Les animaux domestiques ne sont souvent considérés qu’en fonction de leur utilité : les poules pour leurs oeufs ou leur chair, les chiens pour la surveillance, le chat pour sa compagnie, etc. Chez certains, ils suscitent d’authentiques émotions et font même partie de la famille. Pour d’autres, ils sont répugnants et sans intérêt. Nous avons rencontré quelques amoureux des animaux qui nous parlent de leur passion pour leurs compagnons.
Mario Niclair nous reçoit dans sa maison à rue Colonel Maingard, Beau-Bassin. Si l’on n’était pas encore convaincu, en entrant chez lui, plus aucun doute n’est possible : cet homme, à la retraite depuis quelques jours seulement, est bel et bien un passionné. En témoignent les trophées et les médailles remportés à divers concours animaliers, disposés sur les étagères d’un meuble du salon. Mario Niclair est très fier de ses animaux. Ce sexagénaire héberge chez lui des compagnons à deux pattes, à quatre pattes, à écailles, à plumes ou encore à poils. Dans sa maison, tortues, chiens, poules, coqs et lapin se côtoient. Ils se promènent dans le salon, s’installent sur les fauteuils… L’une de ces bêtes, une tortue aquatique, serait une espèce rare à Maurice, voire quasiment éteinte, selon les recherches qu’a entreprises son propriétaire. « Elle est l’une des rares survivantes de l’espèce « Tortue de boue ». Je l’ai découverte dans un petit bassin de la Grande-Rivière-Nord-Ouest, là où se jette la cascade, alors qu’elle était retournée sur le dos », dit Mario Niclair. Cette variété, qui ne ressemble à aucune de ses autres tortues, avec une tête longiligne, un « bec » particulièrement pointu et une drôle de carapace, il l’a recueillie depuis 28 ans.
Pour ce Beaubassinois, les animaux sont bien plus qu’une simple compagnie. « Je suis très proche d’eux. Chaque matin, à 5h30, mon chien vient gratter à la porte du salon pour me réveiller. » Avec eux, il établit un vrai dialogue. « Je leur parle pour les appeler, les nourrir, ou les gronder s’ils ont fait une bêtise. » Parler aux tortues aussi n’est pas vain. « Elles comprennent ce que je leur dis. Par exemple, quand je leur dis que je vais les laver, elles se dressent bien droit sur leurs pattes et se laissent faire. » Mario Niclair consacre environ deux heures par jour à ses animaux. « Je joue avec eux. Les après-midis, j’emmène mes chiens faire une balade digestive. »
À quelques pâtés de maisons de là, son frère élève, lui, deux bergers allemands. Comme la maison s’ouvre sur un champ de cannes, la saison de la coupe est une invitation à la promenade et aux jeux avec les chiens. « Ils sont capables de rapporter une balle ou une savate pendant des heures », raconte Tania, la nièce de Mario.
Chez la famille Kailaysur à Rose-Hill, le métier de vétérinaire est inscrit dans les gènes. Le père est vétérinaire, tout comme le sont les enfants. Même si la mère est médecin généraliste, la voie a été toute tracée pour les enfants car leur père les a orientés vers cette profession. Un choix nullement difficile pour ces derniers. « Nous aimons les animaux. Mon frère et ma soeur avons grandi avec quatre bergers allemands et nous avons toujours aimé nous occuper des animaux », raconte Arjun, 23 ans, rentré depuis quelques jours de Moscou où, comme son frère Abinash, sa soeur Lakshmi et son père, avant eux, ont tous étudié à la State Veterinary Academy and Biotechnology. Impatient de s’occuper ses animaux, il a commencé à exercer dans un parc animalier. Ses patients : des crocodiles, des ânes, des tortues ou des singes.
Répugnant ?
Nous trouvons, certes, des personnes pour qui les bêtes ne sont pas considérées comme des « amies ». « Ce n’est pas que je les déteste, je les trouve simplement sans intérêt. Il faut d’abord s’occuper des humains avant de penser aux chiens », nous dit Gérard, un habitant de Roches-Brunes. Mais il y a ceux qui ne les aiment pas au point de les maltraiter. Ces perruches qui n’arrêtent pas de crier parce qu’on leur a fait avaler du piment, ces oiseaux dont les ailes sont coupées pour les empêcher de voler, ces chiens qu’on attache à un arbre au milieu des bois pour le laisser mourir sans aucune chance de s’en sortir, ou encore ces chatons balancés dans un sac et jetés à la mer ou dans une rivière…
Certains de ces cas de maltraitance et de cruauté sont rapportés à la MSPCA, qui milite pour le bien-être des animaux dans l’espoir que justice soit faite. Mais la violence envers nos amies les bêtes a-t-elle diminué pour autant ? « La loi punit les cas de mauvais traitements infligés aux animaux. Un propriétaire d’un centre équestre à Flic-en-Flac vient d’écoper d’une amende pour maltraitance envers ses chevaux. La dénonciation est un acte civique en faveur des animaux. Les chiens tenus en laisse toute la journée et toute la nuit, des animaux non nourris, malades et ne recevant pas de soins… La cruauté envers les animaux doit être rapportée », nous dit Farook Khoodoruth, secrétaire à la MSPCA.
« Les animaux ont droit au respect. Je ne comprends pas pour quelles raisons les gens les torturent ou les rendent malheureux », dit Mario Niclair. « Ils devraient être punis », soutient Sophie Halbwachs, habitante de Roches-Noires et propriétaire de la boutique Nature Verte Pet Shop à Curepipe. Camélia, sa chienne, elle la considère comme une vraie princesse. Au fil des années, de véritables liens se sont créés entre elle et sa propriétaire ; Sophie est intarissable d’anecdotes à son sujet. Et lorsqu’elle les évoque, c’est toujours avec beaucoup de tendresse et d’émotion. « J’ai toujours aimé les chiens. Enfant, j’avais un chien qui s’appelait Idéfix », dit Sophie. Aujourd’hui, elle en a quatre, dont un bichon et un rottweiler. Ces derniers réagissent à certains mots. « Par exemple, quand je dis : « Va dans la chambre », hop, elle saute dans mon lit », nous raconte-t-elle.
De nombreux bienfaits
« Les animaux sont auréolés de nombreuses qualités : ils sont innocents, ne mentent pas, ne nous déçoivent pas, ne trichent pas, ne sont pas cruels », nous dit la psychologue Véronique Wan Hok Chee. Ces animaux qui sont de véritables donneurs de leçons apportent de nombreux bienfaits à leur maître. « Avoir un animal, cela fait du bien à la tête et au corps. C’est prouvé scientifiquement ». Ils constituent d’indéniables antidotes à la solitude et au stress. Si la pet therapy n’est pas encore pratiquée à Maurice, dans certains pays européens, elle est déjà assez courante. « En France, plusieurs services hospitaliers n’hésitent pas à faire appel aux animaux de compagnie afin de réduire le stress des malades ». « À mes patients, dont certains sont des enfants à problèmes ou hyperactifs, je recommande souvent l’équitation. Le cheval ou le poney aide à se maîtriser, à rester calme », ajoute la psychologue. Nous savons d’autre part que les labradors arrivent à changer la vie de leur maître, que celui-ci soit aveugle ou souffre d’un handicap. Convenablement dressés, ils savent leur apporter à manger, décrocher le téléphone, leur ouvrir la porte, etc.
Mais que cacherait le rejet de certains envers les animaux ? « Cela  peut être ancré depuis l’enfance ou être lié à un traumatisme. Il y a aussi des parents qui se servent des animaux pour faire peur aux enfants. Par exemple : « Si tu ne manges pas, je vais te laisser dans les bois avec des loups ». Tout dépend de la culture et de comment l’enfant a été élevé. Il y a aussi l’ignorance. Les gens ne savent pas comment s’occuper des animaux, étant ou ayant eux-mêmes été victimes de négligence. En grandissant, ils deviennent des adultes abusifs et n’ont pas de pitié pour les animaux. Avant d’accueillir un animal chez soi, il faut se demander si on pourra s’en occuper, si on en aura le temps, les moyens et l’amour. Mais aussi si on a l’espace adéquat. Car c’est aussi une forme de maltraitance que de ne pas laisser les animaux s’épanouir », explique Véronique Wan Hok Chee.