De nombreux commentateurs politiques, facebookers et journalistes demandent où et quand le Macron mauricien viendra. La vérité, c’est qu’il n’y en aura point, ni Macron, ni d’ailleurs Obama.
Si Macron, un jeune de 39 ans, a pu arriver par la voie démocratique au sommet de l’État en France, c’est au sein d’une République de valeurs qui croit en ses enfants et qui de tout temps, tous régimes confondus, a valorisé une promotion de ses élites, indépendamment de leurs origines sociales, géographiques ou éventuellement religieuses.
Emmanuel Macron est le produit des Grandes Écoles françaises, Sciences Po (Institut d’Études politiques), ENA (École Nationale d’Administration) et aussi de Normal Sup (École Normale Supérieure) (il a préparé l’examen d’entrée à cette école) au-delà du fait d’être détenteur des diplômes universitaires, notamment d’un DEA de Philosophie à l’Université de Nanterre. Il a intégré la célèbre Inspection des Finances au sein de l’Administration avant d’apporter son expérience à la Banque Rotshchild & Co, puis il a été appelé comme secrétaire général adjoint de la Présidence de la République et enfin ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique.
La devise de la République française est « Liberté, Égalité, Fraternité ». Ce sont trois principes qui fondent la République en France et ont une valeur constitutionnelle. Bien plus qu’une simple devise, ce sont trois principes constitutionnels qui encadrent toute la société française.
Ces trois principes ont eu pour conséquence l’absence d’ethnicité politique, de communautarisme politique ou électoral et une égalité juridique absolue des citoyens devant la Loi et l’Administration. La France est un pays où les différents gouvernements ont mis en place une politique d’ascension sociale de jeunes.
Maurice a pratiqué tout le contraire. Nous sommes une République presque sans valeurs, sans référence. Notre République n’a pas été pensée. Notre devise est « Stella Clavisque Maris Indici », ce qui ne peut se traduire par une effectivité normative ou constitutionnelle. Le communautarisme et l’ethnicité politique et électorale, phénomènes accentués par tous ceux qui ont été aux responsabilités, ont vicié complètement la vie politique de Maurice.
Maurice ne reconnaît pas ses propres enfants brillants et du fait souffre d’un exode intellectuel important. Très peu d’étudiants mauriciens des grandes universités européennes rentrent au pays après leurs études, à l’exception de ceux qui ont comme une carrière réservée. Le Mauricien réussit beaucoup plus ailleurs qu’à Maurice.
L’engagement politique est libre en France alors qu’à Maurice il est interdit à beaucoup de ses citoyens, par exemple les fonctionnaires et, souvent dans les faits, aux salariés des corps para-étatiques et aussi des sociétés (compagnies) privées. Au final, très peu de Mauriciens peuvent réellement s’engager en politique : principalement ceux des professions libérales et les retraités. Le renouvellement ne peut pas se faire sous de telles contraintes.
Le débat politique en France porte sur des idées, des projets et non sur les personnes (hormis les cas des affaires). Les candidats sont jugés sur leur compétence technique. C’est ainsi d’ailleurs qu’Emmanuel Macron a fait la différence face à Marine Le Pen, en démontrant qu’il avait une parfaite maîtrise des sujets évoqués. À Maurice, les partis ne présentent que des mesurettes à quelques jours seulement des élections et surtout sans aucun chiffrage. Tout et son contraire peuvent être dits. Le face-à-face, une réelle confrontation entre les candidats, ne fait pas partie de nos moeurs.
Aucune priorité ou presque n’est donnée à la crédibilité du candidat, à sa ligne de conduite, à sa posture et stature. Le Mauricien vote comme des moutons, « en bloc » comme il est dit localement.
Il n’est guère étonnant qu’à Maurice le combat (pas débat) politique en 2017, comme en 1970, soit toujours animé entre les Ramgoolam, Duval, Boolell, Jugnauth, Bérenger, Mohamed…