S’ils espéraient obtenir des éléments de réponses, voire l’annulation du dernier exercice de recrutement de 60 médecins généralistes par le ministère de la Santé, à travers la PnQ du leader de l’Opposition, vendredi, les médecins recalés sont aujourd’hui davantage découragés. Pour cause, le Premier ministre, qui a indiqué ne pas être au courant de plusieurs éléments de cette affaire, n’a pas réussi à les rassurer quant aux allégations d’ingérence politique concernant le recrutement d’une majorité de nouvelles recrues, proches du pouvoir et qui sont enregistrés auprès du Medical Council depuis six mois seulement. L’annonce par SAJ que le prochain exercice de recrutement de 119 médecins généralistes à des postes permanents au sein de nos hôpitaux, si bien accueillie, reste cependant un stress pour ces médecins recalés qui craignent qu’une fois de plus, leur candidature ne soit reléguée au second plan car « ne possédant aucune relation politique » et les autorités privilégiant ceux qui ont de l’expérience – dont les nouvelles recrues qui auront alors quelques mois de service au sein des hôpitaux.
Les propos du Pm à l’Assemblée nationale, vendredi dernier, n’ont pas rassuré les médecins recalés qui s’estiment lésés par rapport aux nouvelles recrues qui ont pris leurs fonctions depuis le 12 octobre au sein du service civil. Pour cause, ils ne comprennent toujours pas les critères qui ont été pris en compte par le panel évaluateur, présidé par le Dr Timol, pour déterminer le recrutement des 60 nouveaux médecins généralistes. D’autant, soutiennent-ils, que lors de l’exercice de recrutement auquel ils ont pris part, rien ne laissait présager qu’ils ne seront pas retenus. Si SAJ a laissé comprendre que le service civil ne pouvait employer les 445 postulants, les médecins recalés insistent qu’outre les qualifications, le critère d’ancienneté aurait dû être pris en compte. Surtout que certains attendent depuis 3 ans pour entrer au sein de la Santé publique. Et que parmi figurent une vingtaine possédant des diplômes de spécialistes mais qui ont tenté en vain de se faire recruter comme médecins généralistes.
« Un exercice cuit-vider »
Ces médecins recalés, qui ont sollicité l’ICAC et l’EOC, déplorent la manière dont s’est déroulé l’exercice de recrutement qui s’est tenu au bâtiment Emmanuel Anquetil. « Un exercice cuit-vider », se souviennent-ils, faisant ressortir que la majorité d’entre eux, après avoir décliné leur identité et leur situation professionnelle, n’ont répondu qu’à une question relative à la santé. « Et la plupart des questions étaient similaires, si bien que la plupart de ceux qui passaient l’exercice savaient d’avance à quoi s’attendre », disent les médecins recalés. Nombreux d’entre eux ont aussi dans le passé effectué des entretiens pour le poste de médecin généraliste à travers la PSC. Et force est de constater, disent-ils, que les interviews étaient totalement différentes, déplorant que le Pm ait assuré que ce sont les mêmes critères qui ont été tenus en compte par le panel évaluateur. Ils expliquent que lors du dernier exercice, outre le fait que certains d’entre eux sont passés à des heures tardives, presqu’en soirée, les interviews n’ont duré que cinq minutes, certains moins. Or, ce même exercice à la PSC dure généralement une quinzaine de minutes et couvre un vaste de champ de questions, incluant le management à des questions de santé publique.
La méritocratie parmi les 12 mesures prioritaires de l’alliance Lepep
« Le dernier exercice n’était qu’un eyewash », estiment certains, s’appuyant sur la liste des nouvelles recrues, dont les connexions politiques sont connues, et qui ont fini leur internat il y a six mois seulement. Ne remettant pas en cause les compétences des nouvelles recrues quoi que, selon eux, certains posséderaient des résultats médiocres, les médecins recalés se demandent pourquoi leur candidature à eux n’a pas été retenue. « Une première fois, à travers la PSC, on arrive à comprendre. On a pris notre mal en patience. Mais une deuxième fois, c’est trop. Surtout que nos noms devraient figurer sur la reserve list et que les autorités auraient dû donner priorité à ceux qui attendent depuis deux, trois ans », disent-ils. Et de se demander: « Où est la méritocratie? » Ces médecins rappellent au gouvernement leur promesse électorale que parmi les 12 mesures prioritaires du programme de l’Alliance Lepep figurait celle d’offrir des chances égales à tous et que des amendements seront apportées à la loi pour assurer la transparence et la méritocratie dans les recrutements effectués par la PSC, la LGSC et la DFSC.
Pots-de-vin
Se basant sur leur fâcheuse expérience du dernier exercice de recrutement, ils se disent découragés d’être sélectionnés parmi les 119 médecins que l’État compte recruter en novembre 2015 et janvier 2016. « Nous n’avons aucune garantie que nous allons être recrutés car si pour le dernier exercice qui, selon le Pm, a tenu compte des mêmes critères que la PSC, des médecins avec six mois d’enregistrement seulement auprès du Medical Council ont été recrutés au détriment de ceux qui ont 2 à 3 ans d’expérience, qui nous dit que nous ne serons pas une nouvelle fois laissés sur la touche, les autorités privilégiant les mêmes critères? », se demandent ces médecins. Ils font également ressortir que les 60 nouvelles recrues pourront également postuler pour ces 119 postes. « Or, ils auront déjà une expérience dans le service hospitalier public. C’est un avantage que nous n’avons pas et qui leur garantit presqu’une entrée pour le poste de médecins en permanence à l’hôpital », disent-ils.
Et d’ajouter leur crainte qu’une fois de plus ce sont les connexions politiques de certains postulants qui jouent contre eux. « Nous n’avons pas de relations. Nous sommes des ti dimoun. Nous ne fréquentons pas les milieux politiques. Nos parents ont travaillé dur pour que nous puissions effectuer nos études. Et jusqu’ici, certains ont encore des prêts bancaires à rembourser. Combien de temps encore devrons-nous attendre? », se demandent-ils. Ils soulignent également qu’ils n’ont pas les moyens comme certains qui viennent d’être recrutés pour donner des pots-de-vin aux agents politiques.
La Private Medical Pratitionners’ Association (PMPA) est elle aussi d’avis qu’il y a un manque de transparence dans l’exercice de recrutement. « Nous ne disons pas qu’il y a eu maldonne, mais les coïncidences soulèvent des questions », disent les membres qui se demandent quelle garantie les prochains postulants ont que la méritocratie prévaudra tenant compte des zones d’ombre entourant le dernier exercice de recrutement. « Surtout que ni l’ancienneté ni les qualifications ne semblent avoir été pris en compte car des spécialistes diplômés sont restés sur le touche », déplore le député mauve, Dr Zouberr Joomaye. Selon lui, la solution à ce jour est que la PSC tienne compte des médecins recalés qui ont effectué les interviews en 2014 puis en 2015 également. « Ce n’est pas nécessaire de faire un appel à candidatures puisque les candidats sont déjà connus et attendent depuis deux ans. Il faudrait dresser une reserve list en donnant la priorité à ceux qui ont réussi en 2014 et qui attendent toujours », dit-il.