Établie en France, Prisca Manikion prend également part à des compétitions internationales

« Mon accouchement ne m’a pas empêchée de ramener la médaille d’or »

En 2011, elle remporte une médaille de bronze aux Jeux des îles de l’océan Indien, une médaille d’argent aux JIOI 2015 et une médaille d’or lors des récents JIOI à Maurice. Prisca Minikion s’est démarquée dans la marche de 5 000 m, réalisant un chrono de 26.44.53 sur la distance. Pourtant, cette jeune femme de 34 ans, originaire de Savannah et qui vit en France depuis deux ans, a accouché par césarienne il y a moins d’un an. Retour sur ce parcours impressionnant.

Prisca Manikion, son époux Christophe et leur fils âgé d’un an

Prisca Manikion exerce comme moniteur éducateur et pratique le sport sur le plan international. Mariée à un Français en 2017, elle s’est depuis installée dans un petit village en France, Meyrieu-Les-Etangs. Enfant, Prisca a fréquenté l’école du gouvernement La Sourdine, à L’Escalier. Elle a ensuite poursuivi sa scolarité secondaire au collège d’État Swami Vivekananda, à Souillac, puis au collège Mauritius, à Curepipe. Après le secondaire, elle s’est inscrite au Mauritius Institute of Education pour suivre une formation en Teacher’s Diploma en Secondary Physical Education. La sportive a travaillé dans divers établissements secondaires, à savoir le collège Adventist, à Phoenix, le collège Lorette de Port-Louis, de Rose-Hill et de Mahébourg, à la Bocage International School et enfin au collège Mauritius, à Curepipe, particulièrement dans le département des garçons. « J’étais la seule femme à travailler dans le département des garçons », précise-t-elle.

Prisca s’est lancée dans le sport depuis qu’elle a huit ans. « Je me suis lancée dans le sport après avoir été inspirée du film Tonka, qui raconte l’histoire d’une fille pauvre fascinée par le sport. Tonka ne pouvait qu’admirer les athlètes pendant leur entraînement. Je n’avais pas les équipements nécessaires pour pratiquer le sport comme elle, mais j’admirais les athlètes à la télé », raconte Prisca.

Elle poursuit : « À l’âge de huit ans, j’avais pris part au “cross-country” patronné par la compagnie Coca-Cola. En 2012, après mes examens finaux au MIE, je me suis professionnalisée dans la marche athlétique. En fait, j’étais soumise à une pratique pendant la classe et j’avais opté pour ce sport. C’est là que j’ai eu le coup de foudre. J’ai alors pris contact avec l’ancien champion de Maurice en 10 km de marche, Kaviraj Mardemootoo, pour tester mon potentiel. »

La championne de Maurice est issue d’une famille très modeste habitant à Savannah dans le sud du pays. Prisca habitait avec sa grand-mère et sa sœur. « J’ai été élevée par ma grand-mère avec le soutien de ma tante Marie-Michelle. Cette dernière a abandonné ses études afin de veiller sur moi quand j’étais encore petite. Elle est venue remplacer ma mère dans ma vie et je suis toujours reconnaissante envers elle. Ma grand-mère et ma tante ont fait de leur mieux pour que je ne manque de rien dans la vie. Notre situation financière ne me permettait pas d’acheter des compléments alimentaires ni de payer les frais de transport pour aller à mes entraînements. Mais elles ne m’ont jamais découragée, surtout ma grand-mère qui m’a aidé à poursuivre mon rêve », dit-elle.

À l’âge de 13 ans, Prisca a pris des petits boulots afin qu’elle puisse alléger le fardeau de sa grand-mère. « Je ne voulais plus lui demander de l’argent et je sais qu’elle ne pouvait se permettre de m’offrir tout ce que je voulais. Alors, j’ai décidé d’assumer mes propres dépenses, du moins une partie », nous confie Prisca. Malgré les difficultés qu’elle a vécues, Prisca dit avoir eu une enfance mémorable. « Je me souviens toujours comment ma sœur Priscilla et moi passions tout notre temps dans les champs de canne à Savannah, à faire du vélo et à jouer avec nos copines de l’endroit. Nous allions souvent nous baigner dans la rivière », ajoute-t-elle.

La grand-mère de Prisca Manikion tenant son arrière-petit-fi ls

Durant son parcours sportif, Prisca Manikion a été championne de “cross-country” patronné par la compagnie Vital de 2011 à 2016. Elle a aussi été championne du parcours de 10 km King Savers pendant huit années consécutives et a ainsi décroché le titre de championne de Maurice en “cross-country”. La jeune femme a aussi participé au Championnat d’Afrique et a réalisé un parcours fascinant en France. Elle a été sacrée double championne Auvergne Rhones 5 000 m et 10 km de marche en 2017, ainsi que championne de la catégorie Senior en 3 000 m en 2018.

Prisca avait participé aux Jeux des Îles en 2011 pour la course de 10km à laquelle elle avait remporté la médaille de bronze. En 2015, elle est repartie avec une médaille d’argent dans la catégorie de 5 000 m de marche. Enfin, pour la dixième édition des JIOI cette année, elle a réussi à décrocher la médaille d’or dans la catégorie de 5 000 m de marche.

Prisca Manikion s’est installée en France depuis deux ans. Elle relate qu’en 2015 elle s’est rendue au Centre de Ressources, d’Expertise et de Performance sportive (CREPS) de Nancy avec l’objectif de perfectionner sa performance en marche. Elle a d’ailleurs fait plusieurs va-et-vient entre Maurice et la France entre 2015 et 2017 pour sa formation. « Il y a beaucoup plus de compétitions de marche en France qu’à Maurice », dit-elle. C’est d’ailleurs lors de ses voyages qu’elle rencontrera celui qui allait devenir son époux. En 2017, elle se marie et emménage avec lui à Meyrieu-les-Étangs, une commune dans l’Isère, France.

L’année dernière, Prisca a accouché de son premier enfant par césarienne, un adorable petit garçon, aujourd’hui âgé de 11 mois. Toutefois, cela ne l’a pas empêché de prendre part aux compétitions des JIOI 2019. « Depuis 2015, j’avais pris la décision de participer aux JIOI 2019 et de ramener une médaille d’or, surtout après ma défaite en 2015, à La Réunion. En revanche, j’avais quelques doutes, ne sachant pas si je pourrais prendre part à la compétition, surtout après une césarienne. La naissance de mon fils est mon plus grand accomplissement et il est ma médaille d’or. Mais c’est mon époux qui m’a encouragée à aller de l’avant, d’autant qu’il est lui aussi sportif. Il m’a dit d’aller chercher cette médaille d’or. Je dois dire qu’être sur la plus haute marche du podium et faire le tour d’honneur en compagnie de mon petit héros, c’était le moment le plus magique de ma vie », nous confie-t-elle.

Prisca souligne qu’elle est parvenue à faire la balance entre sa vie sportive et sa vie familiale, et ce grâce au soutien de son époux, Christophe. « Il a renoncé à ses objectifs sportifs pour me laisser le temps de m’entraîner alors qu’il s’occupait de notre fils. Parfois, ce sont mes beaux-parents, Michel et Josette, qui s’occupaient du petit. J’ai emmené mon fils avec moi à Maurice pour les JIOI. Ma sœur Priscilla a pris la responsabilité de s’occuper de mon fils pendant ces dix jours. Je remercie aussi ma cousine Anastasia qui agissait comme la nounou pendant la nuit. J’allais voir mon bébé tous les trois jours. Son sourire était ma source de motivation », avance notre interlocutrice.

La championne de marche dit être « amplement satisfaite » de sa performance aux JIOI. « Je voulais à tout prix décrocher la médaille d’or. Toutefois, je ne dirai pas que j’ai réalisé une bonne performance, car mon record est de 24″56. La naissance de mon fils a ralenti ma progression. Il y a aussi eu deux mois d’absence en sus d’une tendinite à la hanche. Donc, je ne dirai pas que ma performance était formidable », explique-t-elle. Prisca dédie sa victoire à Dieu, son époux, à son club CSBJ Bourgoin Jallieu, ainsi qu’à ses coachs Gerard, Celestin, Jean Paul de Montellimar. « J’ai une mention spéciale pour une personne spéciale qui a fait de moi une championne, en l’occurrence Mike Felicité, entraîneur demi-fond à Maurice », dit-elle.

En ce qui concerne ses projets d’avenir, Prisca dit n’avoir rien planifié à ce stade. Toutefois, elle souhaite parcourir un parcours de 10 km cette année, puis s’attaquer au cross d’hiver. « Et pourquoi pas un deuxième bébé », conclut-elle.