La tristesse des sept dernières années a laissé la place à la colère pour Bindu Ramlogun. Après la condamnation d’Ashvin Ramgotee pour le meurtre des belles soeurs Jhurry, elle dénonce, plus que jamais, le fait que son mari « est mort pour rien. » En dépit d’un dédommagement financier par l’État, elle insiste pour que justice soit faite et crie sa révolte en ce jour du Sankranti, qui n’a désormais plus le même sens pour la famille.
Chaque 14 janvier marque un jour de souffrance pour Bindu Ramlogun depuis ce jour fatidique de 2006, où son mari a trouvé la mort alors qu’il était en détention policière. Si chaque année elle ne manque pas de réclamer justice, 2013 a marqué un tournant dans cette affaire. « La cour a trouvé Ashvin Ramgotee coupable de ce meurtre. Il a écopé de 37 ans de prison. Cela veut dire que l’innocence de mon mari a été prouvée et surtout, cela démontre qu’il est mort pour rien. »
Bindu Ramlogun parle avec peine. Comme chaque année à pareille période, elle est tombée malade. Le terrain à bail qui lui a été octroyé par l’État et la maison à étage qu’elle a pu construire avec l’argent du dédommagement ne la consolent pas pour autant. « Pendant des années, les gens nous ont considéré avec mépris. On pensait que nous avions réclamé de l’argent à l’État alors qu’il était coupable du meurtre, mais la cour nous a rendu justice. Là où il est, mon mari est en paix. Mes enfants sont aussi soulagés. »
Mais la véritable justice pour Bindu Ramlogun est le jour où les « coupables » de la mort de son mari seront inculpés.
« Cela fait des années que je fais le va et vient en cour. À chaque fois il y a des renvois. Justice sera vraiment faite quand on désignera ceux qui étaient responsables de la mort de mon mari. »
Dans un premier temps, les magistrates Shameen Hamuth-Laulloo et Jane Lau Yuk Poon avaient trouvé les quatre officiers de la MCIT non-coupables. Par la suite, le DPP a fait appel contre ce jugement. Et depuis, on attend toujours la suite…
Bindu Ramlogun veut croire que la justice existe pour tous. C’est pour cela qu’elle demande à la cour d’aller plus vite avec ce cas. Que s’est-il passé entre le 12 et le 14 janvier 2006 ? C’est ce qu’elle attend de savoir depuis des années. Qui sont les responsables de la situation ? Autant de questions qui la préoccupent.
Lorsqu’on évoque avec elle les Rs 7,5 millions obtenues de l’État, la veuve de Rajesh Ramlogun tient tout de suite à préciser : « J’ai réclamé un dédommagement pour me permettre de subvenir aux besoins de mes enfants. Mais cela ne veut pas dire que j’acceptais le fait que mon mari a trouvé la mort alors qu’il était sous la responsabilité de la police. L’argent ne me rendra jamais mon mari et leur papa à mes enfants. À chaque fois qu’il y a un anniversaire ou qu’ils réussissent à leurs examens ils pleurent. Ils se disent que leur père aurait été fier d’eux. L’argent ne pourra jamais compenser cela. »
Si aujourd’hui Nilesh et Nitish ont pu accéder à l’université alors que Vridhi entame sa deuxième année de collège, il leur a fallu beaucoup de courage pour affronter le regard des autres. « En plusieurs occasions j’ai dû me rendre au collège pour parler au recteur. D’autres fois, Lindsey Collen ou d’autres membres de Justice ont dû intervenir aussi. Heureusement qu’ils ont été compréhensifs en demandant aux élèves de ne pas s’acharner sur mes enfants. Je remercie tous ceux qui nous ont aidés d’une manière ou d’une autre. »
Pendant plusieurs années, Bindu Ramlogun a dû composer également avec les soupçons qui pesaient sur son mari, face à la famille Jhurry. « Heureusement que tout s’est bien passé. Je m’entends bien avec les Jhurry. On s’est rencontré en plusieurs occasions. Nous partageons la même douleur de ce drame. »
Au sujet d’Ashvin Ramgotee, elle dira : « J’ai de la peine pour lui. C’est un garçon intelligent. Ses parents se sont beaucoup sacrifiés pour lui donner une bonne éducation. Je ne sais pas ce qui a pu se passer… »
Au moment du meurtre, la famille de Rajesh Ramlogun habitait à l’étage des Ramgotee à Lallmatie. Le fait que le neveu avait accusé son oncle du meurtre des belles soeurs Jhurry était une situation délicate à vivre. « Ils étaient chez eux et moi, chez moi. »
Pendant le procès d’Ashvin Ramgotee, Bindu Ramlogun s’est rendue en cour à chaque séance. « D’abord, j’avais été assignée comme témoin. Ensuite, je voulais savoir ce qu’il allait dire. »
Maintenant que les responsabilités ont été situées dans cette affaire, la veuve de Rajesh Ramlogun se dit d’autant plus déterminée à aller de l’avant dans son combat. Hier, comme chaque année, elle est allée au cimetière et a organisé une session de prière à la maison. Mais elle ne pourra faire le deuil, tant que ce « meurtre » restera impuni.