«Je suis un homme de principe: quand je suis dans une alliance, je ne discute avec personne d’aucun autre parti.» Les propos de sir Anerood Jugnauth (SAJ) ont été on ne peut plus clairs, hier, au Sun Trust, qu’il retrouvait après neuf ans passés à la présidence de la République. «Le Remake 2000 est toujours d’actualité», soutient-il, «mais nous devons discuter d’un problème, un malentendu survenu cette semaine, pour éclaircir tous les doutes.» Répondant aux questions insistantes de la presse sur le sujet, le leader du MSM-MMM dit qu’il n’est «pas déçu du remake» en dépit des circonstances menant «aux secousses» dans l’alliance, «séki fer moi sagrin.» La rencontre de mercredi à La Caverne entre les dirigeants du MMM-MSM sera sans doute décisive quant à la continuation, souhaitée par le MSM, du remake 2000.
Le froid installé entre le MSM et le MMM depuis jeudi ne remet pas en question le Remake 2000. C’est du moins ce qu’a tenté de soutenir le leader de cette alliance, hier, au terme de sa première conférence de presse après neuf ans passés loin du Sun Trust. D’abord peu enclin à dévoiler la teneur du malentendu entre les deux partis, préférant attendre les discussions qui devraient avoir lieu mercredi, SAJ a fi ni, devant l’insistance de la presse, par confier «ki finn éna enn fit dan laroue». D’où la décision personnelle, précise-t-il, de Paul Bérenger de tenir une conférence de presse séparée. Mais SAJ fait confi ance à son «camarade» Paul Bérenger.
Lors d’une conversation téléphonique que les deux leaders ont eue samedi matin, avant les conférences de presse, le leader du MMM lui aurait assuré que «tou bann zafer korek». Mon camarade Paul m’a téléphoné ce matin et m’a confi é qu’il y a un problème. Je lui ai dit que nous devons en discuter afi n de trouver une solution. Il m’a aussi dit que le remake est on.» Toutefois, SAJ concède qu’un malentendu secoue bel et bien l’alliance MSM-MMM depuis quelques jours, mais il s’agit là «d’une petite cale». «L’alliance n’a pas été ébranlée. Mais nous avons eu une secousse. Enn ti kal», dit-il. «Ene kal qui bizin tiré et ki kapav fer laroue ale pli vite», renchérit son fi ls, Pravind Jugnauth.
Contournant habillement la question de Week-End à l’effet qu’outre les yeux doux de Navin Ramgoolam à Paul Bérenger ces derniers temps, ce serait une rencontre de certains dirigeants du MSM avec ceux du PTr qui aurait provoqué le malaise au sein du remake, SAJ ironise en disant : «Sa kalité-là Navin Ramgoolam ankor enn zoli garçon ?» Et si le chef du gouvernement fait des appels du pied au leader de l’opposition, SAJ dit que c’est à son partenaire de prendre ses responsabilités. L’insistance de Navin Ramgoolam de rencontrer uniquement le chef du MMM pour discuter de la réforme électorale n’émeut pas plus le leader de l’alliance MSM-MMM. Ce dernier va plus loin, laissant entendre que «mwa non plus, autant que possible mo ti pou préfer pas rencontré limem ditou.»
Selon lui, que Navin Ramgoolam choisisse de rencontrer les dirigeants du remake ou pas, cela ne fait aucune différence. «S’il veut rencontrer le chef de l’opposition, c’est son droit. Mais notre alliance est constituée de deux partenaires. Comme il y a des rumeurs qui soutiennent que lors de leurs rencontres il est question de discussions d’alliance, nous souhaitons tirer les choses au clair. Pour qu’il n’y ait pas de doute, une rencontre avec les représentants des deux partis de l’alliance est préférable», dit SAJ.
Soit le remake, soit le MSM seul
Le leader du MSM abonde dans le même sens, rappelant que l’entreprise d’une réforme électorale ne concerne pas un ou deux partis mais tous les partis et la population dans son ensemble. «C’est pourquoi les discussions devraient prendre en compte tous les partis concernés», ditil. À Paul Bérenger donc, une fois de plus, de prendre ses responsabilités pour décider s’il rencontrera seul ou pas le chef du gouvernement pour discuter de la réforme électorale, dit le leader du remake 2000. Il confie par ailleurs avoir été mis au courant par Paul Bérenger qu’un intermédiaire du MMM rencontrait le PM en vue d’accélérer les choses en marge d’une réforme éléctorale. «Nou pa ti koné ki c’était Alan Ganoo, mé Paul Bérenger ti dir moi ki éna enn intermédiaire ki pé convaincre Navin Ramgoolam donn sa réforme-là, lor ki nou dakor.»
Imperturbable durant toute la conférence de presse quant aux relations tendues entre le MSM et le MMM, une question d’un journaliste à l’effet que ce serait lui qui aurait demandé de ne pas soutenir la motion de Kailash Purryag en tant que président de la République irritera SAJ. «Je n’ai jamais dit cela. Cette question n’a jamais été abordée entre Paul Bérenger et moi. S’il a dit cela, nous verrons. Je vais avoir un rapport et nous en discuterons. Mais je n’ai jamais demandé quoi que ce soit !» martèle-t-il. Cela signifi e donc que le malaise entre le MSM et le MMM est plus profond ? «À vous de tirer vos conclusions. Mais cette qustion sera abordée lors de notre rencontre mercredi», répond SAJ. Une rencontre qui sera sans doute décisive pour la continuation ou pas du remake 2000 laisse entendre le leader, indiquant néanmoins que «ce ne sera pas à moi de décider». La balle est donc dans le camp de Paul Bérenger, s’enquiert Week-End ? «Pou éna continuation, fodré ki tou lé deux partis dakor. Pour le moment nou tou dakor. Remake li encore on.»
Il balaie d’un revers de la main les rumeurs à l’effet que des dirigeants du MSM auraient rencontré ceux du PMSD cette semaine pour discuter d’un éventuel rapprochement entre les deux partis. «Nous? Rencontrer le PMSD ?» s’étonne-t-il. Et Pravind Jugnauth de renchérir : «Pour nous les choses sont claires. Nous avons le remake ou alors nous sommes seuls.» SAJ fait, lui, ressortir qu’il est «un homme de principe. Quand je suis dans une alliance, je ne discute pas avec les autres d’autres partis. Je n’ai jamais fait ça de toute ma vie.» Il dit toutefois que «si éna fi t dan laroue, nou koné ki kapav sanz laroue oussi». «Ou sinon kapav sanz loto lamem», rit-il. Et Pravind Jugnauth d’ajouter: «Ou kapav oussi sanz sofer lamem.»
«Confiance-là li encore là»
Pour avoir côtoyé Paul Bérenger de longue date, SAJ dit qu’il est à même de pouvoir dire où en sont les relations entre les deux partis aujourd’hui. «Il n’est pas question de MMM pé kas kontour ou pa kas kontour ou simé la droite. Si lors la nou ti éna preuv, ti pou éna grands dégâts. Mé jusqu’à preuve du contraire, confi ance-là li encore là», dit-il. Cette question sera toutefois à l’ordre des discussions entre les deux partenaires mercredi. «L’avenir nous dira ce qu’il en est», mais déjà, selon lui, lors de sa dernière conversation avec le leader du MMM hier matin, «so mood ti paret parfait, très korek».
Revenant à la nomination de Kailash Purryag à la présidence de la République, SAJ réitère ses félicitations à son «bon ami». «Il a toujours été un ami. Il n’a pas eu à demander comme certains la permission à Navin Ramgoolam pour m’inviter au mariage de ses enfants», dit-il, ajoutant qu’avec Kailash Purryag «il y a une différence de caractère. C’est quelqu’un de compétent. C’est un homme de loi».
Il confie qu’il aurait été à la cérémonie de prestation de serment de Kailash Purryag si toutefois il ne devait pas tenir une conférence de presse. L’ancien président de la République souhaite ainsi bonne chance à son successeur, faisant ressortir que «le poste de Président n’est pas diffi cile. Il est fait de beaucoup de privilèges et nous sommes bien gâtés. Mais c’est un light job.» Le leader du MSM profi te aussi de l’occasion pour présenter ses félicitations et celles de son parti au nouveau Président. «C’est en solidarité avec notre ami Paul Bérenger et le MMM que nous avons boycotté l’Assemblée vendredi. Mais nous félicitons Kailash Purryag et souhaitons qu’il remplisse ses responsabilités de président avec beaucoup de noblesse.»