Les premiers participants au projet pédagogique Diraloin ont complété leur parcours et obtenu leurs diplômes. Après trois années à apprendre autrement, grâce à la photographie, des progrès ont été notés tant au niveau de leur comportement que dans leur travail scolaire. Tout ce progrès se résume dans le livre photo géant réalisé par chaque groupe. L’Association Sidina poursuit le projet avec d’autres groupes.
Ils sont plus de 400 enfants d’Eugène Dethise RCA de Belle-Rose et de l’école du gouvernement de Bambous à avoir expérimenté l’apprentissage à travers la photographie. Au bout de trois ans, les deux groupes ont construit leurs livres photos géants, fruits du travail réalisé au cours de cette période.
Selon Karine Gougerot, de l’Association Sidina et coordinatrice du projet, « nous avons eu des retombées très positives dans les écoles et auprès des familles. Le comportement des enfants a changé, ils s’absentent moins et ont l’envie d’apprendre. »
Le livre photo géant fait par les enfants eux-mêmes démontre leur créativité. Les enfants de Bambous ont réalisé Les Sirandannes de Ségala, où ils sont eux-mêmes les personnages du conte. « Shenaz Patel a animé des ateliers d’écriture avec 25 enfants. Ils ont ainsi appris à inventer et à écrire un conte. »
Les photos des enfants ont été découpées et montées pour servir d’illustrations. « Tout a été fait par les enfants. Nous sommes là uniquement pour les aiguiller. Nous ne savons pas au départ quelle forme cela va prendre, mais eux savent où ils vont en construisant leur livre. »
L’Association française Sidina, dont le nom signifie « L’oiseau prend son envol » en malgache, a lancé le projet Diraloin à Maurice en 2009. « Nous avons d’abord fait des interventions ponctuelles dans les associations comme Terre de Paix, la Maison Familiale Rurale de l’Ouest et Safire. Ensuite, nous nous sommes tournés vers les écoles pour un travail plus régulier. »
Taux d’absentéisme en baisse
Après Eugène Dethise RCA et Bambous Govt School, quatre autres écoles de Port-Louis et un groupe d’Anoska expérimentent le projet Diraloin. En utilisant la photographie, le projet veut amener les enfants à voir autrement. Ils développement ainsi la réflexion et la création. « Les enseignants et les parents témoignent que la photographie aide les enfants à communiquer. »
À titre d’exemple, les enfants ont confectionné personnellement des poupées qui les suivent dans le projet. « Nous les encourageons à les garder auprès d’eux et à leur raconter leur journée. L’enfant apprend ainsi à exprimer ses émotions. »
Pour Alain Doolub, secrétaire de la Roman Catholic Education Authority (RCEA), Diraloin a poussé les enseignants à ne plus s’enfermer dans leurs connaissances. En faisant son apprentissage à travers la photographie, l’enfant développe ses capacités de lecture. Un gros progrès dans ce sens a ainsi été noté dans les écoles ayant expérimenté le projet. De même, le taux d’absentéisme a chuté, car les enfants sont plus intéressés à venir à l’école. À Eugène Dethise, il est ainsi passé de 17 % en 2009 à 2 % en 2012. Les capacités de lecture ont aussi été nettement améliorées. À Anoska, une maman raconte comment son fils qui, d’habitude s’ennuie tout le temps, se réveille à 5 h chaque samedi, jour où il y a les classes de Diraloin dans son quartier.
Comme les enfants des autres écoles, ceux d’Anoska construisent aussi leurs livres. Le thème choisi ici est Tout autour de moi. « Pour cela, les enfants découvrent leur environnement différemment. Il y a tout un travail d’éveil et de réflexion pour apprendre à regarder ce monde. Nous avons emmenés les enfants dans différents endroits à la découverte de l’île. » Pour cette expérience, Karine Gougerot s’est inspirée du livre Tout autour de moi de Clothilde Perrin, aux éditions Rue du Monde.
Cette dernière ajoute que le projet Diraloin est un vrai travail d’équipe. Outre les photographes mauriciens qui ont intégré l’équipe, les entreprises apportent également leur contribution. « Les magasins 361 nous donnent tout le matériel pour la photographie, les fondations HSBC, Nouveau Regard, IBL assurent chacune la responsabilité d’un groupe tandis que Médine soutient les projets de la région ouest. L’ambassade de France nous est aussi d’une grande aide. »
Pour Karine Gougerot, ce soutien permet la pérennisation du projet et démontre en même temps sa réussite. Au départ, il était moins évident de convaincre les entreprises à s’engager dans une telle aventure.
2012 marque également une nouvelle expérience pour l’équipe de Sidina. Pour la première fois, Diraloin sera appliqué dans toute l’école à La Montagne RCA. Jusqu’ici, le projet concernait uniquement les enfants de Std III. Les enfants de La Montagne RCA sont aussi en correspondance avec un groupe suivant le même projet en France.