Il n’y a pas que les récents amendements aux lois du travail et les injustices que subissent les travailleurs qui ont dominé dans les interventions au meeting de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CSTP) à Beau-Bassin hier. Les orateurs n’ont pas fait abstraction des scandales de toutes sortes et des problèmes sociaux qui font l’actualité. « Ki fer nou pe degrade gradielman ? Ena enn grav kriz moral, enn kriz ekzistansiel dan la sosiete morisienn », a soutenu Jack Bizlall, très applaudi hier. Celui-ci a lancé l’idée de collectifs dans tous les villages et villes du pays en vue d’un « rassemblement large » des Mauriciens qui veulent donner un coup de main pour un changement dans le pays.
L’animateur principal du Mouvement 1er Mai, dans un discours au ton philosophique, n’a pas caché sa peine devant les nouvelles pratiques malhonnêtes et honteuses qui gangrènent la société mauricienne. « Kan nou tann toulezour larnak, frod, koripsion, vol, violans, tou kalite iskandal … nou pe perdi tou bann dimansion ki enn etr imin bizin ena kouma konpasion, fraternite ek lamour nou prosen, tousala pe disparet dan nou. Nou sosiete pe kas ande. Enn kriz moral ek enn kriz politik lor nou latet », analyse Jack Bizlall, qui tient les dirigeants politiques pour responsables de cette situation. Selon lui, une des raisons qui ont conduit vers cette perte graduelle des valeurs morales est l’abandon des discussions et des réflexions en groupe et qui étaient, a-t-il rappelé, une habitude autrefois et qui a marqué des générations. « Lontan nou ti reflesi bokou e nou ti depans tigit. Azordi nou depans bokou nou reflesi tigit », a observé Jack Bizlall, qui a souligné le montant astronomique injecté par les Mauriciens dans le Loto jusqu’ici. « Depi loto ekziste bann Morisien finn depans 6,6 miliar roupi. »
Dev Ramano, autre animateur du Mouvement 1er Mai, qui s’est attardé lui aussi sur ce qu’il qualifie de « crise multiforme », en a évoqué ses différents aspects en parlant de « kriz politik, kriz ekonomik, kriz sosial, kriz ekolozik, kriz kiltirel ». Selon lui, il existe une alternative pour sortir de cette situation de crise et a parlé de « enn lot simin » qui se dessine pour les Mauriciens. « Finn ariv ler pou konstrir enn nouvo proze politik, sosial ek ekonomik. Nou kapav fer li e ansam anou reflesi koumanier pou kapav amen sanzman-la. Avan tou bizin ena klarte dan nou latet », a dit l’avocat Ramano, qui a suggéré la constitution d’un groupe de 200-250 personnes ayant le potentiel pour cet exercice de réflexion et qui seront envoyées dans les quatre coins du pays pour continuer cet exercice au sein de la population.
Jack Bizlall, qui a appelé à un sursaut des Mauriciens, a donné des indications sur sa stratégie pour arriver à ce « rassemblement large » qu’il souhaite. Jack Bizlall entend la participation des travailleurs des secteurs privé et public, les pêcheurs, les artisans, les enfants, les handicapés, les personnes âgées, les « travayer lari », les fonctionnaires, les hommes et les femmes de tout groupe d’âge. « Anou konstrir sa mouvman larz pou enn 2e Repiblik », a-t-il beaucoup insisté. L’orateur a alors proposé aux Mauriciens de se regrouper sur leurs lieux de travail et au sein des quartiers où ils habitent à travers des collectifs et ces petites cellules auront pour mission le travail de réflexion sur ce projet de 2e République. Jack Bizlall envisage ensuite le rassemblement de tous ces collectifs le 1er mai de l’année prochaine. Le but ultime de ces collectifs : créer une nouvelle force politique pour affronter les partis politiques traditionnels dans le cadre des prochaines élections générales. « Mo kont lor sakenn pou fer sa bann kolektif-la. Finn ler pou aret sibir diktatir sa bann parti politik-la », a lancé Jack Bizlall à l’assistance.
Les autres orateurs à ce rassemblement de CTSP, présidé par Atma Shanto, étaient Jane Ragoo, Rehana Gafoor, Veenoo Ramsamy, Raj Raghubur, Reaz Chuttoo, Deepak Bennydin, Tulsiraj Bennydin. Ils ont tour à tour commenté les nouveaux amendements à la loi du Travail en ne manquant pas de critiquer sévèrement l’attitude de Shakeel Mohamed, le ministre de tutelle. On retient aussi la déception de Dev Ramano et de Jack Bizall par rapport à la division entre les syndicats du secteur privé pour ce 1er-Mai 2013. « Nou defi se resoude pou kre linite ek kalite. Pa les nou dekouraze par sa divizion-la », a dit à ce sujet Dev Ramano. Jack Bizlall a tenu lui aussi un langage à ton modéré au sujet de la réunion de deux blocs séparément. « Na pa opoz Réduit a Beau-Bassin ni opoz Beau-Bassin a Réduit. Si tou lede ti ansam azordi Route Royale la ti pou ranpli pa ti pou kapav sirkile dan sant Beau-Bassin », selon Jack Bizlall.
On relève aussi le ton très ému de Jane Ragoo, qui n’a pu retenir ses larmes, en dénonçant ces syndicalistes qui l’ont dénigrée ces derniers temps. « Ti ena boukou denigreman lor mwa, finn ena enn ta koze ki fatig latet. Mo pa finn asiz lor ban iniversite pou gayn sertifika sindikalis. Sertifika-la se travayer ki donn ou sa », a dit Jane Ragoo sous les applaudissements.
Ce n’était certes pas la grosse foule, mais un nombre remarquable de travailleurs y avaient fait le déplacement avec beaucoup de convictions. « Antouka sa lane-la ena plis dimoun ki lane dernyer », a noté Jack Bizlall dans son intervention.