pleut autant dans le Nord que sur les hauts plateaux et le district de Rivière-du-Rempart est devenu un champion de ce que la météo décrit comme étant « les lieux d’accumulation d’eau dans les zones sujettes aux inondations ». Et tout comme ce fut le cas dans les villes, on a découvert que des permis de construction ont été délivrés, un peu facilement, sans tenir compte de la topographie des lieux. On a autorisé la construction sur les voies naturelles d’évacuation d’eau. On a détourné ou carrément bouché des canaux pour construire des bâtiments, des maisons, des morcellements et autres IRS avec les résultats que l’on sait. Devant l’ampleur du problème, les habitants sinistrés ont sommé leurs députés de protester auprès des autorités censément responsables. La décision de travailler sur un plan pour la construction de drains et autres structures pour éviter que certaines régions continuent à être des « lieux d’accumulation d’eau dans les zones sujettes aux inondations » a été prise. Mais même si une loi a été votée au Parlement il y a plus d’un an, il semblerait que depuis, on n’est pas passé de la théorie à la pratique et à l’exécution pour diverses raisons administratives.

Espérons pour les habitants exposés aux conséquences des pluies d’été dans le Nord que les nouveaux députés, dont le ministre de l’Agriculture, réussiront là où leurs prédécesseurs ont échoué.

Jean-Claude Antoine