Jeremy Poincenot, World Blind Golf Champion, est un jeune homme qui a fait de sa tragédie une force. À Maurice depuis une semaine pour animer une série de conférences à l’intention des employés de Rogers Capital et invité d’honneur lors du lancement de « We swing for our coast », cet Américain souffrant d’un trouble génétique rare appelé Neuropathie optique héréditaire de Leber (LHON) a accordé quelques minutes à Week-End. Le temps de parler de son parcours, il nous partage en toute humilité sa vision de la vie…
« J’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs personnes depuis mon arrivée il y a une semaine, je leur ai partagé mon histoire et ils m’ont partagé la leur. C’était une expérience incroyable », confie Jeremy Poincenot tout sourire, assis à la terrasse du Heritage Golf Club à Bel Ombre. Véritable passionné de golf, il devient World Blind Golf Champion à l’âge de 20 ans. Comme dirait l’adage, Mens sana in corpore sano, Jeremy Poincenot cultive aussi bien son esprit que son corps. Grand sportif, il s’essaie au ski et au vélo en tandem.
Après une série de conférences, il est venu se relaxer avec son frère pour s’adonner à son sport favori lors du tournoi de golf organisé par Rogers. Il n’a jamais voulu que sa cécité soit un obstacle, voire un handicap. « En vérité, il n’y a que des passions dans la vie… nous vivons un peu pour cela », soutient-il.
Devenu aveugle à l’âge de 19 ans alors que tout lui souriait, il tombe très vite dans les « 5 stages of grief », nous dit-il. « I got into denial, anger, bargaining, depression and finally acceptance. Selon les scientifiques, l’on prend généralement deux ans pour tout surmonter, mais moi je n’ai pris qu’une seule année pour arriver au 5e palier, soit l’acceptation », dit-il dans un français clair et net. D’une bonne humeur contagieuse, il croque désormais la vie à pleines dents. « Je n’ai pas de vision centrale, c’est comme si vous placiez vos deux mains devant vos yeux. Vous voyez ce qui est au autour mais pas les mains », dit-il.
Malgré tout cela, il décide de s’ouvrir aux autres et de partager son vécu. De fil en aiguille, Jeremy Poincenot devient un conférencier de renom, participant aux émissions télévisées 20/20 d’ABC, CNN.com et True Life de la chaîne MTV. « C’est ma mère qui m’a poussé à parler et à m’ouvrir aux autres. Et c’est suite à cela, j’ai continué. It was fun for me, I enjoyed it. »
En parfait bilingue, le Californien, accompagné de son frère Éric, parle avec aisance, saluant de temps à autre les employés de Rogers venus faire du golf. Il nous confie en toute modestie qu’il ne se rend toujours pas compte du petit bout de chemin qu’il a parcouru depuis le jour où il a perdu la vue. » J’ai vécu un traumatisme qui m’a marqué à vie mais je ne me suis pas arrêté là. La vie ne s’est pas arrêtée à cette tragédie. C’est le message que je souhaite passer à tous ceux que je rencontre. It’s pretty crazy and cool ! Neuf ans après, je peux encore avoir un impact sur des gens qui passent eux aussi par des moments difficiles », dit-il.
« It’s okay to ask for help, it’s not a sign of weakness »
« Être ici sur cette belle île avec des gens aussi formidables, c’est merveilleux. Nous avons fait du quad, mais ce sont surtout les plages et les couchers de soleil qui sont les plus beaux », ajoute Eric Poincenot. À première vue, l’on serait bien loin de se douter que Jeremy Poincenot n’a qu’une vision périphérique des choses, et pourtant. Ne baissant jamais les bras malgré tous les obstacles, il est l’exemple concret que les choses finissent toujours par aller mieux. « Je souhaite que les gens aient une autre vision des choses. I make them see. Aussi, j’aborde souvent la notion d’interdépendance dans mes conférences. I want to raise awareness. It’s okay to ask for help, it’s not a sign of weakness », explique le jeune golfeur professionnel de 27 ans.
« Lorsque j’ai perdu la vue, j’ai dû apprendre à tout faire avec l’aide d’autres personnes. C’était très dur. J’avais 19 ans, je conduisais, je faisais tout en parfait autonome et tout d’un coup il m’a fallu compter sur l’aide des autres pour faire les plus petites choses de la vie, des gestes simples… C’est surtout grâce à cette expérience que je peux dire haut et fort que cela n’est pas une faiblesse, bien au contraire. C’est pour cela que je parle souvent d’interdépendance », confie le jeune homme.
Ainsi, selon lui, cette initiative de Rogers, avec sa campagne We swing for our coast prouve que l’on peut justement « accomplir des choses positives en étant interdépendants et en travaillant en équipe. It’s kind of cool of how we can do that together », explique-t-il. Déterminé à faire oublier les idées reçues sur la notion de dépendance, Jeremy Poincenot soutient haut et fort qu’il n’y a aucun mal à dépendre de l’autre, et vice-versa, un moyen, dit-il, pour faire bouger les choses dans le bon sens et surtout pour faire avancer l’entreprise. « L’interdépendance peut aider à faire tellement de choses bien dans ce monde, il nous suffit juste de le comprendre », confie-t-il.
D’une simplicité rare, le jeune homme impressionne par son charisme et somme toute sa volonté d’avancer, en gardant bien devant les yeux ses objectifs. « Mon mantra c’est focus on the good et c’est ce que je conseillerai à tous. Toujours voir le meilleur en toute chose », dit-il. Swinguant comme un pro sur le terrain de golf, Jeremy Poincenot, qui reprend l’avion ce dimanche, reviendra sans doute sous les tropiques, « même si les États-Unis sont loin, très loin ! » rigole-t-il.