On nous parle chaque semaine de croissance économique, de développement et toutes sortes de mesures et d’indices, de la course au Foreign Direct Investment (FDI), de middle-income trap, bref, comment notre pays avance ou piétine.
Le progrès économique se mesure en effet par le Produit intérieur brut (PIB), soit la valeur de l’ensemble des biens et services produits dans le pays pendant une année. Le concept de PIB a été inventé par Simon Kuznets, un économiste américain dans les années 1930. Il prévenait aussi que « la mesure du revenu national peut difficilement servir à évaluer le bien-être d’une nation ».
Le PIB reste un indicateur imparfait et présente de nombreuses limites car il n’aborde que l’aspect économique et occulte la dimension sociale. Il ne se soucie pas de la répartition des richesses et du bien-être collectif de la population. Afin d’être en mesure d’évaluer une croissance avec justesse et dans ses dimensions économique et sociale, le PIB devrait être complété par d’autres paramètres tels que l’environnement, le développement durable, l’éducation, le taux d’analphabétisme de ses citoyens, l’oppression, la liberté, les droits fondamentaux et la santé.
Par contre, est apparu depuis quelques années un nouvel indicateur, le Progrès social (Social Progress Imperative – SPI). Michael Porter de Harvard Business School, président de l’Advisory Board, explique ainsi que le SPI prend en considération l’intégration sociale et la croissance inclusive alors que le PIB ne se focalise que sur la valeur des produits et services produits par un pays.  Le progrès social est défini selon trois critères: la capacité d’une société à satisfaire les besoins de base de ses citoyens (qualité et accès au système de santé, au logement, à la sécurité…), à construire les fondements de leur bien-être sur la durée (en leur donnant accès à l’éducation et à l’information) et à leur donner l’opportunité de s’accomplir.
L’indice du Progrès social change le rang de certains pays. Les États-Unis reculent à la 18e place,  la France occupe la 19e place et l’Arabie saoudite chute en 57e position.  Maurice s’en sort à la 39e place et le Danemark en pôle position.
En étudiant dans les détails les indicateurs « peut mieux faire », on découvre que, sur une étude de 120 pays, Maurice est classée à la 83e place par rapport à  l’accès à l’éducation tertiaire. Nous savons tous que le niveau d’éducation dispensé dans les écoles publiques est basique. On n’apprend pas à nos enfants à réfléchir, à développer leur logique et encore moins à avoir un esprit critique.
Combien les états dépensent-ils dans leur budget annuel pour l’éducation? Le ratio pourcentage du budget de l’éducation par rapport au PIB se présente comme suit : Maurice 3,6%, l’Angleterre et le Brésil 5,5%, les pays Nordiques tels que la Suède, la Finlande, le Danemark et la Norvège : de 6 à 7,3% ; le Ghana 6% et le Sénégal 7%. La moyenne des pays de l’OCDE est de 4,8%.
Il faut simplement augmenter le budget de l’éducation. L’éducation commence dès le préprimaire. Les familles à revenus modestes sont les premières à être pénalisées. Ce faisant on  nourrit la pauvreté à plus ou moins long terme.
Il y a 40 ans, on disait que les dictatures africaines ne donnaient pas la meilleure éducation à leurs citoyens pour qu’ils ne soient pas suffisamment éduqués et ainsi prévenir des rébellions. L’île Maurice fait partie intégrante du continent africain.
Autre point où Maurice est un très mauvais élève : la disponibilité de logements abordables. En effet, depuis une dizaine d’années, nos gouvernants ont privilégié le développement foncier à outrance, la conversion des terres agricoles de façon abusive, les profits pour les “happy few”, la complicité état-conglomérats pour faire grimper le prix de la terre, l’endettement dangereux de la classe moyenne, l’investissement dans certaines infrastructures non-prioritaires au détriment de la population majoritaire. La conséquence est qu’un jeune couple travaillera toute sa vie afin de rembourser les banques pour l’achat d’un terrain décent.
En finalité, notre pays arrive au 119e rang sur 120 concernant la “disponibilité de logements abordables”.