Depuis le début de l’année, plusieurs vols de bijoux ont été enregistrés à travers l’île. Même si la police ne dispose pas de statistiques précises concernant ce type de vols, certains cas survenus récemment donnent une idée de l’ampleur du phénomène. À tel point que les autorités ont décidé d’introduire de nouveaux règlements pour contrôler le commerce de bijoux de seconde main. Mais en attendant les procédures légales, le recel de bijoux en or devient inquiétant.
« C’est une bombe à retardement. Depuis le temps qu’on tire la sonnette d’alarme sur la question, c’est maintenant que les autorités comptent introduire des mesures pour décourager les transactions frauduleuses », se désole un bijoutier, qui dit désormais redoubler de vigilance pour protéger son commerce.
La semaine dernière, des bijoux en or –  estimés à Rs 870 000 – ont été volés chez l’assistante d’une maîtresse d’école dans l’est du pays. Et l’affaire est loin d’être unique. Alors que les vols de bijoux se faisaient jusqu’ici le plus souvent à l’arrachée, les voleurs semblent désormais privilégier la quantité. Selon notre interlocuteur, la faute reviendrait aux autorités, qui n’ont pas été assez strictes sur le commerce de bijoux de seconde main. « On a laissé pousser ces commerces comme des champignons à tous les coins de rue. Les Mauriciens ont-ils autant d’or à vendre ? » se demande-t-il.
Pourtant, l’Assay Office, placé sous la tutelle du ministère du Commerce et de l’Industrie, a mis en place un protocole pour la vente des bijoux en or de seconde main. Tout vendeur doit ainsi d’abord s’y rendre avec les preuves de propriété du bijoux avant d’obtenir un certificat pour la vente. Reste à savoir dans quelles mesures ces procédures sont respectées. Les bijoutiers, eux, n’hésitent pas à dire qu’il existe des transactions frauduleuses. « Le fait même que les autorités ont décidé de venir avec de nouveaux règlements, interdisant entre autres la publicité pour la vente de bijoux d’occasion, démontrent qu’ils ont des doutes sur ces pratiques. »
Sollicité pour une réaction, un opérateur dans ce secteur maintient, lui, faire les choses légalement. « Si on avait des choses à cacher, on ne ferait pas de publicité. » Ce dernier dit au contraire contribuer à l’économie du pays en faisant ressortir que l’or de seconde main est comptabilisé dans les exportations. En 2011, par exemple, le chiffre s’élevait à quelque Rs 300 millions pour 622 kilos d’or de seconde main exporté, principalement sur le marché européen. Mais, depuis, il semble que les affaires vont moins bien, selon le témoignage de notre interlocuteur. « On trouve aujourd’hui de moins en moins d’or à acheter. Peut-être que c’est justement parce que nous sommes stricts sur les procédures. D’ailleurs, si ça continue, on ne sait pas combien de temps encore on va pouvoir durer. »
Pour ce qui est du contrôle plus rigoureux, il faudra attendre encore quelques mois avant l’entrée en vigueur des nouveaux règlements. Car même si l’interdiction de faire de la publicité a été approuvée par le Cabinet, il faudra attendre les dispositions légales nécessaires. Dans les milieux concernés, on fait comprendre que de tels règlements doivent obligatoirement passer par des amendements à la Jewellery Act. Aucune indication n’est cependant disponible quant au délai prévu pour ces amendements.