JEAN-YVES CHAVRIMOOTOO
MILITANT POLITIQUE ET SYNDICAL

Le débat sur le Portable Retirement Gratuity Fund (PRGF) a été long, voire pénible, en particulier pour la General Workers Federation (GWF), injustement victime d’une vile campagne de calomnie. Et ce, dès la publication de la volonté gouvernementale d’introduire le PRGF couvrant tous les travailleurs du secteur privé. La GWF s’était, alors, farouchement opposée à la formule proposée dans la Notice du ministère du Travail. C’était en novembre 2018 et il n’était pas encore question d’un Workers Rights Bill. La GWF avait démontré, chiffres à l’appui et face aux actuaires du gouvernement, que la formule ne garantissait nullement un lump sum minimal pour aucun travailleur du secteur privé. Cela, en nous appuyant sur les détails fournis par le ministère et invitant à des commentaires publics mais surtout syndicaux.

Nous avions également démontré que les travailleurs membres d’un Fonds de Pension privé subiraient un plus grand préjudice puisqu’ils perdaient aussi une partie du lump sum qui leur était garantie sous la section 49 de l’Employment Rights Act. Déjà, la GWF ne se laissa pas troubler par les rocambolesques allégations de connivence avec le patronat. Il n’était pas question pour la GWF de s’associer au mot d’ordre syndical de “laisser passer et on verra après…”. Le préjudice était trop important.

Le ministère du Travail avait alors donné la garantie que le PRGF contiendrait des garanties nécessaires qui résoudraient par la même occasion le faux débat allégrement nourri, de mon point de vue, sur le pourcentage de contribution, en fin d’année 2018.

Toutefois, à la publication du Workers Rights Bill No. 1819, aux petites heures du samedi 13 juillet, même si la garantie d’un lump sum minimal avait été incluse au sein du PRGF, l’exclusion totale de tout travailleur, dont l’employeur aura un Plan de Pension privé et qui plus est à moindre coût, allait devenir le fossoyeur du soi-disant “révolutionnaire” PRGF.

La dynamique qu’allait déclencher la proclamation de la Workers Rights Bill No 1819 était inévitable puisque le cost cutting est un axe central du business model ayant force de loi. La proposition gouvernementale d’ajouter une nouvelle section aux Regulations des Fonds de Pension privés, certes largement applaudie, n’allait rien y changer. Lors de la réunion du 25 juillet 2019 présidée par le ministre du Travail, Soodesh Callichurn, la GWF allait cette fois-ci démontrer, chiffres à l’appui de nouveau, que l’amendement à la nouvelle section des Regulations que se proposait d’apporter le ministère du Travail et présenté comme le “consensus syndical” n’y changerait rien non plus.

Ce qui nous amena à conclure, lors de cette même réunion, que d’ici quelques années le PRGF ne disposera pas de fonds suffisants pour payer son administrateur puisque nous nous préparions à ouvrir l’ère du règne des Fonds de Pension privés à Maurice. Il n’y avait pas de consensus syndical à ce moment de la contestation.

S’il faut rétablir les faits, il convient donc de revenir à la position initiale de la GWF au sujet du PRGF. Elle avait été définie dans cette même rubrique, le 18 décembre 2018 sous le titre de « PRGF : Pou enn vre lavansman, pa enn rekil ». L’alternative proposée se lisait ainsi : « Premie letap, se garanti dan lalwa enn minimum ki travayer ena drwa a laz retret. Sa garanti-la li deza existe dan Employment Rights Act, sou Section 49. Pena pou invant nanye. Zis bizin mintenir li kouma li ete ek azout enn nouvo seksion ki apel Portable Retirement Gratuity Fund ki obliz tou patron kontribiye tou lemwa dan enn fon ki pou servi pou pey enn parti lumpsum. Samem tou. »

La GWF ne pouvait être plus claire à l’époque. Et il s’agit là du grand changement entre l’ancien Workers Rights Bill et le nouveau, le Workers Rights Bill No. 2419. La GWF le réclamait depuis novembre 2018.

Maintenant que le PRGF a été débarrassé de son poison qui aurait fait de lui un mort-né en attente – et il en va de même pour le Redundancy Board –, il est temps de voter la Workers Rights Bill. En urgence et en vue d’éviter tout autre cas d’“emergency”.

Et si certains persistent à poursuivre la campagne éhontée de calomnie, grand bien leur fasse. La GWF s’est, elle, déjà mise à l’œuvre dans le but de forcer des changements à l’Employment Relations (Amendment) Bill.