En dépit du fait que depuis quelques années des pluies diluviennes s’abattent, de plus en plus fréquemment, sur Maurice, il semble que les autorités dites responsables n’ont encore rien compris à l’ampleur du changement climatique ni pris les mesures nécessaires pour y faire face. C’est ainsi que malgré le fait que les régions « sujettes à des accumulations d’eau » aient été répertoriées, rien ou pas grand-chose n’a été fait pour les protéger.

Avant d’aller plus loin, il faut poser la question fondamentale : comment des autorités dites responsables — ministères, conseils de district, municipalités — ont pu accorder l’autorisation de construire dans ces zones à risques ou de bétonner les passages naturels de l’eau de pluie vers la mer ? C’est en raison de ces autorisations que le nombre de victimes d’inondations se multiplie. Et cela a poussé des centaines de personnes à manifester devant les bureaux de la Sécurité sociale et de certains postes de police où les démarches pour l’obtention d’une allocation doivent être faites. Cette question ne semble concerner les autorités qu’en aval, quand les gens descendent dans la rue pour manifester, pas en amont, quand les mesures pour éviter la catastrophe doivent être prises. Deux exemples pour illustrer l’irresponsabilité des autorités dites responsables. Le premier est, évidemment, la loi d’urgence votée au Parlement en mars 2017 pour « mieux répondre aux catastrophes naturelles avec des évacuations d’eaux efficaces » qui n’a toujours pas été mise en pratique. Ce n’est qu’à la fin de l’année dernière que les membres de la Land Drainage Authority ont été recrutés. Quant aux travaux, ils commenceront dans quelques mois, quand le plan « d’urgence » sera prêt. Et on s’étonnera à l’Hôtel du gouvernement que les victimes de cette lenteur inacceptable descendent les rues pour dire leurs frustrations.

Le second exemple explique mieux encore à quel point les autorités dites responsables fonctionnent au ralenti, ou pas du tout. En mai de l’année dernière, la Central Waste Water Authority (CWWA) est alertée du fait que des eaux usées nauséabondes débordaient dans la rue Nehru, à Phoenix – le village qui va bientôt devenir New York City, selon le député Soodhun. A chaque grosse pluie, les eaux usées débordent, s’infiltrent dans les cours et rendent la rue impraticable. L’alerte, donnée par un ministre et un député de la majorité, est traitée en urgence par la CWWA. Fin juin, les travaux requis sont approuvés par le conseil d’administration et le financement trouvé. Mais, comme pour la loi urgente votée en mars 2007, le dossier des travaux à la rue Nehru est rangé dans un tiroir. Le 16 avril de cette année, les habitants de cette rue, victimes d’un nouveau débordement, manifestent leur colère en bloquant la rue avec des pneus. Plusieurs habitants ainsi que deux membres de la direction du Parti travailliste, venus soutenir les manifestants, sont arrêtés par la police. C’est alors que le dossier de la rue Nehru, rangé depuis juin de l’année dernière, et a été ouvert d’urgence et les procédures — déjà approuvées — sont activées. Quand des confrères de la presse ont demandé au président du conseil d’administration de la CWWA pourquoi la décision prise en juin de l’an dernier n’avait pas été mise en pratique, savez-vous ce que ce responsable, qui doit toucher un salaire, ou une allocation, a répondu dans un grand numéro de « pas moi ça, li ça »? : « Allez poser la question au directeur général par intérim de la CWWA. », lequel, comme de bien entendu, n’était pas disponible pour répondre à la question. La leçon à retenir de cette affaire est que, malheureusement, la seule manière de faire pour inciter certaines autorités dites responsables à réagir et faire leur travail est de descendre dans la rue.

Mercredi dernier, la Cour a rendu son jugement contre un prévenu reconnu coupable « sous 21 chefs d’accusation pour attentat à la pudeur sur huit victimes mineures ». En dépit de la multiplicité des chefs d’accusation, l’accusé a été condamné à des amendes et doit répondre à une obligation de bonne conduite ! Ce serait l’état de santé du coupable qui aurait motivé la clémence de la Cour. Heureusement que le bureau du Directeur des poursuites publiques a fait appel contre ce jugement. Sinon on aurait pu penser qu’à Maurice, et comme l’écrivait Jean de La Fontaine, “selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir”.