DEEPAK BALGOBIN, Directeur exécutif du NPCC

Il va sans dire que les chiffres, dont les statistiques, constituent les guides indispensables pour mieux nous orienter dans toutes nos démarches; nous aident à prendre les décisions appropriées qui s’imposent pour de meilleurs résultats.

Si les indicateurs numériques positifs nous motivent davantage dans nos quêtes, les indicateurs négatifs ne doivent pas nécessairement être décourageants pour autant. Ils peuvent bien au contraire nous avertir en vue de revoir nos itinéraires ou complètement changer de direction.

Les derniers chiffres rendus publics par Statistics Mauritius sur la productivité et la compétitivité sont une fois de plus, aussi encourageants et motivants que ceux des années précédentes. Selon Statistics Mauritius, la valeur ajoutée brute en termes réels (Gross Added Value), un indicateur clé dans le tableau de bord de la productivité sur le plan national, a connu une hausse moyennant 3,6% annuellement entre 2008 et 2018. La valeur ajoutée brute mesure la valeur ou la richesse créée par un secteur d’activité au cours d’une période donnée.

Un autre indicateur dans l’indice de la productivité et de la compétitivité est celui de la productivité du travail (labour productivity) ou la productivité horaire (valeur créée en une heure de travail). Cet indice, qui   souligne le rapport entre la valeur nouvelle créée par un cycle de production, et le nombre de travailleurs salariés, a lui aussi connu une hausse moyennant 2,6% annuellement entre 2008 et 2018.

L’autre indice, celui de la productivité du capital (capital productivity) a également augmenté par 0,4% en 2018, même si cette hausse a été plus conséquente en 2017 quand il a augmenté par 1%.

Source: Statistics Mauritius

Tous ces chiffres comptabilisés par Statistics Mauritius nous donnent définitivement un “feel good factor” et la motivation nécessaire pour œuvrer avec davantage de détermination vers notre objectif national – qui est d’atteindre le statut de pays à revenu élevé dans les prochaines années. Cependant, si l’obligation de mesurer la productivité par le biais des équations et formules mathématiques se justifie par la demande des industries afin de les guider dans leurs quêtes d’un meilleur taux de productivité, il faut tout aussi bien comprendre que la productivité se mesure aussi au-delà des chiffres.

La productivité est avant tout une affaire de “mindset” comme le diraient les grands techniciens de la productivité, dont le Dr Santhi Kanoktanaporn, secrétaire général de l’Asian Productivity Organisation (APO). La productivité devrait être vue comme un mode de vie, qui trouve sa source dans l’homme lui-même et qui rejaillit sur l’ensemble des peuples; étant en quelque sorte des habitudes personnelles de portée potentiellement contagieuse qui touchent par la suite d’autres individus et qui finissent par impacter tout un peuple positivement. Certains iront plus loin, décrivant ainsi la productivité comme une affaire de “heartset”.

Par ailleurs, on peut se demander comment les bonnes habitudes sont à la base d’un mode de vie productif. Inutile de chercher dans les grandes thèses académiques car la réponse se situe en effet dans notre vie de tous les jours. Éteindre la lumière ou la climatisation dans un bureau ou chambre inoccupé.e nous évite de gaspiller l’énergie et ainsi nous rend plus productifs tout en économisant nos ressources. Classer les produits et autres commodités dans un ordre qui permet de gagner en temps et en espace, par exemple les ingrédients et autres items de la cuisine à la portée de la ménagère pendant la cuisson, est un autre exemple de la productivité dans la maison.

Sur le lieu du travail, la productivité est le mot-clé pour une performance opérationnelle accrue. Éviter les défauts ainsi qu’utiliser les matières premières dans une façon optimale permet de minimiser les gaspillages et du temps sur le lieu du travail – les attraits d’une meilleure productivité en effet.

En ce qu’il s’agit du dernier budget présenté par le Premier ministre, l’Honorable Pravind Kumar Jugnauth, il y a quelques jours, on pourrait voir une concentration accrue sur la productivité et la compétitivité, mais également sur l’innovation, qui est un des moyens à atteindre une meilleure productivité dans le pays. Le budget national fait mention d’une série de mesures qui ont pour objectif de palier les manquements et éliminer les obstacles qui entravent les démarches pour une productivité à la hausse dans plusieurs secteurs de l’économie.

S’il est toujours intéressant et motivant de jauger les chiffres dans le but d’avoir une lecture numérique de la productivité, il serait en revanche encore plus agréable à ressentir cette productivité par le biais d’un changement d’attitude, de perception et de l’approche en général. La productivité concerne nous tous. Et même si les chiffres nous sont précieux, n’oublions surtout pas de voir au-delà…