Originaire de Beau-Bassin, Medgé Narraien exerce le métier d’agent de sécurité dans un supermarché de Coromandel depuis cinq ans. Un travail qu’elle qualifie de « passionnant » mais où, dit-elle, « il faut user de beaucoup de tact », notamment pour convaincre une cliente de remettre un objet dérobé dans les rayons. Pour Medgé Narraien, il faut non seulement de la rigueur dans le travail, mais il faut aussi « savoir parler aux gens ». Elle développe : « Pour imposer le respect, il faut d’abord l’appliquer sur soi et voir de quelle manière on s’adresse aux gens, car c’est souvent le dialogue qui est source de conflit. Un agent de sécurité doit à la fois contrôler les caisses et le public, et s’assurer que tout est en ordre. »
À l’écouter parler, on sent se dégager chez Medgé Narraien une force tranquille. Mère de deux filles, âgées de 11 et 18 ans, qu’elle élève seule, Medgé parvient à conjuguer sa vie professionnelle et son rôle de mère. Lors de ses études, au Collège New Devton, Medgé raconte qu’elle était une jeune fille timide. Le décès de son père la forcera toutefois à chercher un emploi, qu’elle arrive à trouver alors qu’elle n’a que 16 ans. « J’ai démarré dans une imprimerie de sérigraphie, où les designs sur t-Shirts me fascinaient. J’aime le dessin et les couleurs. Je suis aussi passée dans une usine, où j’étais en charge de la section repassage des cols de chemises, ce qui m’avait un peu démotivé car c’était épuisant. Mon troisième boulot, comme agent de sécurité, me conforte d’autant plus que dans le supermarché où je travaille, on est une bonne vingtaine à faire ce métier. »
Medgé parle d’un métier « passionnant, mais délicat » : « On doit surveiller les vols et, en tant qu’agent de sécurité femme, mon travail consiste à intervenir si un vol a été commis par une femme. Généralement, ce sont les produits cosmétiques et des chocolats qui sont les plus prisés par les voleuses. Le travail en lui-même demande à faire preuve de beaucoup de tact. »
Elle se souvient qu’un jour, elle a été prise à partie par un client « à cause d’un sac en plastique » : « J’avais fait comprendre que la vente de sac en plastique était interdite et le client m’a insultée. Et comme au boulot, la règle est de ne pas répondre au client, j’ai pleuré. J’ai dû refouler mes droits. Il faut avoir une manière de parler aux gens, et vice-versa. »
Medgé insiste sur le fait que « malgré les tempêtes, et contre vents et marées », il faut savoir garder la tête froide. « On me décrit comme une femme forte. J’ai mon caractère et ma façon de parler. Pour moi, il y a discipline, une intégrité et je n’aime pas me répéter. C’est à la fois un trait de caractère qui peut plaire ou déplaire. » Pour l’agent de sécurité, il faut savoir différencier vie professionnelle et vie privée : « Kan mo dan travay, mo met mo paleto agan sekirite e kan mo lakaz, mo met mo paleto maman. Il faut savoir faire la différence. » Elle poursuit : « Je dois dire un grand merci à la direction du supermarché qui m’emploie, et qui sait valoriser le travail de ses employés. C’est important, dans n’importe quel métier, d’avoir une certaine reconnaissance de son travail et de pouvoir s’améliorer et apprendre davantage. Quand le cadre de travail où on doit évoluer pendant une journée est plaisant, le travail devient alors une passion. »
Quand elle ne travaille pas, Medgé Narraien aime s’occuper de ses filles, Quincy et Stacy. « C’est difficile d’être mère célibataire. Je trouve que le regard de la société est dur envers les femmes. Pour avoir une pension pour les enfants, en tant que femme divorcée, il a fallu marcher, et c’est bien dommage que nous, les femmes, ne recevions pas toujours l’aide du gouvernement. » Pendant ses jours de loisirs, elle reconnaît aimer flâner près des magasins, « pu fer mo lizie kontan », dit-elle, dans un grand éclat de rire. D’ailleurs, elle avoue « aimer la vaisselle et tout ce qui s’y rapporte, comme de jolies tasses, des verres, des coupes, de même que les roses rouges ». Sa recette du bonheur, l’agent de sécurité la résume à « se lever tous les jours en ayant ce sentiment d’avoir réussi à faire un pas en avant ».