Un ton et un mood cool ont marqué les échanges sur la Private Notice Question (PNQ) du jour portant sur le cambriolage au bungalow du Premier ministre Navin Ramgoolam à Roches-Noires dans la nuit du 3 juillet 2011. L’une des rares exceptions a été quand il lui a été demandé de confirmer s’il détenait un rent book pour la location de son campement à une tierce partie. Il a fait comprendre à la Chambre qu’Anand Kumar Ramdhany, retrouvé mort dans sa cellule au poste de police de Rivière-du-Rempart le 30 juillet de l’année dernière, ne faisait pas partie des 11 suspects appréhendés, interpellés et relâchés dans le cadre de l’enquête policière sur ce cambriolage à son bungalow.
Navin Ramgoolam a saisi l’occasion de la PNQ pour faire un appel à tous ceux, y compris les membres de l’Assemblée nationale ou encore ceux qui ont occupé d’importantes fonctions officielles, qui seraient en présence d’informations au sujet du cas d’Anand Kumar Ramdhany, pour qu’ils aillent déposer devant le magistrat du tribunal de Mapou, qui présidera une enquête préliminaire sur ce suicide en cellule policière. L’enquête débutera le 13 juillet prochain. Ce sera une occasion de mettre un terme aux « rumeurs et allégations folles » qui circulent à ce sujet, dit-il.
De son côté, le leader de l’opposition Paul Bérenger a voulu obtenir confirmation du chef du gouvernement quant à l’identité de l’ancien propriétaire, précisément si c’est la même personne qui avait présenté un projet de développement dans le port en sollicitant un partenariat avec le gouvernement. Il n’a pas caché son étonnement devant le fait que l’enquête policière sur le cambriolage n’a pas encore été bouclée un peu moins d’une année après et a souhaité voir la police faire diligence dans cette affaire.
I was not present at the time of the larceny
Des députés du MSM, dont Pravind Jugnauth et Mahen Jhugroo, et du MMM, dont Rajesh Bhagwan, Alan Ganoo, Adil Ameer Meea et Satish Boolell, sont intervenus lors des interpellations supplémentaires.
Bérenger : Par rapport au cas de cambriolage commis dans un bungalow à Roches-Noires vers 1 heure 30 le dimanche 3 juillet 2011, le Premier ministre peut-il révéler à la Chambre si une enquête policière a été initiée dans cette affaire, révéler les noms des suspects interpellés à ce sujet en indiquant si feu Anand Kumar Ramdhany, qui a été retrouvé mort dans une cellule au poste de police de Rivière-du-Rempart le 30 juillet en faisait partie, et révéler l’identité du propriétaire du bungalow et les mesures prises par celui-ci quand il a été informé de l’affaire ?
Ramgoolam : Je suis informé par le commissaire de police que vers 9 h 20 le 3 juillet de l’année dernière, une déposition a été consignée au nom de J. par rapport à un cambriolage survenu vers 1 h 30 du matin dans un bungalow situé à Roches-Noires. La victime a déclaré qu’elle se trouvait dans le campement quand elle s’est retrouvée en présence d’un inconnu, qui en la menaçant d’une arme, a volé la somme de Rs 20 000.
L’enquête policière a débouché sur l’arrestation de 11 suspects qui ont été interrogés. Ils ont été relâchés car la police n’avait pu établir de « reasonable suspicion » contre eux. L’enquête de la police sur ce vol se poursuit toujours.
Anand Kumar Ramdhany ne faisait pas partie de ces 11 suspects. Dans le passé, répondant à des interpellations parlementaires, j’ai eu l’occasion de confirmer que ce suspect avait été arrêté pour un vol de montre à Plaine-des-Papayes, Bois-Mangues. Ce cas avait été rapporté par une Mme B.
Je peux confirmer que le bungalow de Roches-Noires où le vol a été commis m’appartient. Comme j’ai appris la nouvelle de ce cambriolage, je me suis rendu sur les lieux. Je n’avais rien à cacher et c’est moi-même qui ai encouragé la victime à aller consigner une déposition à la police. I was not present at the time of the larceny.
I wish to add that, as I was not present at the time of the alleged larceny, I cannot say more about the incident.  In case any person including any Honourable Member or former Honourable Member considers that he has relevant and material information that can assist the Police in its ongoing enquiry or assist the Court in the course of the judicial enquiry into the death of Mr Ramdhony (which is scheduled I believe for 13 July 2012 before the District Court of Mapou), I would advise them, as law-abiding and responsible citizen, to give the information to the Police or to the enquiring Magistrate.  This may assist the Police and the public at large in knowing the truth and putting an end to wild allegations or pernicious speculations or to disinformation.
Bérenger : Nous avons été informés que 11 suspects ont été interpellés et interrogés par la police dans le cadre de l’enquête sur le cambriolage avant d’être relâchés. Sur la base de quoi la police a-t-elle agi ?
Ramgoolam : Ils ont été interrogés et ils ont présenté des alibis, qui ont été vérifiés par la police. En l’absence de « reasonable suspicion », ils ont été remis en liberté.
Bérenger : Des rumeurs allèguent que des photos de ces suspects ont été présentées dans le cadre de cette enquête. Par qui ont été prises ces photos et dans quel but ?
Ramgoolam : Le leader de l’opposition fait état de rumeurs. Les procédures de la police incluent la présentation de photos pour l’identification de suspects.
Bérenger : Ces photos ont été montrées à qui ? Doit-on comprendre que ces 11 personnes interpellées sont fichées à la police ?
Ramgoolam : Je ne dis pas cela. Mais c’est la procédure de la police de puiser dans ses albums pour montrer des photos de prévenus. Ces suspects ont été interrogés et leurs alibis vérifiés. Ils ont été relâchés.
Bérenger : Je présume que les photos ont été présentées au dénommé J., qui avait rapporté le cas à la police ?
Ramgoolam : II est la victime de ce cas de cambriolage.
Bérenger : Cette affaire remonte à plusieurs mois déjà. Peut-on savoir si des inculpations ont été logées contre des suspects ?
Ramgoolam : Autant que je me souvienne, aucune inculpation n’a été retenue jusqu’ici.
Ramgoolam confirme être le propriétaire
Bérenger :
Le Premier ministre a confirmé qu’une enquête judiciaire a été initiée dans le décès en cellule d’Anand Kumar Ramdhany. Lors d’une interpellation supplémentaire à la PNQ du 14 novembre de l’année dernière, j’ai demandé au Premier ministre de confirmer si outre les deux Junior Police Officers, des hauts gradés de la police et des experts ont été dépêchés au poste de police de Rivière-du-Rempart le 30 juillet 2011. A-t-il pris le soin de confirmer si effectivement tel a été le cas ou si seuls les deux Junior Police Officers se sont occupés de cette affaire ?
Ramgoolam : Une enquête judiciaire démarrera très bientôt. Je ne compte pas m’immiscer dans cette enquête. Je ne vais pas dire à la police ce qu’il faut faire ou non. Il y a des procédures qui ont été établies.
Bérenger : Le Premier ministre a confirmé qu’il est bel et bien le propriétaire du bungalow. Mais dans la déposition consignée par le dénommé J. et enregistrée par le constable Madhoo, le premier nommé déclare que « he was sleeping in his bungalow » au moment des faits. Cela veut dire que le dénommé J. est le propriétaire du campement…
Cette remarque du leader de l’opposition suscite des premières protestations venant des travées du gouvernement.
Speaker : Order ! Order ! Order !
Bérenger : Le Premier ministre, en tant que propriétaire du bungalow, aurait dû apporter les corrections nécessaires…
Speaker : Dans des déclarations publiques, le Premier ministre a affirmé qu’il est le propriétaire du bungalow…
Bérenger : Il a soutenu qu’il est le propriétaire du bungalow, qu’il a loué. Est-il en mesure de produire un rent book ?
De nouvelles protestations émanent des bancs du gouvernement contre le leader de l’opposition ; « cheap » entend-on des bancs de la majorité avec le ministre Shakeel Mohamed protestant de manière véhémente sur cette affaire.
Speaker : This is a personal matter. Cette affaire ne peut faire l’objet d’interpellations.
Bérenger : Il déclare être le propriétaire du bungalow. Maintenant le dénommé J. déclare qu’il louait le bungalow. J’ai le droit de savoir si les revenus obtenus ont été déclarés pour les besoins d’impôts ?
Speaker : C’est une affaire qui relève de la Mauritius Revenue Authority.
Bérenger : He must have been made aware of the rumour…
Bancs du GM : Sheikh Hossen ! Li pa ine aprann so leçon même…
Speaker : Pour la première rumeur évoquée par le leader de l’opposition, je ne suis pas intervenu pour objecter. Mais cette fois-ci, je compte le faire aux termes des dispositions des Standing Orders qui stipulent que tout doit être un Statement of Fact, une Prima Facie.
Bérenger : Je peux reformuler ma question. Mes informations sont que l’ancien propriétaire du bungalow, qui appartient au Premier ministre, n’est autre qu’un homme d’affaires qui avait piloté un projet dans le port. Est-il au courant de cette affaire ?
Sik Yuen (suivi d’autres membres de la majorité) : Sheikh Hossen !
Ramgoolam : J’avais cru que le leader de l’opposition avait tiré des leçons au sujet des rumeurs. Il veut des clarifications. Le précédent propriétaire du bungalow de Roches-Noires était venu de l’avant avec un projet dans le port. Il avait voulu bénéficier d’investissements du gouvernement dans la réalisation de ce projet. Nous avons dit non catégoriquement.
Bancs du GM : Shame ! Shame ! Shame !
Speaker : Can I ask for some order !
Bérenger : Qui a informé le Premier ministre du cambriolage à son bungalow de Roches-Noires ?
Ramgoolam : I’ve just explained. J’ai encouragé la victime à aller rapporter ce cas à la police car il y a eu un vol de Rs 20 000. This is a security matter…
Bérenger : Le Premier ministre ne fait que se répéter. Ma question est simple : qui l’a informé de cette affaire ?
Ramgoolam : This is a security matter. Je ne demande pas au leader de l’opposition ce qu’il fait en privé…
Deerpalsing : Exactly…
Assirvaden : Kot Ananda Rajoo !
Bérenger : Le Premier ministre doit être au courant que dans sa déposition, le dénommé J. a fait état d’un témoin en la personne d’un watchman. La police a-t-elle entendu ce témoin ? Est-il disposé à déposer sur la table une copie de cette déposition ?
Ramgoolam : Je ne contrôle pas l’enquête de la police. Je suis sûr que tel doit être le cas…
À ce stade, les parlementaires de la majorité affichent un air goguenard. En effet, le leader du MSM, Pravind Jugnauth, s’apprête à prendre le relais du leader de l’opposition avec des supplémentaires.
Bancs de l’opposition : Ki ena pou rié ladan ?
Jugnauth : Le Premier ministre déclare avoir visité les lieux du cambriolage. Comment s’est-il rendu sur les lieux et à quelle heure ? Était-il accompagné des officiers de sa sécurité ?
Ramgoolam : C’est une affaire privée qui ne peut être décidée par la Chambre. Le cas de cambriolage a été rapporté à la police.
Baloomoody : Les photos des onze suspects ont été produites. Comment la police a-t-elle procédé ?
Ramgoolam : Je crois que les photos ont été puisées de l’album de la police et de sources additionnelles.
Jhugroo : Le Premier ministre peut-il confirmer si la police avait téléphoné au SAMU lors de la découverte du cadavre de Kumar Ramdhany dans la cellule ? Un médecin a-t-il accompagné le cadavre à l’hôpital ?
Ramgoolam : La police m’a informé que toutes les procédures établies ont été suivies.
Bhagwan : Le Premier ministre peut-il confirmer si outre des membres de la force policière et de la CID, des membres de la VIPSU ont également participé à ces arrestations ?
Ramgoolam : Pas à ma connaissance…
À ce stade, Alan Ganoo intervient pour rappeler que le démarrage de l’enquête judiciaire sur ce décès en cellule policière intervient longtemps après et qu’il est temps de revoir la loi pour faire de la place à un Coroner.
Ramgoolam : Ce n’est pas la première fois que cela intervient. Vous avez été Attorney General. C’est une suggestion à retenir.
Adil Ameer Meea : Peut-il confirmer qu’une montre Rolex fait partie du butin emporté au bungalow de Roches-Noires ?
Ramgoolam : Absolute lie. La montre volée est une montre pour femmes et qui a été vendue à Rs 200.
Le député Satish Boolell intervient avec une interpellation pour obtenir confirmation si ce décès en cellule policière a fait l’objet d’une enquête de la Commission des Droits de l’Homme.
Jugnauth : Le Premier peut-il confirmer qui l’a informé de cette affaire et comment s’y est-il rendu ?
Bancs du GM : Bhai looké !
Jhugroo : Le bungalow de Roches-Noires est la résidence secondaire du Premier ministre. Y a-t-il une présence policière ?
Ramgoolam : Ma résidence secondaire est à la rue Desforges où habitait mon père, feu sir Seewoosagur Ramgoolam. Maintenant, après cette affaire, j’ai demandé une présence policière à Roches-Noires. Jugnauth : Le Premier ministre a fait une déclaration publique selon laquelle il y a eu agression. Maintenant, il parle de menaces…
Bancs du GM : Pinocchio !
Ramgoolam : J. avait dit qu’il avait été menacé.
Bérenger : Le dénommé J. a affirmé à la police qu’il a un témoin en la personne du gardien du bungalow. La police a-t-elle consigné une déposition de ce témoin ? Est-il disposé à déposer une copie sur la table de l’Assemble nationale ? Y avait-il d’autres personnes dans le bungalow ?
Ramgoolam : À ma connaissance, il n’y avait personne d’autre.
Bérenger : Cela fait longtemps que cette enquête traîne et aucun suspect n’a été inculpé. L’enquête est toujours en cours ?
Ramgoolam : Telles sont les procédures de la police jusqu’à elle arrive à élucider toute enquête.