Après la publication de l’article “Sans spécialistes de l’enfance dans l’île, Rodrigues ne peut réhabiliter ses petites victimes”, dans notre édition du dimanche 27 septembre, la psychologue clinicienne Virginie Bissessur a tenu à apporter des précisions à propos de son intervention dans l’île en tant que professionnelle. L’article ne fait pas mention du nom de Virginie Bissessur. Mais, en nous demandant un droit de réponse, cette dernière a aussi souhaité parler ouvertement de sa mission et de la raison évoquée dans l’article par la Deputy Chief Commissioner, Franchette Gaspard Pierre-Louis, de son départ de Rodrigues. Virginie Bissesseur, écrit:
“J’ai commencé à travailler pour la Rodrigues Regional Assembly et la Commission de la Femme de façon mensuelle de mars 2014 à octobre 2014, où je rentre en fonction de façon permanente.
Forte d’un master en psychologie clinique, avec une option en psychologie interculturelle, j’arrive à Rodrigues en ayant effectué déjà une quinzaine de voyages sur place qui m’ont donné l’occasion de m’apercevoir de la différence de contexte culturel avec Maurice (j’y ai aussi travaillé dans le cadre du privé). Psychologue auprès de la CDU, sous la responsabilité de la commission de la Femme, ma mission est de recevoir, diagnostiquer et de pratiquer les thérapies qui en découlent. Une autre partie de ma mission est d’évaluer l’action sociale en place et de proposer des solutions, de monter des projets afin d’améliorer l’offre disponible.
Malheureusement, Rodrigues n’est pas épargnée par les violences cruelles faites aux enfants. Lors de ma pratique et sans rompre le secret professionnel, je peux vous affirmer le nombre élevé de cas d’abus sexuels, de violences psychologiques, de violences physiques graves sur des enfants, la plupart n’étant pas encore âgés de 12 ans (…).
Cela en dit long sur l’aveuglement de Rodrigues sur sa propre situation. De plus, toutes les statistiques sont remises de façon annuelle à la Commission, c’est la procédure officielle depuis bien des années… Malgré les nombreux rapports, projets, formations remis à la Commission et malgré les nombreuses sonnettes d’alarmes tirées, je n’ai trouvé aucun support, bien au contraire.
Au nom de toutes les victimes rencontrées, par éthique personnelle ainsi bien que professionnelle (je réponds à un code de déontologie et j’adhère à une association de professionnels), je ne me suis épargnée aucun effort. Concernant les raisons de mon départ, je me dois d’être honnête envers mes patients et mes collègues qui m’ont soutenue, je ne les ai pas abandonnés suite à une maladie, car l’appendicite se soigne très bien en 2015. Mais il est vrai que face à une adversité si pugnace, face à la mauvaise foi doublée de la mauvaise volonté, voire la volonté de nuire, j’ai perdu mon courage et ma motivation.
Il n’empêche que la situation demeure urgente et que le nombre d’enfants et de femmes victimes reste trop élevé pour qu’on puisse dormir tranquille le soir et continuer à prétendre que cela n’arrive qu’aux autres.”