Son visage ne vous dira pas grand-chose, mais son prénom est connu de toute la presse mauricienne. Shahid Soobye, plus connu sous le “nom gâté” de Toto, a été une des chevilles ouvrières de l’équipe qui fabrique tous les journaux du groupe Le Mauricien Ltée. Après quarante-quatre ans de bons et loyaux services, Toto vient de prendre une retraite bien méritée. Voici son portrait.
Shahid Soobye est né le 20 juillet 1941 à Phoenix. Après une enfance sans histoire et ses études primaires, il se met à la recherche d’un travail. “À l’époque, on envoyait les adolescents chez les peintres, les coiffeurs, les mécaniciens, les maçons, etc. pour apprendre un métier. Moi, on m’a envoyé dans une petite imprimerie qui se trouvait à côté du cinéma Savoy, à Vacoas. C’est là que j’ai appris les bases du métier de typographe.”
Après avoir maîtrisé les secrets de la petite presse, Shahid, à l’âge de 26 ans, épouse Shirin Lagan, une jeune fi lle venant de Port-Louis. C’est sa jeune belle-soeur qui donnera à Shahid le surnom qui fera oublier son prénom : Toto. Les premiers enfants et les diffi cultés de la vie vont pousser Toto à quitter l’imprimerie des cartes d’invitation et des calendriers pour celle des journaux. “Un ami de ma famille connaissait Razack Mohamed, qui était alors le propriétaire du journal Star, qui m’a offert un poste dans sa presse. Je me souviens de l’assassinat de John Kennedy. C’est un voisin de l’imprimerie, qui se trouvait vis-à-vis du cinéma Rex et qui avait entendu la nouvelle à la radio, qui est venu nous informer. Nous avons eu un grand choc et nous nous sommes débrouillés pour avoir les informations nécessaires. Je me souviens avoir travaillé toute la nuit pour que le journal puisse diffuser cette nouvelle le lendemain.”
Après le Star, Toto travaille pour Le Citoyen et pour L’Action, où il fait la connaissance du journaliste Michel Dedans. Durant toute cette période, Toto travaille pendant la semaine et dort chez des parents à Port-Louis et passe le week-end à Phoenix avec sa famille qui commence à s’agrandir. Au niveau professionnel, tout en continuant à travailler dans la presse, il agit aussi comme reporter sportif.
Puis surviennent les bagarres raciales de 1967 qui éclatent à Port-Louis. “Il y avait un couvre-feu à partir de la tombée de la nuit. Il fallait boucler le journal avant et marcher de la rue Desforges à Plaine Verte pour aller dormir chez des parents. Ce n’était pas une période facile pour le pays.” Après les bagarres raciales et l’indépendance, Michel Dedans est engagé au Mauricien par Jacques Rivet et il emmène Toto avec lui.