Selon une étude démographique de Statistics Mauritius, Maurice comptait 1 291 100 habitants en 2012, dont 12,3% de personnes âgées de 60 ans et plus. Maurice, comme tant d’autres pays, se retrouve face à un enjeu de taille : la prise en charge de personnes âgées dépendantes, une conséquence de l’accroissement de l’espérance de vie.
Le passage à la vieillesse est souvent représenté par le départ à la retraite, qui marque symboliquement l’entrée d’une personne dans la catégorie “troisième âge”. Une entrée qui n’est pas sans conséquence. Sans emploi et avec quelques pathologies qui commencent à se faire sentir, les personnes âgées se retrouvent souvent sous la responsabilité de leurs enfants.
Leur prise en charge est un véritable problème de société. La prolongation de la durée de vie renforce tant la dépendance physique qu’économique. D’où l’aspect essentiel de l’encadrement des seniors. École de pensée à laquelle adhère Divya Ruggoo, jeune femme de 21 ans qui prend soin de ses grands-parents. Une tâche, nous dit-elle, qui s’avère parfois assez ardue. Si sa grand-mère est toujours en bonne santé, au point de cuisiner pour eux, c’est autre chose pour son grand-père… Ce dernier, souffrant d’Alzheimer, est totalement dépendant. « Cela fait maintenant sept ans qu’il a cette maladie et elle a commencé à s’aggraver. Il n’y a pas de remède et c’est un vrai handicap. Il ne marche pas, ne parle pas et il ne se souvient de rien. Il est comme un bébé dans un corps d’adulte », confie Divya. « On ne doit jamais le laisser seul. Quand il a mal, il ne peut pas le dire. On doit savoir ce qu’il veut ». Une dépendance qui a un coût. En effet, chaque mois sa famille débourse Rs 2 000 pour ses besoins de santé.
Si elle dit s’armer de patience, Divya n’a aucune intention de placer son grand-père en maison de retraite. « Je leur dois le respect. Ils ont veillé sur moi quand j’étais jeune et j’essaie tant bien que mal de leur retourner cela », fait-elle ressortir. D’ailleurs, elle ne mâche pas ses mots sur les personnes qui envoient leur famille dans des homes. « Je trouve cela égoïste. Le fait qu’ils soient vieux ne devrait pas être un prétexte pour que les gens se débarrassent de leurs seniors ».
Beverly Michel, 21 ans, explique que chez elle, on se répartit les tâches pour s’occuper de son grand-père. « Chacun a son rôle. Pour les soins médicaux et les rendez-vous c’est moi. Alors que pour les vêtements et la chambre, c’est ma soeur ». S’il y a un accord quant à l’attribution des rôles, elle confie que « c’est difficile d’accorder les rendez-vous médicaux avec mon emploi du temps quand il faut que j’aille bosser ». Elle souligne par ailleurs que trouver des terrains d’entente avec son grand-père est assez ardu. Quant aux maisons de retraite, elle estime que c’est une mauvaise chose car « on a tendance à oublier qu’ils sont là-bas ». « Les gens ont tendance à ne pas avoir le temps de rendre visite à leurs aînés ».
Kheena 19 ans, témoigne quant à elle que ses grands-parents sont assez autonomes. D’ailleurs, ils n’ont même pas éprouvé le besoin de vivre chez elle. « Ils ne vivent pas chez nous malgré leur âge avancé. Ils se débrouillent autant qu’ils le peuvent malgré leur âge », nous dit-elle. De temps à autre, elle leur rend visite afin « d’égayer leur journée ». Loin de se plaindre de leur entrée dans le troisième âge, ils ont des activités avec un groupe du troisième âge de Curepipe. « Mes parents ne s’inquiètent pas vraiment de la santé de mes grands-parents. Certes ils ont des petites maladies de temps en temps mais ils sont coriaces et tiennent le coup. Ce n’est que récemment, quand mon grand-père a été opéré du genou, que mes parents sont allés passer plus de temps chez lui mais il faut dire que malgré sa lenteur, il est quand même capable de faire ce qu’il a à faire, avec l’aide de ma grand mère », nous confie notre interlocutrice.