Avec son physique de jolie femme qui choisit bien la pose pour la photo, Corinne Robert aurait pu faire présentatrice télé ou mannequin. Mais c’est dans la discrétion que cette Réunionnaise exerce sa profession : consultante en relations publiques, en image et en coaching. Voici son portrait.
Corinne Robert est Réunionnaise, une fille des îles, une métisse fière de ses origines mélangées. « Ma mère est d’origine indienne et son père créole blanc, comme on dit à La Réunion, sans que ce terme ne soit péjoratif. Ils ont fait trois enfants qui ont été élevés surtout par ma mère, qui était enseignante, dans l’amour de la lecture. Nos parents nous ont aussi donné le goût de la curiosité, celui d’aller plus loin, de ne pas nous contenter de ce qu’on avait dit ou de ce que nous avions pu lire. »
C’est cet amour de la lecture et cette curiosité qui vont influencer Corinne dans son choix de carrière. « Dès l’adolescence, j’ai voulu être journaliste. J’étais fascinée par la télévision et je voulais être reporter, comme Tintin d’abord, puis par d’autres journalistes, dont Christine Okrent, une des vedettes de la télévision française de l’époque. » Elle commence donc des études de lettres, puis fait un Deug en anglais, ensuite un diplôme en espagnol, ce qui lui fera passer deux ans à Barcelone. « Dans le cadre de notre éducation, nos parents nous avaient également appris à nous débrouiller tout seuls, à affronter la vie, à ne pas être des enfants qui viennent tous les dimanche manger le carri coq en famille. Donc, j’ai appris à vivre seule à l’étranger. »
Après son diplôme en espagnol, Corinne tourne un peu en France puis revient à La Réunion avant de se lancer dans un Master en information et communication. Dans le cadre de ce Master, elle effectue un séjour à l’université de Durban en Afrique du Sud. « Ma thèse portait sur le traitement accordé par la presse sud-africaine à Nelson Mandela juste avant sa libération. Elle avait pour but de démontrer comment la presse sud-africaine a fait évoluer le statut de Nelson Mandela. En une année, il est passé du statut d’ennemi public numéro un à celui de héros national avant de devenir, plus tard, président de la République sud-africaine au lendemain de la fin de l’apartheid. J’ai beaucoup aimé ce séjour en Afrique du Sud qui m’a permis d’ouvrir davantage mes yeux de fille des îles sur le monde. » Ce séjour lui permet également de décrocher un diplôme lui permettant de travailler tout à la fois dans le journalisme et les relations publiques.
Corinne avait déjà touché au journalisme en travaillant tout d’abord à la radio NRJ où elle présentait le matin les flashs d’actualité. Puis, elle avait suivi un stage en audiovisuel à Antenne Réunion avant de se lancer dans son Master. De retour à La Réunion avec son diplôme en poche, elle va confronter la théorie à la pratique. « Un diplôme en journalisme c’est beau, surtout sur un mur ou une carte de visite, mais c’est sur le terrain qu’il faut découvrir ce que les écoles de journalisme n’apprennent pas. Que c’est est un métier qui vous bouffe, vous aspire, que vous devez vivre comme une passion. Que c’est un métier souvent difficile, où il y a plus d’hommes que de femmes, souvent des gens avec des égos surdimensionnés. Un métier qui a beaucoup de contraintes, mais procure également de grandes joies et permet de côtoyer les vedettes, mais aussi et surtout les héros de la vie de tous les jours. »
Elle commence par travailler au Journal de l’Île à la section fait-divers. « C’est le meilleur apprentissage du journalisme parce que c’est là qu’on apprend à répondre aux questions essentielles : où, quand, comment ? » Après le JIR, elle passe quatre ans à la rédaction du Quotidien de la Réunion, l’autre grand journal de l’île soeur.
Corinne Robert avait fait dix ans dans la presse écrite et parlée quand elle reçoit la proposition qui allait lui permettre de changer d’orientation professionnelle. « Leila Ghurburrun, qui dirige une agence de communication à Maurice, m’a proposé de venir travailler avec elle en free-lance pour un événementiel. Il s’agissait d’un salon de la mode. Comme j’avais un peu envie de faire autre chose que du journalisme, que j’avais envie d’un challenge, j’ai accepté. À la base j’étais venue pour un job précis, puis, nous nous sommes bien entendues et Leila m’a proposé de travailler avec elle. » Corinne Robert passe presque normalement du journalisme à la communication et après quelque temps avec Leila Ghurburrun, décide de voler de ses propres ailes en ouvrant Robert’s Consulting.
Que signifie le « s » du nom : un clin d’oeil publicitaire à l’actrice Julia Roberts ? « Je crois que je peux ressembler à Julia Roberts la nuit, de dos, sans lumière mais la ressemblance s’arrête la. Le « s » c’est un clin d’oeil par rapport à la polyvalence de mes services. » Et quels sont les services que propose cette nouvelle boîte de com ? « Je suis consultante en relations publiques, en image et en coaching. Je m’occupe du planning du client en matière de relations publiques, j’écris ses discours si besoin est, je le coache pour les interventions publiques. On ne va pas comme ça faire une déclaration télévisée aujourd’hui. Les gens sont bluffés par les prestations d’Obama à la télé en oubliant que c’est le résultat de tout un travail. Je suis passée de l’autre côté de la barrière, celle de la communication, mais je pratique toujours la même éthique, je garde les mêmes réflexes de journaliste. »
Mais est-ce que, contrairement au journalisme qui informe, la communication ne sert pas à vendre, à vanter, conditionner mettre en valeur, mettre en scène un produit, une idée, une entreprise ? « Ça c’est dans la préparation. Mon rôle est de conseiller le client de prendre ses bonnes idées pour les mettre en mots, en forme. » En quelque sorte dorer la pilule pour mieux la faire avaler ? « Non, non. Si vous emballez dans un beau papier quelque chose de pourri, une fois le paquet défait on va s’en apercevoir et cela risque de coûter très cher. Un conseiller en communication n’est pas un porte-plume ou la voix de son maître. »
C’est pourtant l’impression que l’on peut avoir en voyant le comportement de certains conseillers en com. « Ce n’est en tout cas pas ma manière de fonctionner. Je ne suis pas une exécutante, je fais de la stratégie. Je dis souvent non, pas juste pour le plaisir, mais j’argumente derrière et mes clients sont désarçonnés au départ et après discussion ils comprennent que mon but est pour leur bien, pour atteindre leurs objectifs. Mon travail est de dire je vous conseille d’aller dans cette direction pour telle et telle raison. Il ne faut pas se contenter de donner un conseil, il faut le justifier, l’argumenter et à la fin de la journée c’est le client qui prend la décision. « 
Vous avez dit que parmi vos services vous conseillez également vos clients au niveau vestimentaire. Il faut donc tout leur apprendre à ces patrons, à écrire, à parler, même à s’habiller ?! « Les clients avec qui je travaille ont déjà un long parcours, brillent dans leur carrière. Mon rôle est d’améliorer leur potentiel, d’accentuer certains aspects qu’ils possèdent déjà. » Qui sont les clients qui bénéficient de l’expertise de Corinne Robert ? « Une des caractéristiques fondamentales du métier est la discrétion. Mon rôle est de rester dans l’ombre et de mettre en avant le client et son entreprise. » Mais comment est-ce que la spécialiste en com fait sa propre pub pour trouver de nouveaux clients ? « Je n’en fais pas. Dans la profession, la meilleure pub est le bouche à oreille. On sait rapidement qui fait quoi, comment et avec quels résultats. » Il semblerait que Robert’s Consulting donne satisfaction puisqu’après avoir participé au lancement du Loto à Maurice, Corinne travaille actuellement sur le marketing du projet immobilier polyvalent Grand-Baie La Croisette.
Sans faire du chauvinisme — ou du mauricianisme mal placé, surtout après les propos prêtés par Navin Ramgoolam à Nicolas Sarkozy sur les Réunionnais — pourquoi Corinne Robert n’exerce-t-elle pas ses talents à La Réunion ? « Tout simplement parce que le climat des affaires n’est pas le même. La différence entre Maurice et La Réunion dans ce domaine est l’esprit extraordinaire d’entrepreneuriat qui existe ici. Les Mauriciens ont une grande curiosité, une envie d’apprendre, de prendre le meilleur ailleurs pour l’amener à Maurice et l’adapter. Cela correspond à mon état d’esprit et intéresse les entrepreneurs mauriciens avec qui je suis en phase. » Est-ce que le fait de ne pas être une Mauricienne est un atout pour fair du consulting ici ? « Le fait de ne pas être Mauricienne peut être un atout mais également un obstacle. Mais je ne suis pas tout à fait une étrangère, je suis la voisine de l’autre côté de l’océan. Je suis la cousine de l’île soeur. C’est pas pareil, c’est même un avantage. »
En dehors de toutes les déclinaisons de la com qu’elle maîtrise, Corinne Robert voudrait se lancer dans un autre créneau : l’écriture. Pour écrire un livre sur comment bien choisir son conseiller en communication ? « Pas du tout. J’aimerais écrire un livre sur les habitants des îles que nous sommes, à Maurice et à La Réunion. Nous sommes un confetti dans l’océan, mais c’est un confetti d’une richesse extraordinaire. Nous possédons, nous îliens de cette partie du monde, une richesse dont nous ne parlons pas, dont nous ne rendons peut-être pas compte de l’importance : dès la naissance nous côtoyons les plus grandes cultures, les plus grandes langues, on peut même dire les principales civilisations du monde. Malgré cette richesse, nous avons une espèce de complexe d’infériorité d’îliens qui nous empêche d’en tirer partie, pour nous réaliser totalement. Je travaille déjà depuis quelque temps sur le sujet. »
On ne sait pas si ce projet ambitieux donnera un livre à succès, mais en tout cas on peux affirmer une chose : vu les compteneces de l’auteur, son lancement sera bien organisé.