• Selon le Centre for Wetland Research and Training, les marécages captent les fertilisants provenant des champs de cannes et les empêchent d’échouer en mer
  • Quatre « wetlands » identifiés sur le site même de la construction d’un hôtel

Le collectif Aret Kokin Nou Laplaz (AKNL) a commandité une étude sur les zones humides de Bel-Ombre. Menée par le Centre for Wetland Research and Training (WETREST) d’Afrique du Sud, celle-ci démontre l’importance des zones humides dans la protection de l’océan dans cette partie de l’île. L’impact des activités touristiques sur les coraux y est aussi mentionné. De même, les experts géologues sud-africains ont relevé quatre « wetlands » sur le site prévu pour la construction d’un hôtel par West Coast Leisure Ltd. AKNL compte alerter les instances internationales à ce sujet.

D’emblée, AKNL dit avoir pu avoir pu faire venir les experts sud-africains grâce à la contribution du public et des organisations membres de la coalition. Menée par Jason Leroux, sous la supervision de Piet-Louis Grundling, l’étude démontre l’importance des zones humides de Bel-Ombre. D’abord, non seulement elles jouent un rôle important dans l’écosystème, mais elles sont également cruciales pour la protection du lagon. Avec la présence des champs de cannes à Bel-Ombre, le risque de pollution par les fertilisants provenant du sol est élevé. Les experts géologues relèvent ainsi : « The main functions performed by the wetland are nutrient filtration and storm water retention. Due to the nature of the catchment (predominantly sugar cane fields), excess nutrients flow towards the ocean and are intercepted by the wetlands. »

Le rapport souligne que d’autres experts ont déjà mis en exergue la capacité des zones humides à filtrer les polluants, particulièrement le phosphore et l’azote. De même, précisent les experts géologues de WETREST : « The pristine state of the lagoon in front of the study site (CLAMS 2018) can be attributed to the wetlands identified in this study. The wetlands are absorbing the excess nutrient from the catchment (predominantly from sugar cane) thereby preventing these nutrients from entering the lagoon. »

Cependant, ces zones humides sont menacées. Car au cours de leur étude, les experts sud-africains ont identifié quatre « wetlands », qui se distinguent de par la qualité de leur sol et par les plantes présentes et qui poussent généralement dans les marécages, dont la Typha Domingenis, aussi connue comme la massette. La couleur et la texture du sol indiquent également la présence d’eau, poursuivent les experts.

Or, les autorités mauriciennes, à savoir le ministère de l’Environnement et le National Ramsar Committee, ont tous deux donné le feu vert à West Coast Leisure Ltd pour aller de l’avant avec son projet. D’ailleurs, AKNL conteste le permis EIA accordé au promoteur devant le tribunal de l’environnement.

Compte tenu des nouveaux éléments révélés par le rapport des experts géologues sud-africains, AKNL compte alerter les instances internationales appropriées. « La coalition AKNL compte transmettre ces rapports aux organisations internationales, comme le secrétariat de la Convention Ramsar, à Genève. Les États membres de la Convention Ramsar, dont Maurice, se sont engagés fin octobre à mettre en œuvre une série de résolutions, notamment des engagements pour préserver et restaurer les “coastal wetlands” dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. L’État mauricien, en particulier le National Ramsar Committee, est en train de faire exactement le contraire, aggravant l’impact du changement climatique sur notre pays, qui est déjà gravement exposé », dit Yan Hookoomsing, porte-parole d’AKNL.

De même, une copie du rapport sera soumise au board mondial du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et au board mondial du Global Environment Facility (GEF). « Le PNUD et le GEF accordent chaque année des millions de dollars à l’État mauricien pour supposément assurer la protection de l’environnement et un développement durable. Nous allons leur montrer ce que valent les engagements de l’État mauricien et à quel point leurs financements sont dilapidés. »

Ce rapport, ajoute Yan Hookoomsing, est le premier d’une série qui sera rendue publique au fur et à mesure car les experts sud-africains ont aussi étudié d’autres sites où se trouvent des hôtels et des Smart Cities. Déjà, dans le présent rapport, les experts relèvent que les coraux dans le lagon de Bel-Ombre sont en bon état, sauf en face d’un hôtel, où des bateaux à moteur sont stationnés. « Le public et nos générations futures doivent une grande reconnaissance à ces experts qui sont venus travailler nuit et jour d’arrache-pied pendant une semaine sans demander la moindre rémunération. »